Entretien avec Annemie Degryse, productrice du prochain film de Peter Monsaert

Ça tourne à AptVu par Zibeline

Entretien avec Annemie Degryse, productrice du prochain film de Peter Monsaert  - Zibeline

Ils sont une quinzaine de figurants à attendre sur le parking du centre Leclerc d’Apt en ce jour gris et froid de janvier. C’est l’avant-dernier jour de tournage du troisième long-métrage du réalisateur flamand Peter Monsaert après Off Line et Le Ciel flamand, qui avait obtenu, entre autres, le Prix du meilleur film au FIFA d’Aubagne en mars 2017. Le réalisateur n’est pas encore arrivé mais la productrice, Annemie Degryse, qui connait bien la région, est sur place et nous parle de cette production et du tournage.

Annemie Degryse : C’est une histoire « Peter Monsaert », très sociale, encore sur la famille. Dans Le Ciel flamand, on était sur la maman, la fille et la petite-fille ; là, on est sur un homme, André, qui a perdu sa famille et qui va peut-être la retrouver grâce à la rencontre avec un jeune homme, lui-même à la recherche de sa mère et de repères.

Zibeline : Le film a-t-il déjà un titre ?

Pour le moment, le titre est L’Inconnu(e). Il y a plein d’inconnu. Le père a perdu sa fille quatre ans auparavant dans un accident avec délit de fuite. Il ne sait pas qui l’a renversée. C’est l’inconnu numéro 1. Autre inconnu, ce jeune homme qui l’a cambriolé mais qu’il va aider ; il a lui aussi, un grand inconnu : il ne possède qu’une petite photo de sa mère…

Comment s’est passée l’écriture du film ?  

Peter Monsaert a tout écrit lui-même et ça a été un long travail en collaboration avec nous (Annemie Degryse, Jan Declercq et Alexander Vandeputte, ndlr). Il nous envoyait ce qu’il écrivait, on lui disait ce qu’on comprenait, ressentait, une discussion s’engageait. Parfois dure quand il ne voulait pas retirer ou ajouter quelque chose qu’on lui suggérait. Une vraie collaboration.

Travaille-t-il avec le même chef opérateur que pour Le Ciel flamand, David Williamson ?

Oui, et au son, c’est Thomas Gauder. Pour la postproduction, on va travailler pour la première fois avec une équipe belge francophone: on a obtenu une aide de la communauté francophone. Une boite dans laquelle Thomas Gauder travaille aussi.

Qui incarne André, le père qui a perdu sa fille ?

C’est un des meilleurs acteurs flamands, Koen De Bouw, très connu et très aimé. Il joue aussi dans le film de Kaouther Ben Hania, L’Homme qui a vendu sa peau. On l’appelle aussi le « Depardieu » de la Flandre !

Et pourquoi avoir choisi Apt ?

D’abord, parce que j’habite ici une partie de l’année ! Dans le scénario, les personnages apprennent qu’ils ont des chances de retrouver une trace de la mère du jeune homme grâce à une adresse à Marseille. On a choisi un appartement dans la Cité de la Marguerite à Apt, qui donne l’impression d’un quartier populaire de Marseille. Avec la COVID, c’était plus simple de tourner dans une petite ville. On n’a pas eu l’aide qu’on avait demandée à la Région Sud. Il y avait beaucoup de demandes et une coproduction minoritaire avec la Belgique, ce n’est pas évident pour la France. Ce qui est tourné à Apt est la fin du film qu’on ne va pas dévoiler. La scène tournée ici aujourd’hui est le moment où le jeune homme tombe sur un centre commercial à l’adresse qu’on lui avait donnée. Le tournage a duré en tout 28 jours dont 3 jours à Apt, 1 à Marseille pour avoir la vue et le sentiment de Marseille et 1 à Cavaillon.

Un tournage en temps de COVID ne doit pas être évident ?

C’est très compliqué et plus cher. La logistique est différente. Par exemple, faire manger une équipe de 25 personnes, quand les restaurants sont fermés et qu’il faut respecter la distanciation, ce n’est pas évident. D’ordinaire, on tourne très « vert », essayant d’avoir le moins de déchets possible et là on est revenu à des portions individuelles. Il faut réfléchir à tout. Personne ne doit toucher ce que je touche ! Par exemple pour déjeuner, on a les salons de la mairie d’Apt : pour respecter les distances, au lieu de 6, on est 2 par table. La Mairie d’Apt nous soutient énormément et a répondu à toutes nos demandes. Très collaborative. Et Anne-Cécile Celimon-Paul de la Commission du Film Luberon-Vaucluse, nous a aidés aussi. Tout s’est bien passé. On n’a pas eu de COVID pendant tout le tournage.

L’équipe est contente de travailler. Tout le monde est très vigilant et la situation ne lui pèse pas trop. Les tournages, arrêtés en mars, ont repris en juillet et beaucoup de productions se sont mises en route. On a une série en cours dont la fin doit se tourner au Maroc ; On croise les doigts pour que tout se passe bien. On est confiants !

Un entretien réalisé par ANNIE GAVA
Janvier 2021

Photo : Annemie Degryse © A. G.