Yes We Camp ouvre Buropolis à Marseille

Buropolis ou l’anti science-fiction

Yes We Camp ouvre Buropolis à Marseille - Zibeline

Il aura suffi à Yes We Camp de mettre en ligne un appel à projets pour que Buropolis, un immeuble de 16 000 m2 voués à la démolition dans le 9e arrondissement de Marseille, trouve des locataires en un temps record ! Des artistes en manque d’ateliers sur le territoire, l’école de cinéma Kourtrajmé, une école d’infirmier.es de la Croix-Rouge française et d’autres encore, qui disposent durant 18 mois d’espaces de travail à bas prix. Dix-huit mois ou le temps imparti avant la démolition… à moins que le bâtiment n’obtienne le label « Architecture contemporaine remarquable » actuellement à l’étude à la Drac Paca. Un projet novateur estampillé « collaboratif » porté par l’association Yes We Camp, le promoteur Icade, la Mairie centrale et la Mairie de secteur. Le tout selon « un format de gestion collectif qui s’appuie sur la volonté de chacun et la participation du collectif d’artistes » détaille le nouveau directeur de Yes We Camp, Antoine Plane, qui a succédé à son fondateur Nicolas Détrie.

Nouveau totem dans la ville

Dans ce bâtiment* qui témoigne de l’architecture du quartier, sa mixité sociale et sa mixité d’usages, la cohabitation des mondes de l’art et de la santé est une interaction qui prend tout son sens. « Créer un lieu ouvert sur le territoire est une façon de faire de l’art en relation avec les populations » insiste Antoine Plane, dont la démarche a immédiatement séduit Jean-Marc Coppola, adjoint au maire de Marseille en charge de la culture pour toutes et tous : « Les artistes ont beaucoup d’inventivité et d’intelligence pour contrer les difficultés. Ce projet en est un exemple car effectivement, répondre à leurs demandes en proposant 200 places est du pain béni. Je pense que ce sera un projet expérimental remarquable d’interdisciplinarité, du point de vue de la création artistique et de la convivialité ». C’est aussi un appel d’air et d’attractivité pour Marseille, surtout dans cette période où la situation de la culture est difficile, avec toutes les conséquences que l’on connait. D’autant qu’une histoire forte lie le quartier à L’Ecole d’art et de design Marseille-Méditerranée et à l’Institut National Supérieur d’enseignement artistique Marseille Méditerranée (INSEAM) implantés à Luminy. Le projet laisse entrevoir de nouvelles collaborations avec les deux institutions, également avec l’Ecole de la deuxième chance et d’autres encore… Pour Lionel Royer-Perreaut, maire LR des 9e et 10e arrondissements, le rôle de la mairie est de « faire vivre le quartier et mettre en lien les enjeux d’une école [La Croix-Rouge, ndlr] avec ceux du promoteur. La mairie sera actrice du lieu avec des espaces-lecture au rez-de-chaussée et une interface avec les étudiants des Beaux-arts au 5e étage. La mairie prend sa juste part dans le développement de l’opération aux côtés de la mairie centrale ». Et de rappeler sa volonté de mettre de la culture dans les espaces publics, citant Les Arts éphémères, avec des projets d’installation d’œuvres d’art dans le cadre du 1 %, notamment des œuvres réalisées par les étudiants des Beaux-arts pour chaque nouveau projet immobilier sur l’arrondissement.

En attendant que de tels vœux se concrétisent, Buropolis se dresse fièrement au 343 boulevard Romain Rolland pour un dernier tour de piste. Encore silencieux, il ressemblera très vite à une ruche bourdonnante car, au vu des différentes typologies existantes, divers dispositifs ont été étudiés pour répondre aux multiples attentes des co-workers. Un open space réhabilité par la Compagnie Vauban à la manière d’un show-room (encore disponible), des ateliers et/ou bureaux indépendants (de 12 à 25 m2), 14 plateaux collectifs et 6 plateaux cogérés (salle de répétition pour les arts vivants, salle d’exposition et de production, cafétéria, librairie-bibliothèque), sans oublier le dernier étage avec vue imprenable sur tous les totems de Marseille : la Bonne Mère, le Vélodrome et la mer. Réservé si possible aux expositions, ce sera une sorte de Panorama bis en écho à celui de La Friche Belle de Mai… Sur l’ensemble de la surface disponible, 1 500 m2 sont réservés à des lieux de vie communs en dépit du manque à gagner en recettes directes, car le socle fondateur du projet se situe à cet endroit : celui du partage. Idem pour les coûts financiers d’usages établis selon les mètres carrés occupés, l’étage, l’état de rénovation ou non, auxquels s’ajoutent les « contributions rechargeables » et les « gouvernances mutualisées » pour l’entretien des espaces, les salles de réunion, etc. 

À peine officialisé que déjà Buropolis remporte le même succès que les tiers-lieux gérés par Yes We Camp à Paris, Nanterre et Marseille, où la pluralité fonctionnelle de Coco Velten et Foresta a déjà créé une cohabitation sociale indispensable à la vie de la cité. 

MARIE GODFRIN-GUIDICELLI
Février 2021

* Groupe d’architectes Depondt-Beauclair-Lods

Coût de l’opération :
1 M€ charges globales
1,3 M€ équipe Yes We Camp incluse
recettes propres (80 % locations et cotisations)
subventions (20 %)
mécénat (prospection en cours)

Répartition des surfaces :
16 000 m2 sur 9 étages, un rez-de-chaussée et un sous-sol :
– Espaces communs à tous les occupants pour l’accueil de public : expositions, cours, salle de travail… (env. 3000 m2 et 1 hectare d’espaces extérieurs)
– Plateaux de travail collectif aménagés en ateliers d’artistes (6 000 m2)
– Espaces de travail cloisonnés (env. 2 500 m2)

– Parkings en sous-sol (env. 3 000 m2) 

Tarifs locatifs :
– Espaces propres, fonctionnels avec vue (8e et 5e étages)
785 m2, 10€/m2/mois
– Espaces nécessitant des aménagements (1er et 2 e étages)

1 155 m2, 8€/m2/mois
– Espaces rénovés (8 e étage)

378 m2 , 14 €/m2/mois

Photo : buropolis2 © Yes We Camp