Quelle représentation politique pour la métropole Aix Marseille Provence ?

Bleu, blanc et masculin

Quelle représentation politique pour la métropole Aix Marseille Provence ? - Zibeline

Peu de femmes et pas de diversité dans les commissions et délégation de la métropole Aix Marseille Provence et une campagne d’affichage enjoignant à aimer la France : pour quelle représentation politique ?

AMP est enfin en place, les présidences et les commissions attribuées. La représentation des territoires est harmonieuse, mais manque cruellement de femmes, et de diversité.

Ainsi les délégations sont au nombre de 28, dont 6 attribuées à des femmes. Et les commissions au nombre de 12 sont présidées par 11 hommes et 1 femme, secondés par 21 hommes et 3 femmes. Soit en tout, si on compte le Président Jean-Claude Gaudin, 51 élus, dont 10 femmes. Parmi eux, des maires des petites communes, des adjoints des plus grandes, tous prénommés Patrick, Gérard, Pascal, Georges, Roland, Martine, Arlette, Daniel, Christian, Dominique… Pas un seul de ces prénoms que l’on entend tous les jours dans nos rues ou dans les cours de nos établissements scolaires.

On peut juger logique, même si l’attribution des commissions fut houleux et que le PS local y laissa ses dernières plumes (voir Zib’94), que la majorité élue s’attribue les présidences : c’est le cas dans toutes les collectivités. Mais le mode de scrutin indirect de la Métropole accentue un déficit de représentation dommageable, si l’on veut que les citoyens renouent avec l’envie de voter pour être, justement, représentés.

La France, aimez-la ou… ?

D’autant qu’il coïncide avec une campagne de communication étrange des députés Républicains. Les affiches « Aimons la France » qui ont orné les rues de nos circonscriptions, anticipant la campagne législative, ne posent apparemment pas de problèmes légaux : il s’agit de campagnes d’affichages privées, financées par les députés ou candidats aux législatives. Un geste pour annoncer les candidatures, mais aussi se réapproprier l’amour de la France que le Front national veut confisquer.

Cette campagne injonctive oublie pourtant les nuances aujourd’hui nécessaires pour reconstruire une unité nationale : l’amour de la France ne va pas forcément de soi. Faut-il aimer la France qui a déporté les Juifs ? La France qui a été un des derniers pays à abolir l’esclavage ? La France qui a refusé le statut de citoyen aux indigènes qu’elle colonisait ? La France qui a été un des derniers pays à accorder le droit de vote aux femmes, et où les inégalités de salaires et de représentation politique restent parmi les plus fortes des pays européens ? La France qui aujourd’hui sous emploie ses jeunes et ses séniors ?

L’amour de la patrie ne se commande pas, surtout lorsque nos parents, nos ancêtres, nos enfants, ont souffert et souffrent de ce qui fit aussi la France : l’Esclavage, la Colonisation, la Collaboration. Tout autant que les droits de l’homme, la laïcité, le désir d’égalité, la Résistance, la passion politique. Tout cela fait notre histoire contradictoire, et explique les tensions que vit la société française, qui tarde à s’admettre composite et bigarrée. Plutôt que d’enjoindre à l’aimer, peut-être faudrait-il parvenir à la regarder toute entière, et à construire une représentation qui reflète mieux sa réalité.

AGNES FRESCHEL
Mai 2016