Le Cabaret aléatoire lance un recensement des acteurs des musiques électroniques en Paca

Avec Technopol, les musiques électroniques s’organisent en PACA

Le Cabaret aléatoire lance un recensement des acteurs des musiques électroniques en Paca - Zibeline

Une antenne régionale du réseau se met en place pour fédérer les acteurs de l’électro. Le Cabaret aléatoire, scène de musiques actuelles installée à la Friche la Belle de Mai à Marseille, coordonne la démarche. Entretien avec Aurélien Deloup, son directeur adjoint.

Zibeline : Quel est le rôle de Technopol ?

Aurélien Deloup: Technopol est la structure historique de représentation et de défense des intérêts des acteurs des musiques électroniques en France. Elle est née à l’époque où la tendance était plutôt aux amalgames et à la répression du milieu. Organiser des événements légaux relevait parfois du chemin de croix. Pendant longtemps, nos interlocuteurs ont davantage été le ministère de l’Intérieur que celui de la Culture. Technopol a permis d’instaurer un dialogue avec les pouvoirs publics en représentant les organisateur. Cela fonctionne un peu comme un syndicat qui fédère les professionnels dans leur diversité -artistes comme opérateurs- et défend la spécificité du réseau tout en continuant d’agir en tant que médiateur. Alors que les autres esthétiques comme les musiques actuelles se sont professionnalisées et structurées, avec des interlocuteurs au sein des institutions, les musiques électroniques n’ont pas suivi le même processus du fait du modèle même du secteur. Nos particularités ont pu entraîner une sorte de relégation du genre qui n’a pas été traité comme une discipline artistique en tant que telle.

Pourquoi n’y avait-il pas encore d’antenne régionale en PACA après 30 ans d’existence au niveau national ?

La structure avait comme lacune d’être perçue comme centralisée en région parisienne puisque c’est là que sont les institutions. C’est encore une réalité avec plus de 70% des adhérents basés en Île-de-France. Si Technopol doit s’emparer d’une réflexion qui concerne l’ensemble des acteurs, il faut penser la décentralisation en irriguant le territoire avec des antennes régionales. Les conséquences de la crise sanitaire sur le secteur ont transformé cette volonté en besoin, voire en évidence. On a été le premier secteur à s’arrêter et on sera vraisemblablement l’un des derniers à pouvoir redémarrer. Le contexte remet donc en avant l’idée qu’être ensemble et se parler est une manière d’être plus solidaires et peut-être plus forts pour passer cette crise et inventer la suite. En novembre 2020, une première étape est franchie en Nouvelle Aquitaine. Paca sera la suivante.

Quels sont les grands axes à développer ou défendre ?

Même si les objectifs des uns et des autres sont sans doute très différents, on peut se retrouver sur certains points et créer une réflexion collective. J’identifierais quatre enjeux. D’abord, celui du statut des artistes. Sans obliger quiconque à devenir intermittent, il est peut-être nécessaire de promouvoir cette solution, d’en expliquer les intérêts. Ce régime a un sens, y compris pour les artistes des musiques électroniques. Il y a ensuite la question de l’organisation d’événements. On peut arriver avec des propositions d’accompagnement pour que les choses se déroulent dans un meilleur dialogue. C’est une méconnaissance du milieu d’un côté ou le manque d’encadrement administratif, juridique ou technique de l’autre qui rend l’obtention d’autorisations toujours plus compliqué que pour d’autres esthétiques. Il faut progresser aussi dans le domaine de la formation et de l’information sur les soutiens possibles. Nous sommes un secteur qui se construit à la périphérie des systèmes d’aides et de subventionnement. Pour certains c’est en partie une volonté, mais la réalité est plus complexe. Pour d’autres, cela relève aussi d’une forme de manque de représentation et d’information sur les dispositifs. Le choix de l’indépendance est concevable mais il doit être pris en connaissance de cause. Enfin, les cultures électroniques viennent d’un mouvement aux valeurs utopistes, de partage, d’ouverture et d’inclusion. Dans le contexte actuel, ça reprend sens. C’est quelque chose qu’il faut remettre en avant, revendiquer et défendre. Faire attention à toutes formes de discriminations, de comportements agressifs, sexistes, racistes fait partie de l’ADN de ce mouvement qui est précurseur dans le domaine et qui s’affirme comme un enjeu d’importance pour la nouvelle génération. S’y ajoute la notion de responsabilité en termes d’environnement. Est-ce vraiment un bon modèle qu’un artiste vienne en avion pour se produire deux heures et repartir à l’autre bout de la planète ? Ne vaut-il pas mieux construire les tournées, arrêter le jetable, etc. ?

Quel est le rôle du Cabaret aléatoire dans cette démarche ?

Pour initier et accompagner la constitution d’une antenne en région Provence-Alpes-Côte d’Azur, le Cabaret aléatoire s’est proposé comme point d’appui et relais actif auprès de la direction nationale de Technopol. La première étape du processus est le lancement d’une campagne régionale de recensement pour mobiliser un maximum d’acteurs. L’intérêt de Technopol doit être aussi de proposer une photographie de la scène des musiques électroniques qui va des milieux les plus institutionnels aux plus underground. Viendra ensuite le temps de la concertation, on l’espère en présentiel et au premier trimestre 2021, afin de définir, avec tous ceux qui ont répondu à l’appel, les thématiques qui les intéressent.

Le monde des musiques électroniques manque-t-il d’unité ?

Historiquement, la grande région de Nice à Montpellier est d’une grande diversité et compte beaucoup d’acteurs. C’est un territoire conséquent pour le secteur qui va des clubs emblématiques à une scène plus alternative, avec de nombreux artistes qui ont émergé d’ici, se sont exportés et ont des carrières internationales en tant que producteurs et DJ. Je pense qu’on peut faire mieux en termes de dialogues et d’échanges. On se parle dans des petits cercles locaux, mais dès qu’on en sort on se connaît moins par rapport aux musiques actuelles par exemple. C’est une question de structuration. La question de l’antenne, c’est justement de s’imprégner des modèles qui fonctionnent bien.

Comment se porte le Cabaret aléatoire ?

On va comme on peut. On essaie d’avancer mais on n’a aucun repères, aucune visibilité. Quand on s’est arrêtés en mars, personne ne nous a dit -et pour cause, personne ne savait- que cela reprendrait dans trois mois, six mois ou un an. On a l’impression de bâtir sur du sable, de faire, défaire et refaire sans fin. On a décidé d’arrêter de reporter et de rembourser intégralement tout le monde. La période est certes difficile pour les opérateurs, mais pour les publics c’est la même chose. Nous ne sommes pas en accord avec les festivals qui relancent les locations en ligne en annonçant leur programmation pour juin 2021. Déontologiquement on n’est pas à l’aise avec l’idée de garder l’argent de la billetterie. On préfère communiquer et remettre en vente même tardivement mais quand on aura des éléments tangibles et sérieux de la part du Gouvernement.

Quelle est votre activité dans la période ?

À défaut de pouvoir accueillir du public, on a essayé d’utiliser ce temps pour initier d’autres projets. On a créé des dispositifs d’expérimentation, d’accueil de résidence, des formations. On a ouvert beaucoup plus les portes pour des collaborations avec des artistes et d’autres organisateurs. On a aussi développé le volet actions culturelles et sensibilisation. Nous avons travaillé sur une nouvelle manifestation étendard, un festival porté par le Cabaret aléatoire sur l’ensemble du site de la Friche, avec différents espaces. On souhaite une programmation qui reflète l’ensemble des courants des musiques électroniques. Nous voulons donner une place importante à la performance, la pluridisciplinarité et créer un vrai parcours sonore et visuel. On espère que cela pourra voir le jour les 24 et 25 septembre. On ne peut pas être que dans l’attente, si on ne se projette pas, c’est extrêmement dur pour l’équipe.

Propos recueillis par LUDOVIC TOMAS
Janvier 2021

Photo 1 : Soichi Terada © Joffrey Wingrove
Photo 2 : Aurelien Deloup © X-D.R

Cabaret Aléatoire
41 Rue Jobin
13003 Marseille
04 95 04 95 09
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