Maison de la Région PACA : une exposition et des événements pour comprendre le phénomène génocidaire, et s'en préserver

Aux portes des génocides

• 3 mars 2015⇒31 mars 2015 •
Maison de la Région PACA : une exposition et des événements pour comprendre le phénomène génocidaire, et s'en préserver - Zibeline

L’événement programmé par la Région Paca et le Mémorial du Camp des Milles veut comprendre le phénomène génocidaire, pour nous en préserver. Plus que jamais nécessaire ?

L’exposition et les événements rattachés s’intitulaient Mémoires pour demain, puis le pluriel a disparu pour faire place à une mémoire commune. Pour mieux rendre compte aussi, sans doute, de la réalité de l’exposition, centrée sur la Shoah. Le génocide arménien et celui des Tutsis font partie de la programmation, mais pas de l’exposition qui est un résumé du parcours du Camp des Milles : on y retrouve un volet historique, qui s’attache à retracer la montée des périls (1919-1939) et la spécificité de la déportation et de la résistance en Provence. La présentation est soignée, pédagogique mais sans simplification, fondée pour l’essentiel sur des témoignages audiovisuels, et rappelant quelques faits qui font froid dans le dos tant ils ressemblent à notre temps : Hitler ne recueillait que 30 % des voix en 1933, et n’est devenu Chancelier du Reich que par un jeu d’alliances politiques ; la montée du parti Nazi est strictement proportionnelle à la montée du chômage et à l’appauvrissement des «classes moyennes» durant la crise de 29 ; enfin, autre fait souligné au début de l’exposition, le sentiment d’avoir été lésé et d’avoir accepté une paix humiliante n’est pas pour rien dans l’édification d’une identité «aryenne» supérieure…

Autant de mécanismes que l’on connait, et que l’on voit pourtant renaître aujourd’hui. Gaëlle Lenfant, conseillère régionale, le soulignait avec beaucoup d’émotion lors de l’inauguration : «Aujourd’hui des Juifs sont morts parce qu’ils étaient Juifs. Un Rom s’est fait lyncher parce qu’il était Rom». Elle rappela également que le Camp des Milles était dirigé entièrement par des Français, et qu’une minorité extrêmement dangereuse pouvait à nouveau aujourd’hui, dans notre région, prendre le pouvoir. La manière qu’a parfois le Parti socialiste d’agiter le spectre du FN comme argument électoral fait long feu, mais le danger de voir l’extrême droite arriver au pouvoir est concret…

Alain Chouraqui évoqua aussi des parallèles inquiétants : les événements qui ont «mené au pire» sont fondés sur des mécanismes récurrents, qui subissent des embardées monstrueuses, des moments d’accélération. Le racisme ethnique ou religieux a un pouvoir contaminateur extrême, il peut s’emballer en quelques mois, il est creusé par les tempêtes sociétales dans les situations qui ont pourri longtemps, mais peut arriver au pouvoir par le jeu des alliances et des compromis. Le seul avantage que nous avons aujourd’hui pour résister, est que nous connaissons ces mécanismes.

D’où l’importance des actes de résistance : les actes justes, le fait de «ne rien laisser passer dans les repas de famille, les conversations, ou les commentaires sur Internet», pas se laisser prendre en tenaille entre les totalitarismes, jihadiste ou nationaliste.

Au programme

L’exposition et la programmation s’attachent aussi, comme au camp des Milles, à mettre en évidence la force de vie des prisonniers et des déportés, et leur résistance intellectuelle et artistique. Les reproductions des œuvres sont exposées, plusieurs concerts des Musiques interdites (le 3 et le 15 mars, voir critiques sur le site www.journalzibeline.fr) ont eu lieu, une conférence de Michel Pastore sur ce sujet passionnant de l’incroyable productivité musicale dans les camps de la mort aura lieu le 20 mars.

D’autres projections de films et rencontres s’annoncent passionnants : un séminaire philosophique à partir de la notion d’Immémorial de Levinas, proposé par Jacques Broda ; une rencontre sur La Presse dans la montée des périls qui réunira le journaliste Jean Kéhayan et Marcel Kabanda, représentant des victimes du génocide Rwandais le 24 mars ; le 25 un dialogue entre Alain Chouraqui et l’économiste Michel Barrillon, qui rappelle la phrase de Bauman : «Aucune des conditions sociétales qui ont rendu Auschwitz possible n’a véritablement disparu». Et puis encore des films, Mayrig de Verneuil qui raconte les Arméniens et Marseille le 27 mars, le lendemain un documentaire sur le génocide des Tsiganes, un cabinet des lecteurs de Peuples et cultures, La promesse de Franco, documentaire de Marc Weymuller le 31 mars… De quoi réfléchir sur les massacres de masse, pour ne jamais renoncer à lutter.

AGNÈS FRESCHEL
Mars 2015

Mémoire pour demain
Génocides, mécanismes du pire et résistances au XX
e siècle
jusqu’au 31 mars
Maison de la Région, Marseille
04 91 57 57 50
www.regionpaca.fr

Photo : -c- Gaëlle Cloarec


Maison de la Région PACA
61 La Canebière
13001 Marseille
04 91 57 57 50
http://www.regionpaca.fr/