Vu par Zibeline

Des frustrations et l'envie d'en découdre relevées au Forum écologie des États généraux de Marseille

Aux actes !

Des frustrations et l'envie d'en découdre relevées au Forum écologie des États généraux de Marseille - Zibeline

Le samedi 22 juin les États généraux de Marseille avaient prévu quatre Forums sur l’habitat, les services publics, la place des citoyens, et l’écologie. Ce dernier a rassemblé dans le grand amphi de la fac Saint-Charles bon nombre de personnes affligées par l’état environnemental déplorable de la ville. En tribune, divers représentants de mouvements écolos. L’occasion pour chacun d’évoquer brièvement leurs actions : Alternatiba a ainsi interpellé début 2019 la Métropole Aix-Marseille-Provence avec 300 propositions pour le climat, issues d’un groupe de travail citoyen, Greenpeace a publié au printemps une analyse cartographique de la pollution de l’air à proximité des écoles, à l’échelle de Marseille et de ses communes périphériques, tandis que Filière Paysanne a un projet éditorial centré sur la protection des terres agricoles, Qui sème le béton aura bientôt la dalle.

Maladresse et bonnes intentions

Le format de deux heures prévu pour les Forums, destiné à dessiner des pistes concrètes de changement dans l’approche environnementale de Marseille, n’a pas suffi à convaincre l’auditoire. Dès que le micro s’est mis à circuler dans la salle, quelqu’un a fait remarquer que seuls des hommes étaient sur l’estrade, tandis qu’une autre personne relevait un certain entre-soi de militants convaincus, avec peu de présence des quartiers populaires, pourtant les plus frappés par la pollution.

Les pauvres, ici, sont coincés entre deux autoroutes, ou sous le vent des navires de croisière ultrapolluants qui font tourner leurs machines dans le Port… Un Tunisien, venu spécialement pour participer, témoignait des mêmes problématiques dans son pays : « À Gabès, on ne parle même plus de droits à l’environnement, mais de droit à la vie ! »

Le désir qui s’est dessiné sur les bancs des États généraux est donc net : sortir du système libéral et post-colonialiste, responsable de la catastrophe écologique en voie d’emballement. « Il faut se liguer ! s’exclame Rémi, infirmier à Martigues, zone industrielle où la santé des populations est sacrifiée, l’écologie ne peut pas être autre chose qu’un combat politique ! » Un autre s’interroge : « Comment fait-on entrer les gens en lutte ? Rassemblons-nous, avec les gilets jaunes et les jeunes pour le climat ! ».

Problème de fond

Des idées, il y en a. Obtenir la mise en place d’une halle alimentaire en régie municipale, pour favoriser le droit à une alimentation locale, bio et de qualité pour tous. Créer un portail citoyen d’information sur l’état de la pollution, quartier par quartier. Multiplier les jardins partagés. Mais, prête à entrer en ébullition, la journaliste Sandra Blondel s’empare du micro. « On a pris trop de temps à dresser un constat qu’on connaît tous. Les solutions sont elles aussi connues. Maintenant, il faut passer au mode opératoire ! » Une autre prend sa suite : « Pour mobiliser les marseillais il faut faire des actions spectaculaires. Pourquoi ne pas se regrouper, et refuser collectivement de payer les transports en commun ? Allons nous asseoir en nombre sur l’autoroute, pour empêcher les voitures de circuler. » Les membres d’Extinction Rebellion appellent quant à eux à une globalité d’actions, la semaine du 20 au 27 septembre : « On déborde, on occupe, et on change les choses ! » s’emballe un jeune homme. Sa camarade Coralie explique pourquoi elle a refusé de monter sur cette tribune (alors qu’elle aurait pu améliorer la parité, sourit-elle) : « Je ne suis plus dans une dynamique questions/réponses. Le colonialisme sous toutes ses formes est responsable de l’urgence écologique et sociale dans le monde. La seule chose à faire, c’est de passer à l’action. »

GAËLLE CLOAREC
Juillet 2019

Les États généraux de Marseille ont eu lieu les 21, 22 et 23 juin, à la cité Air-Bel et à la faculté Saint-Charles. Lire ici nos entretiens croisés avec Thomas Posetti du collectif Le grand rattrapage et Soraya Guendouz du Syndicat des quartiers populaires.

Photo : Manifestation à Marseille à l’occasion de la Cop21 (2015) -c- G.C.