Pour reconnecter les petits citadins au vivant, un projet de jardin-écoles pourrait voir le jour à Marseille

Aujourd’hui j’ai natureVu par Zibeline

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Pour reconnecter les petits citadins au vivant, un projet de jardin-écoles pourrait voir le jour à Marseille.

C’est une parcelle de terrain plutôt en pente, ombragée par quelques arbres, juste derrière le Muséum d’histoire naturelle de Marseille. Le service des Parcs et Jardins municipaux a, pour la rentrée, défriché quelque peu une végétation devenue très touffue durant le confinement. Le 9 septembre, voix d’adultes et rires d’enfants y résonnaient à l’heure du goûter. Car cet espace, utilisé ponctuellement par des manifestations comme les Journées nationales de l’archéologie, est convoité pour un usage plus régulier. À l’invitation du collectif Jardin-Écoles Longchamp, parents, enseignants, voisins, élus et toute personne intéressée étaient chaleureusement conviés à évoquer son devenir autour d’un verre et d’une part de gâteau.

Respirer, apprendre

Marie-Ève Roques, porte-parole du collectif, prenait régulièrement ce raccourci pour accompagner son enfant à l’école, quand l’idée est née de consacrer le lieu à un jardin pédagogique. Mais c’est bien sûr ! Avec la crise sanitaire comme aiguillon, beaucoup ressentent fortement le besoin de renouer avec le vivant. Un manque d’activités à l’air libre se fait particulièrement sentir chez les petits citadins privés de nature, alors que connaître ces joies à l’âge le plus tendre lui donne pour toute la vie l’importance qu’elle mérite.

La parcelle en question est tentante. Un peu plus d’un hectare, avec plusieurs accès possibles -y compris, après quelques aménagements, pour les personnes handicapées-, une distribution d’eau pluviale envisageable… « Et beaucoup de biodiversité ! précise la jeune femme. Des acanthes, des herbacées, qui abritent pas mal de petite faune. » Un enthousiasme partagé par Stéphanie Morel et Aude Hollender, enseignantes à l’école maternelle Longchamp, juste à côté. « Dans les programmes de l’Éducation nationale, on nous demande d’étudier la vie animale et végétale. Souvent, on fait germer des graines, mais c’est limité. Imaginez tout ce qu’on pourrait envisager ici ! Des plantations, observer un cycle complet, les oiseaux, nids, insectes… » Un autre aspect les intéresse : « Avec le changement climatique, on a de plus en plus de problèmes de chaleur. Il fait souvent plus de 30°C dans les classes. Mais dans la cour, on nous a enlevé un arbre ! Ici, les enfants pourraient profiter de l’ombre.* »

« La question, c’est : qui gère ? »

Selon Marie-Ève Roques, une douzaine d’écoles des alentours pourraient venir en alternance, par classes entières, en « pédibus** ». « Et encore, je n’ai compté que les établissements laïques, pas les structures privées ou à pédagogie alternative. » Deux élus de la nouvelle municipalité se sont joints au goûter. Sébastien Barles, adjoint à la transition écologique, « voit qu’il y a du potentiel ». « C’est typiquement le genre de choses que nous souhaitons soutenir, un projet porté par les habitants. Bien sûr, il faut sécuriser l’endroit, discuter entre la Mairie centrale et les Mairies de secteur… » Car nous sommes à cheval sur les 1er/7e et 4e/5e arrondissements. Nasséra Benmarnia, adjointe de Michèle Rubirola en charge du retour de la nature en ville, des parcs et jardins et des espaces verts, aura son mot à dire, mais d’ores et déjà Philippe Cahn, délégué à l’écologie urbaine du premier secteur, est favorable à l’initiative.

« La question, c’est : qui gère ? » Bien-sûr, la Mairie préférera avoir un interlocuteur unique, ce qui n’est pas si simple pour le collectif informel à l’origine du projet, constitué principalement de parents et d’enseignants déjà débordés. « Notre but ultime, insiste Marie-Ève Roques, serait que cela devienne un établissement public géré par la Mairie. S’il faut en passer par la constitution d’une association c’est faisable, mais il nous faudra des forces vives. »

Et comment ?

Claire Hofer est venue avec d’autres membres des Jardins collectifs Longchamp, installés depuis 2018 de l’autre côté du parc. « On trouve ça super et on est prêts à aider, mais on ne peut pas porter seuls le projet. » Les difficultés de ces desseins qui sortent des sentiers battus, sans être irrémédiables, ni émousser l’allant des citoyens, sont indéniables. Surtout s’ils concernent l’Éducation nationale. Le 9 septembre, aucun représentant du Ministère n’était présent, mais le collectif a rencontré des « facilitateurs », ces structures qui fleurissent à l’interface des habitants, des collectivités, et des institutions, pour formaliser des initiatives en nombre croissant. Yes we camp et Cultures permanentes, en l’occurrence. « Presque à l’opposé l’une de l’autre, selon Marie-Ève Roques. La première déploie 80 personnes, la seconde est toute petite, spécialisée en permaculture, et travaille avec beaucoup de concertations. » Un temps de réflexion, puis elle reprend : « Dans les deux cas, je ne pense pas que l’on soit dépossédés du projet ».

Ce n’est pas l’avis de Thomas Martin, paysagiste-articulteur, venu proposer son aide comme il le fait auprès des Jardins collectifs Longchamp chaque fois qu’ils ont besoin de ses compétences. Lui déplore une compétition déloyale de la part de certains acteurs. « Les petits groupes militants et les indépendants comme moi se font souvent évincer par Yes we camp, qui propose des solutions faciles, le compostage comme fertilisant, et c’est tout ! Plus du greenwashing qu’une vraie réflexion. Or on peut aller au-delà, se poser des questions plus profondes sur le sol en Méditerranée, expérimenter d’autres méthodologies avec des vers de terre, bactéries, champignons… C’est bien plus intéressant, et bien plus pédagogique ! »

Voilà qui devrait alimenter les débats, préludes à la possibilité, on l’espère, pour les petits marseillais, d’aller apprendre au jardin à vivre avec les autres êtres vivants. À la rentrée prochaine, qui sait ?

GAËLLE CLOAREC
Septembre 2020

*Lire à ce sujet notre 9e Chronique climatique, sur la végétalisation et débitumisation des écoles et crèches à Cannes.

** À pied ! Le pedibus ou autobus terrestre, encadré d’adultes, sert au ramassage scolaire des élèves lorsque la distance et les conditions de sécurité permettent de se passer de véhicule à moteur.

Photos : Joies de la nature et pédagogie à l’air libre au jardin Longchamp -c- G.C.