Olivier Dangles et Geneviève Michon, deux chercheurs de l'IRD au Village des Solutions de la Medcop21

Au village, des solutionsVu par Zibeline

Olivier Dangles et Geneviève Michon, deux chercheurs de l'IRD au Village des Solutions de la Medcop21 - Zibeline

Tandis que la MedCop se tenait dans la Villa Méditerranée, les associations étaient invitées sur le parvis à exposer des voies alternatives…

Au Village des Solutions, le réchauffement climatique semblait palpable : les associations rassemblées dans des containers métalliques expérimentaient la fournaise… mais proposaient des explications à propos de mise en œuvre concrètes en matière d’énergies renouvelables, de végétaux résistants, de gestion rationalisée des déchets dans un pays (Le Maroc) où aucun recyclage n’existe, de transports publics, de partage de voitures, de gestion de l’eau… Un petit tour dans le Village, où de nombreux débats et prises de parole étaient organisés, permettaient de mesurer combien les initiatives citoyennes semblent plus avancées que les décisions politiques. Les solutions viendront-elles de la fameuse «société civile» ? De la «communauté scientifique» ?

Une-autre-terre

Deux directeurs de recherche de l’IRD1 ont démontré, avec autant de simplicité que de clarté, ce que l’usage peut nous enseigner, et comment chacun de nous peut sauver le monde. En faisant ce qu’il peut ! Le livre que vient de publier Olivier Dangles se conclut d’ailleurs par la parabole du Colibri, empruntée à Pierre Rabhi, son préfacier : faire sa part, même lorsqu’il s’agit d’essayer d’éteindre un incendie avec quelques gouttes d’eau, possède une vertu exemplaire. L’écologue explique combien l’éducation aux gestes simples est importante : ne pas prendre l’ascenseur ni les escaliers roulants, mais aussi regarder et respecter les écosystèmes qui ne sont pas notre environnement, mais notre nature même, dont nous faisons partie… Il faut selon lui renouer les fils brisés qui nous ont éloignés du biologique, apprendre à nos enfants que notre monde n’est pas virtuel, et que ne devons pas l’user. Son livre, Une autre terre, est à la fois le constat d’une dégradation en cours, qui nous fait vivre sur une terre où plus aucun espace n’est naturel, et une magnifique apologie du vivant. Le scientifique a l’art de faire comprendre des concepts complexes avec des procédés simples : les photos et la maquette sont splendides, l’objet attirant, et chacun des quarante cinq mots clefs de son Lexique illustré d’une nature à protéger est introduit par une anecdote ou une fable qui permet d’imager son analyse des changements globaux qui nous affectent. Car selon l’écologue, le plus urgent est notre alphabétisation environnementale : qu’est-ce qu’une boucle de rétroaction, cercle vicieux ou vertueux ou un phénomène en déclenche un second, qui l’amplifie ou l’atténue ; comment les changements globaux procèdent de façon non linéaire, et qu’est ce qu’un point de basculement, qui amène un lac de faible profondeur, depuis longtemps pollué, à devenir tout à coup totalement insalubre ; pourquoi et comment les océans s’acidifient ; comment les espèces disparaissent ou s’adaptent, comme les ours polaires qui ont déjà perdu du poids pour survivre sur une banquise de plus en plus mince ; et comment la pauvreté est un piège : «ce sont les riches qui dégradent le plus l’environnement et les plus pauvres, qui dépendent des ressources à leur portée, qui sont les premières victimes de la dégradation des écosystèmes et de la biodiversité». Sa conclusion est que l’espoir est un impératif…Agriculteurs-à-l'ombre-des-forêts...

Le livre de Geneviève Michon est tout aussi passionnant : l’ethnobotaniste, également directrice de recherches à l’IRD, y a mis 25 ans d’enquête singulière à portée de tous. Dans une langue soignée et imagée, souvent très belle, elle raconte comment, sur toute la planète, les arbres font partie de l’agriculture. Elle photographie les arbres et les gens, ces Agriculteurs à l’ombre des forêts du monde, et explique leurs pratiques. Et démontre ainsi l’absurdité des cultures intensives et des déforestations, qui appauvrissent les terres, nous privent d’oxygène, provoquent des inondations en asséchant les sols, aggravent les sécheresses et font sombrer les peuples du sud dans la pauvreté, et l’exode. Depuis plus de 25 ans la chercheuse parcourt la planète, et observe dans certains endroits préservés une véritable harmonie entre l’arbre et les cultures. Parce qu’on peut cultiver en-dessous, puisque le sol y est riche et profond, mais surtout pour eux-mêmes : source de combustible, de fruits, de fourrage riches en éléments que les pâturages ne fournissent pas, les forêts ne sont pas sauvages, mais cultivées, depuis la châtaigneraie corse jusqu’à l’agroforêt indonésienne, en passant par la culture de l’arganier au Maroc (l’huile d’argan !). Chaque peuple possède son équilibre particulier, qui varie selon le climat, tropical ou sec, la nature des sols, les traditions culinaires… Il ne s’agit pas pour Geneviève Michon d’imposer un autre modèle, mais de regarder les pratiques vernaculaires, et d’aider les peuples à les retrouver, y compris dans les pays occidentaux victimes de l’agriculture intensive. Car l’opposition qui y règne entre champs cultivés et forêts sauvages est une absurdité destructrice, et une des solutions pour retrouver une biosphère équilibrée serait de planter et cultiver des arbres, partout, dans les endroits désertés mais aussi des arbres fruitiers dans les villes, dans les vastes étendues agricoles où le sol cultivable n’est plus qu’une mince couche de terre épuisée et dopée d’engrais. Quitte à remplacer les énormes machines par de plus petites, qui passeront entre les arbres ! Car la rentabilité est un leurre, si la terre ne produit plus, et que les sécheresses et les inondations s’enchaînent…

AGNÈS FRESCHEL
Juin 2015

1 Institut de Recherche et de Développement, organisme de recherche français pour le développement des pays du sud, dont le siège est basé à Marseille

La rencontre, organisée par l’IRD, a eu lieu le 7 juin au Village des solutions dans le cadre de la MedCop

Une autre terre
Olivier Dangles
François Nowicki
, photographe
Belen Mena, maquettiste
Préface de Pierre Rabhi
Editions IRD, collection Beaux livres, 42 euros

Agriculteurs à l’ombre des forêts du monde
Agroforesteries vernaculaires
Geneviève Michon
Co édition IRD/Actes Sud, 29 euros

Ces livres sont disponibles à la vente sur le site de l’IRD www.editions.ird.fr

Photo : Geneviève Michon, ethnobotaniste, Olivier Dangles, écologue, Agnès Freschel, Zibeline © IRD C. Duos