Préserver la nature devrait être une priorité : que faire face à un animal sauvage en détresse ?

Au secours de la faune sauvageVu par Zibeline

Préserver la nature devrait être une priorité : que faire face à un animal sauvage en détresse ? - Zibeline

Que faire face à un animal malade ou blessé ? Les Centres de soin à la rescousse.

Nos ciels, nos sols, nos mers, nos rivières, nos forêts se vident. Enfin, « nos »… Plutôt « leurs » habitats, à tous les animaux qui peuplent la Terre et permettent, en synergie avec les végétaux, qu’il y fasse bon vivre. Le possessif ne devrait plus être de mise, car si l’espèce humaine pâtit elle aussi de l’effondrement dramatique de la biodiversité, elle en est entièrement responsable et devrait laisser de la place aux autres pour rétablir un équilibre.

Préserver la nature partout où c’est possible devrait être une priorité. C’est, à leur échelle, ce que pratiquent au quotidien les Centres de soin de la faune sauvage, où les animaux malades ou blessés sont pris en charge avec efficacité, avant d’être relâchés. Ils le font, malheureusement, dans un contexte économique de plus en plus précaire, faute d’un soutien des pouvoirs publics à la hauteur des enjeux. En 2019, celui de Buoux (84), principale structure d’accueil de la Région Paca, a dû fermer ses portes avant d’être sauvé in extremis par une forte mobilisation populaire.

Manquement de l’État

« Il s’agit d’un manquement de l’État, explique Sophie Gérard, représentante de l’Aspas (Association de Protection des Animaux Sauvages) dans les Bouches-du-Rhône. Nombre d’espèces sont protégées et relèvent de sa responsabilité, mais les moyens alloués sont trop faibles. Les structures comptent sur les bénévoles pour fonctionner. » Elle milite pour que chaque département soit doté d’un Centre de soin, où les particuliers puissent amener, sans faire des heures de route, les animaux en détresse.

La Haute-Corse a le sien depuis mars 2021 (U Pettirossu : Le rouge-gorge), à Olmeta-Di-Tuda. Il en faudrait un aussi en Corse-du-Sud. Dans les Alpes-Maritimes, un nouveau s’est installé à Saint-Cézaire1. En Paca, ils sont souvent très spécialisés : celui de Pont de Gau, aux Saintes-Maries-de-la-Mer, accueille les oiseaux. Les tortues vont à Carnoules (83) ou, pour les espèces marines, à Antibes (06). Sophie Gérard espère ouvrir bientôt, avec l’association Faune Sauvage Sud2, un centre polyvalent à Jouques (13), comme l’Hôpital Goupil Connexion en Occitanie, qui accepte toutes les espèces. « Notre objectif est de fédérer les établissements du sud de la France, pour pouvoir mutualiser nos efforts. » À l’échelle nationale, c’est déjà le cas : le Réseau des Centres de soin de la faune sauvage en France répertorie une centaine d’entre eux et tente de « résoudre une crise structurelle majeure, nécessitant de repenser en profondeur leur modèle économique, pour sortir de la précarité de moyens »3.

Participer

Si l’on veut aider, que faire ? Financièrement, il est possible de soutenir les Centres, qui mettent souvent en place des cagnottes via HelloAsso ou autres plateformes en ligne. Les bénévoles, vétérinaires, soignants, personnes relais pour convoyer les animaux, ou quiconque désirant s’impliquer, sont plus que bienvenus (notez que, pour des raisons d’assurances, il est nécessaire d’avoir plus de 18 ans). Par ailleurs, il est possible de se former, d’apprendre à identifier un animal sauvage en détresse, et de connaître les bons réflexes à adopter. Quel que soit l’endroit où nous vivons, à la campagne comme en ville, car même dans une très grosse agglomération comme Marseille on peut tomber sur un sanglier renversé par une voiture, ramasser un bébé martinet tombé du nid, ou repérer une tortue marine blessée par un jet ski.

Le 27 janvier dernier, des dizaines de participants vivant en France ou en Belgique se sont ainsi inscrits à un webinaire proposé par l’association États sauvages, à retrouver sur sa chaîne YouTube4. Animé par Gabrielle Bertrand, il détaillait les gestes de premiers secours lorsqu’on a affaire à un animal en danger.

Secourir

Avant tout : contacter le Centre de soins le plus proche. Même si la législation accorde une dérogation aux particuliers pour acheminer l’animal jusqu’à eux, ils sont les seuls habilités, selon l’Arrêté du 11 septembre 1992, à le prendre en charge, et pourront vous conseiller et vous orienter au mieux. On n’agit pas de la même manière selon l’espèce, ou le cas de figure : blessure de chasse, collision, empoisonnement, prédation par un chat (qui font des ravages)… Les coordonnées des établissements figurent sur l’annuaire tenu à jour par le Réseau des Centres de soin de la faune sauvage en France. L’équivalent à l’échelle européenne existe aussi, ce qui peut être utile en voyage5. Noter le site de capture, la date, l’heure, les circonstances donne des indications utiles aux soins et permettra un relâcher dans de bonnes conditions.

Ensuite : veiller au maximum à éviter le stress. Les piverts, martins-pêcheurs sont par exemple très sensibles et peuvent mourir d’un arrêt cardiaque si on leur fait peur. Des gestes prestes et parcimonieux sont requis, en silence. Porter systématiquement des gants afin de ne pas transmettre de germes ou être contaminé. Recouvrir l’animal d’un tissu permet de le mettre dans une boîte en carton pour le transport, en évitant griffes, morsures, coups d’ailes ou de becs. S’il est trop gros et que la capture est difficile, appeler les pompiers. Le dernier conseil de Gabrielle Bertrand : si vous trouvez un animal blessé d’une espèce considérée par l’administration comme « susceptible d’occasionner des dégâts » (à l’instar des renards, fouines ou corneilles), ne prévenez pas l’Office de la biodiversité. Selon les services, quelqu’un pourrait décider de l’abattre directement, sans évaluer ses chances de survie.

GAËLLE CLOAREC
Février 2022

1 Centre de soin pour les Alpes-Maritimes (CSAM)
pacapourdemain.contact@gmail.com
pacapourdemain.fr

2 Faune Sauvage Sud :
contact@faunesauvagesud.org
faunesauvagesud.org

3 Réseau des Centres de soin de la faune sauvage en France
contact@reseau-soins-faune-sauvage.com
reseau-soins-faune-sauvage.com

4 Webinaire Secourir la faune sauvage en détresse : youtube.com/watch?v=OYBRegby4NQ

5 Wildlife Rescue Union
w-r-u.org/liste-des-centres

Photos : Hibou des marais – Eloise Deschamps -c- CRSFS / Soins hérisson d’Europe – Johana Antonelli -c- CRSFS / Relâcher d’un grand-duc d’Europe -c- Franck Dupraz