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Vu par Zibeline

Collégiens et lycéens de Marseille s'exercent à la critique d'exposition

Ateliers d’éducation à la presse

Collégiens et lycéens de Marseille s'exercent à la critique d'exposition - Zibeline

Zibeline poursuit ses ateliers scolaires1 en suscitant l’exercice d’une pensée critique et la fabrique de l’information. Retour contrasté, par les élèves marseillais du Lycée Le Chatelier et du collège Monticelli, sur l’exposition On danse ? qu’ils ont découverte au Mucem.



Avons-nous vraiment dansé ?

Notre classe de seconde professionnelle du Lycée Le Chatelier (Marseille) a effectué une sortie au Mucem avec son professeur de français, madame Berday, dans le cadre d’une séquence d’enseignement sur « la construction de l’information ». Nous avions auparavant rencontré des journalistes de Zibeline qui nous avaient appris à rédiger une interview et à faire des critiques sur différents sujets pour donner notre avis aux lecteurs. Ils nous ont également filmés quand on a interviewé Juliette Espié, qui avait travaillé avec Amélie Couillaud et Émilie Girard, les commissaires de l’exposition On danse ?.

Ce que nous avons vu

Arrivés au Mucem, nous avons regardé une heure d’une boucle vidéo qui durait 6 heures. Elle était composée d’extraits de 1 à 15 minutes, et on pouvait la regarder sur différents écrans qui diffusaient tous les mêmes images au même moment. Ces écrans étaient de différents tailles et matières, par exemple il y avait un rideau, un écran mou, un qui laissait passer les ombres… On a pu voir une femme qui dansait oriental sur la Marseillaise avec un foulard bleu blanc rouge autour de la taille, une bande de jeunes qui dansaient du hip hop. Mais le plus surprenant était la scénographie : on était dans une grande salle avec des balançoires à l’entrée et une moquette toute douce, des formes rondes, une pénombre éclairée par endroits, des transats où se reposer, et une piste qui faisait penser à une rampe de skatepark. Tout était noir mais rassurant et confortable. Il y avait aussi des objets, une statue d’un adulte de la taille d’un enfant, un énorme ghetto blaster, les habits d’une danseuse célèbre, Mistinguett, qu’on ne connaissait pas.

Ce que nous avons pensé

En fait, c’est cela qui nous a dérangé : on ne comprenait rien. Il n’y avait pas d’explication avec les vidéos, on ne savait pas d’où ça venait, ce que ça voulait nous dire. Le fait que ce soit une boucle de 6h, on ne peut voir ni le début ni la fin, cela est frustrant d’autant plus qu’on ne peut pas revoir les extraits qui nous ont plu, et passer ceux qu’on ne comprend pas, ou qui selon nous ne sont pas de la danse. Peut-être les commissaires d’exposition voulaient-elles nous forcer à regarder des choses que l’on ne regarderait pas volontairement ? Dans ce cas-là, pourquoi ne pas nous dire ce que l’on voit ? On s’est surtout sentis embrouillés.

D’ailleurs, certains d’entre nous ont trouvé l’exposition si ennuyeuse qu’ils ont préféré sortir, ou jouer à cache-cache avec leurs camarades. D’autres ont été séduits par l’ambiance apaisante, relaxante, qui permettait de regarder les vidéos comme on le voulait : allongé, debout, assis, en se balançant. Cela ne nous plongeait pas vraiment dans la danse mais en 10 minutes nos corps retournaient en enfance, et cela était vraiment réussi. Malgré les enfants du centre aéré qui faisaient vraiment trop de bruit, parce qu’ils se retrouvaient comme dans un parc avec des balançoires et des toboggans !

Narimen, Karim, Sonita, El-Yassad, Mardhuya, Rasmia, Mardhu, Maïssara et les autres élèves de la classe de seconde Pro Gestion du Lycée le Chatelier



Une exposition plutôt dansante

Nous, classe de 4e A du collège Monticelli à Marseille sommes allés avec notre professeur de français madame Pigeyre à l’exposition On danse ? au Mucem, après des cours d’éducation à la presse avec des journalistes de Zibeline.

Le dispositif était très atypique : c’était principalement des vidéos successives qui tournaient en boucle et dont nous avons vu une heure, au hasard. Elles étaient projetées sur des supports divers, de tailles et de matières différentes : un rideau de fil, des tablettes incrustées dans les murs, des écrans en enfilades avec des effets d’ombres sur le sol… Concernant la scénographie de l’espace, elle était vraiment surprenante, mais très agréable : nous étions plongés dans le noir, nous pouvions nous balader librement et très décontractés, il y avait des balançoires éclairées, des pentes douces, des distractions, la statue d’un petit humain immobile, des renfoncements dans le mur, un plumeau qu’il fallait tenir immobile, des transats… L’ambiance était vraiment formidable.

Les avis diffèrent

Si l’on se penche sur le contenu propre de l’exposition, les vidéos, nous avons tous été intrigués. Certains d’entre nous n’ont pas apprécié les vidéos car ils auraient aimé un rapport à la danse plus évident : une imitation de pigeon, est-ce de la danse ? C’était parfois lent, répétitif, sans dynamisme, sans musique. De rares vidéos leur ont plu, comme celle de Spiderman, parce qu’il y avait de la musique et de l’humour, un ralenti qui décomposait le mouvement, mais les scènes de la vie quotidienne qu’ils ont vues leur semblait sans rapport avec la danse.

D’autres parmi nous ont admis qu’on n’y voyait pas de la danse, chorégraphiée, à proprement parler. Pas des spectacles, plus des mouvements, des gestes, des imitations, des répétitions, qu’on pouvait aussi ressentir dans nos corps grâce à la scénographie : cela les a fait réfléchir à ce que signifie la danse, le fait qu’elle se trouve partout et tout le temps dans notre quotidien, depuis la nuit des temps.

Mais malgré tout, tous, nous aurions aimé apprendre davantage l’histoire de la danse plutôt que de nous balancer comme des enfants en regardant des vidéos bizarres sans savoir, au fond, ce que nous regardions, et en changeant sans cesse de pays, d’époque, de tradition. Et aussi sans savoir si c’était des reportages ou des fictions.

Mais tout cela reste très subjectif et mitigé ! Nous vous conseillons tout de même d’y aller, afin de vous faire votre propre opinion…. sans balancer !

Sidonie, Naomie, Yaëlle, Jawad, Zakaria, Manon, Léa, Massoudi, Wassim, Julie, Ihab, Louise, Shannon, Eliona, Térence, Emma, Mikhael, Robinson, Jules, Bryan, Gauthier et toute la 4e A du collège Monticelli, Marseille



Exercer son esprit critique

Lorsque l’on travaille sur la critique journalistique avec des élèves, on est surpris de la difficulté qu’ils ont non à avoir un avis, mais à le considérer comme légitime : ils peuvent dire qu’ils n’ont pas aimé, qu’ils n’ont rien compris, voire adopter des attitudes hostiles, mais ils n’osent généralement pas l’écrire, chercher pourquoi ils se sont sentis exclus. Ils ont tendance à dire que ce n’est pas pour eux, plutôt que de penser que c’est raté.

Le fait même de leur dire que leur avis compte autant qu’un autre, qu’ils sont un public légitime, et qu’ils ont raison de désirer des explications, fait aussitôt ressurgir ce qu’ils ont aussi éprouvé de positif.

Quant à l’exercice journalistique qui consiste à critiquer librement ceux là-mêmes qui les invitent, les élèves sont à cet égard bien plus déontologiques que la plupart des journalistes, et la leçon est pour nous…

AGNÈS FRESCHEL
Mars 2019

1Les ateliers d’éducation à la presse sont financés conjointement par le ministère de la Culture, Zibeline, le Mucem et la scène nationale du Merlan. Des vidéos et comptes rendus sont disponibles en ligne sur journalzibeline.fr

On danse ?
jusqu’au 20 mai
Mucem, Marseille

Photo : La 4e A à l’exposition On danse ? -c- Marc Voiry


Mucem
Môle J4
13002 Marseille
04 84 35 13 13
mucem.org