Inauguration des nouveaux murs de L'École Nationale Supérieure de la Photographie d'Arles

Arles, ou le consensus politique

• 1 juillet 2019 •

Les ministres de la Culture qui ont présidé à la naissance de la plus grande école de photographie d’Europe étaient là : Jack Lang (PS) qui la créa, Aurélie Filippetti (PS) qui augura le déménagement, et Françoise Nyssen (LREM) qui l’accomplit. Mais d’autres ex-ministres vinrent aussi à la tribune : Hubert Védrine (PS) qui préside les Rencontres d’Arles, Michel Vauzelle (PS) qui soutint le projet à la mairie d’Arles et au Conseil Régional, Renaud Muselier (LR) qui a pris sa succession : à gauche surtout mais à droite aussi la nouvelle ENSP regorge de protections, et le nouveau ministre Franck Riester ne manqua pas de saluer « la constance du projet » qui n’a jamais été remis en cause par les « alternances politiques à l’État, la Région ou la Ville ». Oubliant au passage que le maire d’Arles, depuis 2001, est Hervé Schiavetti (PCF) et qu’il a succédé à Michel Vauzelle (élu en 1995) dans un esprit de continuité plutôt que d’alternance.

En quête d’investiture ?

Le matin les mêmes ouvraient les cinquantièmes Rencontres de la Photographie, professant unanimement la défense de la prestigieuse manifestation estivale. Dans la salle, saluée, Maja Hoffmann, qui joue aujourd’hui un rôle essentiel dans l’activité économique, culturelle et patrimoniale de la ville. Avec d’autres socialistes encore, Claude Vulpian ou Nora Mebarek. Et la Reine d’Arles, incontournable figure d’un folklorisme provençal bizarrement genré, honorée jusque dans les lieux de la création artistique la plus contemporaine.

À la tribune, parmi les autres, Sabine Bernasconi, vice-présidente à la culture d’un département 13 qui met pourtant particulièrement à mal les opérateurs culturels arlésiens. Elle est d’ailleurs venue avec les élues à la culture de la Ville de Marseille et se présente, aussi, comme maire du centre-ville marseillais : si, les municipales approchant, Arles n’est pas un enjeu pour la droite, un jeu étrange est à l’œuvre. Comme un rapprochement possible, au nom de la culture, de ceux qui divergèrent, et cherchent aujourd’hui l’investiture de la République en Marche.

Pour les artistes

Ce consensus, c’est Renaud Muselier qui en parle le mieux, plaisantant sur les combats -verbaux !- qu’il a mené contre son prédécesseur, alors que pour financer l’ENSP « on parle d’une même voix, et sans une hésitation ». L’investissement de 20 millions d’euros est assumé à hauteur de 4,75 millions par la Région, le reste l’étant par la Ville, la Communauté Urbaine et l’État.

Un financement considérable pour un bâtiment magnifique, lumineux, vaste, fonctionnel et agréable, très loin de l’ostentation métallique de la tour de Frank Gehry qui lui fait face, et auquel sa modestie affirmée répond. Les étudiants, dans ce vaste écrin conçu par Marc Barani, vivront bien, travailleront, développeront -l’argentique a encore toute sa place à l’école-, exposeront, innoveront. Auditorium, salles de cours, lieux de résidence, tout est prévu pour que cette grande école s’ouvre plus encore aux étudiants et enseignants étrangers. « Aux artistes Africains en particulier, proclame Hervé Schiavetti, qui trouveront ici le refuge dont ils ont besoin, parce que nous avons aussi besoin de leurs images ».

Vive l’irrespect

Une voix légèrement discordante, entre les deux discours assez lisses de Franck Riester : aux Rencontres de la Photo comme à l’ENSP, le Ministre a affirmé son soutien aux photographes, faisant la liste des dispositifs nouveaux qu’il voulait mettre en place : droit d’accrochage, défense des droits d’auteurs et droits voisins auprès des GAFAM, mise en place d’une assemblée de la photographie, diffusion des collectons nationales… Autant de mesures fondamentales mais assez techniques, qui ne mettaient au jour aucune problématique politique.

C’est sans doute Sam Stourdzé, directeur des Rencontres, qui le matin exprimait le plus clairement le paradoxe de ces grands événements ou établissements culturels qui font heureusement l’objet d’une belle unanimité politique, mais doivent cependant cultiver la subversion.

« Les Rencontres sont respectées, mais ne doivent pas devenir respectables, ce qui est une notion bourgeoise et conservatrice. La photographie aujourd’hui n’est plus regardée avec condescendance, mais elle doit rester irrespectueuse envers tout ordre des choses, continuer à défricher et remettre en cause ».

Ses 50e Rencontres sont effectivement, malgré cette ouverture protocolaire, très irrespectueuses.

Agnès Freschel
Juillet 2019

Les Rencontres de la Photographie ont été ouvertes et l’ENSP a été inaugurée, le 1er juillet à Arles

Photo : c Claude Almodovar


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