Zad et recours judiciaires contre l'ouverture d'une carrière au dessus d'une ancienne mine à Mazaugues

Actions citoyennes et mensonges d’ÉtatVu par Zibeline

Zad et recours judiciaires contre l'ouverture d'une carrière au dessus d'une ancienne mine à Mazaugues - Zibeline

Les souterrains de l’ancienne mine de bauxite de Mazaugues, dans le Var, sont occupés aujourd’hui par des êtres humains qui protestent contre le projet de carrière mené par Provence Granulats-Audemard au cœur du Parc Naturel de la Sainte-Baume depuis 2008.

« Notre occupation a fait arrêter leurs travaux, reconnaître le risque minier, le risque d’effondrement » affirme Nina, porte-parole des zadistes de Mazaugues. « Une véritable campagne a été lancée contre les zadistes : marquage des entrées de mine, blocage de celles-ci. Au début, une seule entrée était connue, elle a été bouchée par un énorme rocher, il a fallu un camion pour la déplacer. On peut dire qu’il y a eu tentative d’homicide ici car étaient enfermés ainsi sciemment des êtres humains sous terre sans possibilité de sortir… »

Une résistance citoyenne

Née il y a cinq mois environ, la ZAD de Mazaugues (la seule souterraine en France) est mise en cause par l’entreprise Provence Granulats, qui a dû stopper son début d’activité car elle était susceptible de provoquer un effondrement fatal. « Un champ de panneaux solaires et un parc résidentiel de loisirs avaient eu l’intention de s’installer là, mais le poids des panneaux, la fréquence de la circulation avaient été analysés comme source de fragilisation voire de destruction du site, aussi ces projets s’étaient retirés d’eux-mêmes, explique Nina. Mais il y a un entêtement incompréhensible de la part de Provence Granulats-Audemard pour installer une carrière d’extraction du calcaire dolomitique au lieu-dit Le Caïre de Sarrasin situé sur la commune de Mazaugues, alors que le poids d’un concasseur nécessaire à la fabrication des granulats, la fréquence des camions (on estime à 160 passages par jour), les explosions liées à l’exploitation, sont bien plus dangereux que les propositions précédentes ! Il faut ajouter qu’à moins de cinq cents mètres il y a une entreprise du groupe international Titanobel, spécialisé dans la fabrication, distribution et mise en œuvre de l’explosif à usage civil (le terrain d’implantation de la carrière est d’ailleurs possession de Titanobel, ndlr) qui est classé Seveso seuil haut et comportant un périmètre de protection… »

Le site dans son intégralité est une zone Natura 2000 depuis 2015, mais une petite partie de la commune l’était déjà en 2008, ce qui aurait dû déclencher une étude d’incidence mais qui n’a jamais été fait comme le soulignent l’ancien maire de Mazaugues, Denis Lavigogne et son ancien premier adjoint Alain Darmuzey (youtube.com/watch?v=xtys-TgQzhI&t=201s).

« Durant dix ans ce sont eux qui se sont battus, le plus souvent seuls et ont tenu bon, malgré les pressions, les tentatives de corruption, les menaces, les rétorsions à l’encontre de la commune, comme le retrait de la subvention destinée à construire une école, face au refus catégorique de signer le permis de construire ! » rajoute Nina.

« Il y a tant de mensonges ! Provence Granulats a produit des études selon lesquelles il n’y aurait même pas eu de mines, puis qu’elles avaient été foudroyées (volontairement effondrées, ndlr) et comblées, qu’il n’y avait pas d’eau potable, pas de risque minier, pas de risque d’effondrement, s’appuyant sur le bureau d’études Antea Group dont la particularité est de se baser non sur des investigations mais sur les documents fournis par son commanditaire. Les études menées par GEODERIS1 (2014) ont pris plus de temps, et malgré leurs rapports accablants quant à la dangerosité des lieux, des risques d’effondrement, de la biodiversité, de la faune et de la flore protégées (chiroptères, lézard ocellés, plus de 13 espèces menacées), de la réserve d’eau menacée (quatre millions de mètres cubes), il n’y a eu aucun revirement de la part du ministère de l’Environnement… ».

Marathons judiciaires

Trois membres du collectif d’associations anti-carrière de Mazaugues (le CACM), Thierry Gontier, Manon Ruiz et Denis Molès, sourient : « Il y a un siècle d’exploitation de la bauxite alors vous imaginez bien les grands espaces non comblés et sur plusieurs niveaux (plus de neuf, ndlr) étalés sur des kilomètres… Quant à l’eau, potable2, elle alimente par le biais du Caramy et de Carcès jusqu’à l’agglomération toulonnaise (du Lavandou à la Seyne-sur-Mer). Si l’on revient sur les étapes judiciaires, car nous avons choisi la voie des tribunaux pour lutter, il y a eu un arrêté préfectoral d’autorisation d’exploitation de la carrière et d’installation de traitement de matériaux le 29 juin 2012. Mais le 11 octobre 2012 le Tribunal Administratif de Toulon suspend cet arrêté à la demande du CEM (association Confédération-environnement-Méditerranée) et le 13 décembre 2012, le Conseil d’État annule cette suspension sur pourvoi du ministre de l’Écologie. Le Conseil d’État et le ministère ont tout rejeté au fil des années. Nous sommes devenus des experts de la faune, de la géologie, de la circulation des eaux et des rouages judicaires, plaisantent-ils. La création de cette nouvelle carrière ne s’imposait pas : il n’y a pas besoin de davantage de granulats que ceux déjà produits actuellement jusqu’en 2032 ». Et, rajoutent-ils, « Désormais nous sommes passés au niveau européen. Notre pétition a été déclarée recevable au Parlement européen qui a délégué le soin de s’en occuper à une commission qui l’a examinée le 26/10/21 et l’a maintenue ouverte ».

David contre Goliath ou la force des invisibles

« Les recours juridiques ne peuvent être déposés que dans le cadre des principes de chaque association sans se situer hors de leur domaine propre : si l’association lutte pour la faune elle ne pourra intervenir pour les arbres ou l’eau… et elle doit avoir été fondée au moins un an avant l’apparition de l’objet de sa plainte » rappelle Nina qui souligne aussi que « la commission européenne n’a pas de valeur contraignante. ».

Denis Molès (CACM) rapporte les propos de l’un des avocats de Provence Granulats, maître Grimaldi, à propos de la ZAD : « Je suis perturbé par une enquête pénale en cours, sur des gens qui sont souterrains, qui s’appellent des « ziadistes » que personne ne retrouve »… Tout est dit !

« Fin du game » publiait cette année (se rappelle Nina) Provence Granulats-Audemard qui se targue sur son site de sa labellisation « carrière 100% éco-responsable », lorsque le nouveau maire de la commune de Mazaugues signa le permis de construire (sous quelles pressions ? l’astreinte de payer en dédommagement plus de 1 450 000€3 par la commune au carrier qui les aurait réclamés par requête judiciaire, les reproches du sous-préfet adressés au maire sur l’action du maire sortant ?…) scellant l’installation de l’entreprise.

Les interrogations quant au fonctionnement de la justice et de la démocratie citoyenne se posent avec acuité… Le courage et la détermination des zadistes en lutte nous réconcilient avec une humanité que les lois du marché ne cessent de nier.

MARYVONNE COLOMBANI
décembre 2021

1 GEODERIS : Groupement d’Intérêt Public (GIP) constitué par le ministère de la Transition écologique et solidaire, le BRGM et l’INERIS. Il apporte à l’État (administrations centrales et services déconcentrés) une expertise en matière d’après-mine.

2 Les informations varient : selon le Facebook de Granulats Provence-Audemard, l’eau serait « chargée d’une teneur en sulfure dépassant les normes admises » (https://www.facebook.com/ProvenceGranulats/videos/carrière-de-mazaugues/778860739469433/). Or, sur le site officiel du département du Var (var.fr/environnement/preservation-des-milieux-aquatiques-amelioration-de-la-gestion-en-eau/eau-souterraine), le paragraphe consacré aux ressources en eau des contreforts nord Sainte-Baume, note : « Deux études départementales réalisées en 2008 et en 2011, ont révélé que le plateau de Mazaugues présente un potentiel de plus de 4 millions de m3 exploitables annuellement pour l’alimentation en eau potable »

3 tv83.info/2021/02/02/nouvelle-action-contre-la-carriere-de-mazaugues/

Photographies :
Vues de l’intérieur de la mine de Mazaugues © X DR
Membres du collectif d’associations anti-carrière de Mazaugues (le CACM), Thierry Gontier, Manon Ruiz et Denis Molès © MC