Avec Solidariz’Toit, l'accueil des réfugiés s'organise dans le Var

Accueillir, c’est possible

Avec Solidariz’Toit, l'accueil des réfugiés s'organise dans le Var - Zibeline

Petit conte de Noël avant l’heure, Zibeline a rencontré la fondatrice de l’association Solidariz’Toit.

En octobre 2016 naissait le Collectif pour l’accueil des réfugiés à Tourves, lors de la création du Centre d’Accueil et d’Orientation dans le village. Dans cette dynamique, une structure originale a éclot à Saint-Maximin : Solidariz’Toit, à l’initiative de Marie-Cécile Métivier, responsable aussi du réseau Welcome dans le Haut-Var, pour les demandeurs d’asile

Zibeline : Comment est né Solidariz’Toit ?

Marie-Cécile Métivier : Je suis éducatrice, j’avais déjà accueilli une jeune Nigérienne pendant deux ans dans le cadre de Welcome. Le Collectif de Tourves a permis de mener une réflexion sur l’organisation de l’accueil. On s’est monté en association pour proposer un lieu spécifique pour les mineurs, et donc plus institutionnel : nous nous situons dans le cadre d’une Maison d’Enfants à Caractère Social (MECS, relevant de Aide Sociale à l’Enfance, ASE, ndlr). La création de la structure date du 8 octobre 2018, située dans notre propre maison familiale, louée à l’association. J’ai d’ailleurs depuis quitté Saint-Maximin. Il a fallu un an et demi pour ouvrir car il ne s’agissait pas d’une forme traditionnelle : le Département avait fait un appel d’offre pour une structure destinée à 200 mineurs non accompagnés. Et, nous, nous arrivions avec un projet d’accueil pour six enfants de 13 à 18 ans ! Nous avons ouvert en même temps que trois autres structures pour les mineurs non accompagnés, pour 30 à 40 enfants. On n’a pas du tout les mêmes résultats… Actuellement nous sommes sur un contrat de deux ans subventionné par le Département, à titre expérimental, pour s’occuper de mineurs non accompagnés placés par l’ASE.

Comment tout cela s’organise ?

Nous sommes une équipe, deux éducateurs, deux veilleurs de nuit et beaucoup de bénévoles interviennent, prof de peinture, de philo, une psychologue… Dans le quartier, ce sont des gamins qui sont repérés positivement, et on nous félicite du travail qu’on fournit, on nous dit que ce sont des gamins très bien élevés, ils aident par exemple notre voisin au jardinage, on a de bons retours aussi des associations sportives dans lesquelles ils évoluent et aussi de la part de leurs enseignants. On en a eu 8 depuis le début, deux sont partis pour leurs études et reviennent régulièrement. Je pense que s’il n’y a aucun problème au niveau du comportement et que l’on peut vraiment parler d’une réussite au niveau de l’intégration, c’est parce que c’est un petit collectif. Les gamins retrouvent un rythme d’enfant.

Ils viennent d’où ?

Ça dépend, Albanie, Tunisie, Guinée, Mali, Côte d’Ivoire… Il faut souligner le très bon accueil sur la commune de Saint-Maximin. J’ai préparé le terrain, informé en amont les voisins, rencontré la mairie qui a soutenu le projet en insistant sur le fait que si chaque commune en prend 6 ce n’est rien, mais si une commune en prend 400 c’est dramatique. Ce lieu d’accueil permet d’accepter et de découvrir la différence, de manière naturelle, parce que nous sommes à une échelle de famille. Quant à la communication, il y a une coordinatrice sociale dans l’équipe qui parle couramment arabe et anglais, le veilleur de nuit est un ancien demandeur d’asile qui parle l’arabe. À part un petit Albanais qui lui parlait déjà quatre langues dont le français, les autres viennent de l’Afrique francophone. Ils veulent mettre toutes les chances de leur côté, ils auraient pu s’arrêter en Italie, mais ils n’en parlent pas la langue.

Leur histoire est difficile…

Attention, nous ne sommes pas un centre de soins ! Je pense que creuser quand on ne sait pas où l’on va c’est compliqué. Oui, on est à l’écoute, on leur donne des outils, on leur propose de voir un psychologue, mais ce n’est pas l’objectif premier. L’objectif est bien évidemment de ne pas les lâcher, mais en leur préparant un après : soit un retour au pays, mais réfléchi, soit suffisamment d’éléments pour rester.

Propos recueillis par MARYVONNE COLOMBANI
Novembre 2019

À consulter sur journalzibeline.fr deux interviews du Collectif de Tourves et du réseau Welcome

Photo : Activité socialisante © Marie-Cécile Métivier