Entretien avec Frank Tenaille, directeur artistique du Chantier à Correns

À l’échelle du monde

• 20 janvier 2022⇒21 janvier 2022 •
Entretien avec Frank Tenaille, directeur artistique du Chantier à Correns - Zibeline

Le Chantier, à Correns, s’érige comme un « Totem culturel » de territoire. Entretien avec Frank Tenaille, son directeur artistique.

Zibeline : Quelle est la situation du Chantier aujourd’hui ?

Frank Tenaille : 2021 a été une année extrêmement difficile à gérer mais nous sommes restés un lieu toujours ouvert, en essayant autant que possible de poursuivre nos missions avec tout ce que cela implique d’impondérables. Ça a été un peu débilitant intellectuellement. Nous avons décidé d’emblée d’assurer tout ce qui pouvait l’être dans le cadre des protocoles successifs qui se sont abattus sur le spectacle vivant, sans laisser aucun artiste sur le carreau. En fait, nous avons fait plus de choses que d’habitude, inventé, travaillé encore plus étroitement avec le territoire. La pandémie a touché un certain public qui regarde maintenant Netflix, et qui est très apeuré. Est apparu un déficit qui est encore de l’ordre de 20 à 30%. Je sais que le cinéma est plus touché, certains théâtres aussi…

Quelles sont les perspectives qui s’ouvrent aujourd’hui ? Si l’on regarde la programmation, elle est toujours à l’échelle du monde, rien n’a été sacrifié.

Nous conservons cette ligne des créations de musiques du monde d’essence patrimoniale.

On a en janvier un concert exceptionnel autour d’Eléonore Fourniau et des artistes de Turquie, Iran, Irak, Syrie, suivi d’une création autour des Derviches tourneurs de Konya (Turquie), c’est un programme sublime. Le travail de l’ensemble d’Eléonore Fourniau peut être considéré comme un cas type : depuis des années elle s’intéresse à la musique Kurde qui est partagée au moins entre quatre états majeurs (Turquie, Iran, Irak, Syrie), à la manière dont cette musique a su préserver sa spécificité et s’est enrichie de toutes les variétés régionales selon ses lieux de création et de diffusion. On se trouve à la croisée des conteurs, des ménestrels, des bardes avec un instrumentarium incroyable -au moins vingt instruments différents- et une richesse vocale étonnante. S’ajoute à cela la dimension soufie des derviches tourneurs de Konya et leur danse, le Sama, qui nous fait entrer dans une sorte de cérémonial.

Il y a une constante dans les travaux du Chantier : la musique est toujours en relation avec une pensée, des rites, une culture…

Sans faire de géopolitique, quand on parle de musique du monde c’est aussi de culture du monde. Il s’agit de lever le voile sur ces cultures et pas seulement de faire venir des musiciens pour jouer un concert. Il y a toujours des soubassements anthropologiques. On essaie de toucher énormément de facettes des musiques du monde, par les styles, les pays, les genres, ou encore les approches vocales ou instrumentales. Donner des clés sur ce que font les gens de la planète est une dimension essentielle du Chantier.

Propos recueillis par Maryvonne COLOMBANI
Décembre 2021

04 94 59 56 49 le-chantier.com

À venir
Éléonore Fourniau / Derviches tourneurs de Konya
20 & 21 janvier
La Croisée des Arts, Saint-Maximin
04 94 86 18 90 croiseedesarts.com

Photographie : Derviches Tourneurs de Konya © Erol Gum

La Croisée des arts
Pôle Culturel Provence Verte
Place Malherbe
83470 Saint-Maximin la Sainte-Baume
04 94 86 18 90
www.var.fr

Le Chantier
Centre de Création de Nouvelles Musiques Traditionnelles
Fort Gibron BP24
83570 Correns
04 94 59 56 49
http://www.le-chantier.com/