A l'approche des élections législatives, la gauche reste minée par ses divisions

À gauche, le suicide ou le sursaut ?

A l'approche des élections législatives, la gauche reste minée par ses divisions - Zibeline

Les élections législatives qui ont lieu les 11 et 18 juin s’annoncent périlleuses pour la gauche, en particulier dans notre région. L’entreprise En Marche a indiscutablement réussi son OPA. S’il n’est pas garanti qu’En Marche obtienne la majorité absolue au parlement, elle est parvenue à fragiliser la concurrence. Alors qu’Emmanuel Macron n’est arrivé en tête du premier tour que dans 2 de nos 57 circonscriptions (voir le tableau dans l’article Les législatives dans le Sud-Est) et qu’il a fait des scores nettement plus bas ici que sa moyenne nationale, les candidats présentés par la République En Marche peuvent remporter de nombreux sièges. Le produit REM est tout neuf, et même s’il se fonde sur de vieilles recettes, la campagne marketing a été efficace et a su séduire de part et d’autre. Chez Les Républicains comme au Parti socialiste, l’attraction vers ce centre de gravité autoproclamé a eu de l’effet. Maintenant que les rivaux directs sont morcelés, la sphère d’influence du président ne cesse de s’amplifier.

Reste désormais à connaître comment s’organisera son opposition. À droite de LR, le retrait de Marion Maréchal le Pen affaiblit le FN local, en désaccord avec Marine le Pen. Qu’en est-il pour la gauche ? Scénario impensable quelques semaines auparavant, elle a bien failli être présente au second tour de l’élection présidentielle. Quelles sont aujourd’hui ses perspectives ?

Des électeurs déboussolés

Dans nos régions, une candidature a focalisé toute l’attention médiatique : celle de Jean-Luc Mélenchon (lire son interview pages suivantes), venu affronter Patrick Mennucci, élu PS sortant dans la 4e circonscription de Marseille. Fort d’un score élevé dans le centre-ville lors du premier tour de la présidentielle, le candidat de la France insoumise a décidé de faire de Marseille « un enjeu national ». Le choix de se présenter dans cette circonscription a pourtant surpris : avant son arrivée dans la course, elle semblait acquise au député sortant et pouvait donc être considérée comme un territoire de gauche, sans risque de bascule ni à droite, ni au FN.

Durant son mandat, si Patrick Mennucci, est resté ambigu sur la Loi Travail, qu’il a votée, il ne l’a pas été sur la déchéance de nationalité, à laquelle il s’est fermement opposé. Contrairement à d’autres dans son parti, il n’a pas cédé aux sirènes macronistes et, s’il est réélu, il entend s’inscrire dans la ligne prônée par Benoît Hamon d’une opposition affirmée au nouveau Président. Mais pour Jean-Luc Mélenchon, l’étiquette « socialiste » n’est plus un label de gauche. « Je ne veux pas affaiblir le PS, je veux le remplacer », déclarait-il sans détour lors de l’annonce de sa candidature à Marseille. Cette stratégie est-elle la bonne ? Il est probable qu’elle soit risquée.

Parmi l’électorat de gauche, la position de Jean-Luc Mélenchon est souvent mal comprise. Tout en annonçant vouloir s’affranchir de « la vieille tambouille politicienne », la FI y retombe, d’une autre manière, tant il semble que ses adversaires soient les candidats socialistes ou communistes plutôt que les libéraux ou les nationalistes. Ainsi, alors que le Parti communiste a retiré son candidat face à Jean-Luc Mélenchon (et face à Sarah Soilihi, qui affrontera Stéphane Ravier (FN) dans la 3e circonscription de Marseille), la FI a maintenu le sien contre Jean-Marc Coppola (PC), dans la 7e. Élu de terrain, bien implanté dans ces quartiers, un éparpillement des voix dû à la présence du candidat FI pourrait l’empêcher de l’emporter sur Henri Jibrayel, le député PS sortant.

Ayant réuni, contre toute attente, 7 millions d’électeurs lors de la présidentielle, FI dispose d’un tremplin pour s’ancrer dans le nouveau paysage politique en tant que force majeure d’opposition. Mais quelle pérennité de cet élan aux législatives s’il se heurte à de telles querelles fratricides ? Le défaut d’entente entre les différentes composantes de la gauche risque de provoquer son échec tout entier. Une tendance au sabordage qui se confirme au niveau national : dans de nombreuses circonscriptions, les candidats se revendiquant de gauche seront au moins quatre (PS, PC, FI et Ecologistes). FI espère obtenir plus de députés que le PS, et le PS redoute de perdre son groupe parlementaire. Plus encore que de les déboussoler, il y a là de quoi décourager les électeurs.

Division et confusion

Cette division des candidatures implique une dispersion des suffrages qui favorisera l’élection de députés REM, LR ou FN. D’autant plus qu’à cette désunion s’ajoute la confusion entretenue par le label « Majorité Présidentielle ». Devenue un véritable fourre-tout, cette appellation a été récupérée par des candidats de tous horizons. Dans la 14e circonscription des Bouches-du-Rhône, Jean-David Ciot, le premier secrétaire de la fédération PS du département, a sollicité l’investiture de la REM. Il ne l’a pas obtenue, a déclaré publiquement en être déçu et il aura face à lui une candidate macroniste. Qu’importe, il a gommé toute référence au PS pour sa communication de campagne, préférant apposer le fameux passe-partout « Majorité Présidentielle ». La tactique est rodée, elle est utilisée aussi bien par des candidats PS que LR, et elle peut conduire à des situations grotesques. Ainsi, Anne-Yvonne Le Dain, députée PS sortante de la 2e circonscription de l’Hérault, affichant son soutien à Emmanuel Macron (mais devant affronter une candidate REM) a été désinvestie par le PS. Elle a décidé alors de poursuivre en justice son propre parti….

C’est déjà grotesque, cela pourrait même être drôle si les perspectives n’étaient pas si préoccupantes. À la différence de François Hollande, Emmanuel Macron n’a pas caché ses intentions. La réforme du code du travail qu’il entend mener très rapidement s’annonce brutale. S’il obtient une majorité absolue à l’assemblée, peu importe qui de FI ou du PS aura le plus de députés. Ils ne pourront pas infléchir les décisions du gouvernement. La dégradation de la situation sociale, entamée sous le quinquennat précédent, ne ferait que s’amplifier. Pour la gauche, si le sursaut ne vient pas des urnes, l’issue pourrait alors se trouver dans la rue. Les appels au front social, qui déjà se multiplient à travers le pays, semblent le signe que les citoyens de gauche ont anticipé un échec électoral. Et qu’ils sont prêts à se mobiliser sur le terrain pour défendre leurs droits et leurs acquis.

JAN-CYRIL SALEMI
Juin 2017

Affiches électorales © Christian Perry-Giraud – Creative Commons Flickr