Politique culturelle d'Arles : le cas du festival éco-citoyen Convivència

À Arles, de Carolis taxe Convivència au tarif horodateurVu par Zibeline

Politique culturelle d'Arles : le cas du festival éco-citoyen Convivència - Zibeline

La nouvelle municipalité demande au festival alternatif et gratuit de payer le parking qu’il occupe le temps d’une semaine en été.

Ils ne l’ont pas fait exprès mais la concordance des deux événements est sans doute un signe. Le 23 avril, jour d’une manifestation des intermittents et précaires contre la réforme de l’assurance chômage, l’association arlésienne Attention culture organise la riposte. À la Maison de la vie associative, avant de tenir son assemblée générale, le bureau invite à une réunion peu ordinaire aux allures d’assemblée populaire. Unique point à l’ordre du jour, la contre-offensive face à la menace qui pèse sur la semaine Convivència, festival éco-citoyen de musiques du monde porté par la structure depuis 2002. Contrairement aux années précédentes, la mairie a décidé de ne plus mettre à disposition gracieusement le lieu où se déroule la manifestation tous les ans, en juillet. Cet espace sur la voie publique étant en réalité un parking à ciel ouvert, la Ville dont Patrick de Carolis est désormais maire exige des organisateurs du festival une contribution de 13 056 euros. Une redevance plutôt rondelette, exigée par l’ancien président de France Télévision, qui correspondrait au manque à gagner sur les recettes de stationnement. « En plus, c’est calculé sur la base du tarif horaire alors que la plupart des usagers bénéficient du tarif résident », précise Henri Maquet, musicien arlésien, soutien de la première heure du festival. Mais la nouvelle municipalité arlésienne n’étant pas à une mesquinerie près, elle n’a proposé à ce jour aucune subvention compensatoire et rejeté les demandes de lieux alternatifs faites par l’association. Présidée par le même élu, la communauté d’agglomération a diminué son soutien de 3000 euros à zéro centime… Seule offre sur la table, le déménagement du festival vers le boulodrome de la place Lamartine, jugé peu propice à la tenue de concerts dans l’esprit convivial et alternatif du festival. Car si le terrain jouxte le Rhône, il est surtout situé entre un rond-point bruyant, un Monoprix, la gare ferroviaire et un quai à péniches.

Carte-pétition

Après l’annulation imposée par décision gouvernementale en 2020 pour cause de Covid, la semaine Convivència voit donc sa 20e édition également chamboulée. « On ne va pas entrer en guerre par indulgence pour la nouvelle équipe municipale », prévient cependant Sylvie Séquier, secrétaire d’Attention culture. C’est donc le principe d’une campagne publique à l’aide d’une carte-pétition qui est soumise aux participants. Objectif : montrer aux élus que les Arlésiennes et Arlésiens sont attachés au festival autant qu’ils tiennent au site Léon-Blum, qu’ils verraient bien transformé en véritable square accueillant d’autres initiatives locales tout au long de l’année. « Le point fort du festival est sa dimension sociale et écologiste. Et il y a une demande », estime-t-on dans la salle. « Il faut demander le soutien d’artistes de renom passés par Convivència, informer les médias nationaux comme Médiapart », suggère-t-on aussi. « Si la mobilisation est forte, ils vont plier. Ça reste des politiciens », espère-t-on. La démarche fait consensus. Et les avis sont catégoriques sur les orientations politiques d’une « municipalité vue à la télé » qui sabrerait « toutes les associations culturelles qui n’ont pas une identité traditionnelle ». À savoir provençale voire provençaliste. « Le fer de lance de cette mairie, c’est une seule culture. Et ce n’est pas celle qui nous rassemble », pointe une participante. Et d’en arriver au triste constat : « On n’est pas seulement là pour Attention culture mais pour l’ensemble du tissu associatif, car d’autres champs sont touchés comme l’économie sociale et solidaire ou encore la politique de la ville. » Pour Jean Colomina, président de l’association, « un collectif doit se mettre sur pied. On ne croit pas aux miracles mais si plusieurs centaines de pétitions sont ramenées en mairie, cela peut créer un rapport de force ». En attendant, Catherine Le Guellaut, sa conjointe avec laquelle il a fondé Attention culture en 1998 au temps où ils étaient encore disquaires et libraires indépendants, esquisse ce que pourrait être Convivència en 2021 : différentes scènes pour différents lieux et des rendez-vous étalés entre mai et septembre. Reste à espérer que, dans son inexplicable bassesse, la ville ne facture pas cinq mois de tickets d’horodateur…

LUDOVIC TOMAS
Mai 2021

convivenciaarles.wixsite.com/convivencia

Photo © Rachel Havaux – Convivència



Entre abandon et ingérence

Le dynamisme culturel d’Arles tient davantage à la diversité et à l’audace des opérateurs qu’aux politiques publiques. Depuis de nombreuses années, la cité deux fois millénaires, son patrimoine et sa lumière ont attiré artistes et riches mécènes. Avec le retour de la gauche en 1995, les municipalités successives ont toujours accompagné le mouvement, sans jamais réellement tenter de s’immiscer dans les grandes orientations des événements et structures. Cette ère est peut-être terminée avec l’arrivée du nouveau maire Patrick de Carolis. L’ex-animateur des Racines et des ailes le clame haut et fort : il est un indécrottable défenseur de la culture. Et n’hésite pas à intervenir directement dans l’offre culturelle en programmant plusieurs propositions. Cependant l’une des premières décisions de la nouvelle municipalité fut la suppression de Drôles de Noëls. Rare manifestation initiée par la ville dès 2004, elle a été jugée trop coûteuse pour le nombre de spectacles proposés. Mini-festival d’art de la rue, elle sera remplacée au pied levé par des animations et illuminations ringardes plus enclines à satisfaire les commerçants-électeurs. Le coup de massue arrivera quelques semaines plus tard avec le vote d’une baisse drastique de la subvention dédiée au théâtre de la ville, lui aussi rouvert sous l’ancienne majorité. Moins 200 000 euros pour la scène conventionnée d’intérêt national « art et création – nouvelles écritures », soit une coupe d’un tiers de l’enveloppe. Les pratiques contemporaines semblent décidément ne pas plaire à l’ancien président de France Télévision qui a comme une tendance à voir de l’élitisme partout. D’ailleurs, le passage en concession de l’établissement -qui demeure en délégation de service public- introduit un droit de regard dans la programmation de la future direction en la contraignant à « l’ouvrir largement à des propositions dites grand public ». L’opposition municipale fustige naturellement les pratiques des nouveaux édiles. Plus inquiétant, une partie du tissu associatif local aussi, voyant à son tour les subventions fondre comme neige au soleil.

LUDOVIC TOMAS
Mai 2021