15ème Art, la nouvelle salle de concert des quartiers Nord de Marseille

15ème art, entre musique et mémoire

• 14 décembre 2019 •
15ème Art, la nouvelle salle de concert des quartiers Nord de Marseille - Zibeline

Dans un des quartiers délaissés du Nord de Marseille, un nouveau lieu culturel voit le jour.

Voisin d’un bar ou d’un salon de coiffure, le 15ème Art s’est installé dans les locaux d’une ancienne auto-école. Au volant, l’association Sud Culture, connue et reconnue pour porter Tamazgha, festival de musiques berbères qui met de la vie dans le Théâtre de la Sucrière depuis 2006. « Cela fait sept ou huit ans que l’on pense à trouver un espace dédié au spectacle vivant qui soit en même temps un vrai lieu de travail. Nous avons la volonté de répondre à un besoin de nos quartiers. Celui d’y défendre la culture comme celui de casser la fracture Nord-Sud. On veut que des gens du centre-ville voire des quartiers Sud viennent jusqu’ici », explique le directeur Menouar Hammache. Première date : le 14 décembre pour un concert d’Ali Ferhati, musicien berbère. Également annoncé, le 8 février, Tarik Aït Menguellet, qui n’est autre que le fils de Lounis Aït Menguellet, grand poète et chanteur algérien d’expression kabyle. Entre les deux événements, la programmation est en cours de construction. « Nous sommes ouverts à toutes les pratiques acoustiques. Qu’elles viennent des musiques du monde ou de la chanson française.

Intimiste et chaleureux
Avec une jauge de soixante places assises et une scène ne pouvant pas accueillir au-delà de cinq musiciens, les rendez-vous proposés par le 15ème Art seront à coup sûr intimistes et chaleureux. « Nous privilégierons les artistes régionaux et en émergence. Notamment en raison du coût », avertit Menouar Hammache, lui-même joueur de bendir. Objectif : évoluer de deux événements par mois à un par semaine. Pour cela, la petite équipe de deux permanents mise, en partie, sur des collaborations. « On peut venir en soutien à d’autres en prêtant le lieu, pour créer une dynamique. Il n’y a pas d’autres salles de concert ici, seulement des centres sociaux mais ils n’ont pas assez de moyens », estime le directeur pour qui le nerf de la guerre est « la seule problématique. Avoir un lieu ne suffit pas, il faut un peu d’argent pour le faire fonctionner ». Sur le plan des subventions, l’association a dû se contenter jusqu’à présent d’un financement à hauteur de 30% du coût des travaux par le Conseil départemental des Bouches-du-Rhône dans le cadre de la politique de la ville. « Et sur le généreux soutien d’un particulier artisan. Le reste, c’est de l’auto-financement », précise le directeur.

Ateliers de découverte
À côté de la diffusion, la création et la production comptent parmi les autres missions du lieu qui souhaite se mettre à la disposition des artistes pour une résidence ou plus simplement des répétitions. Dans la continuité des actions menées depuis une quinzaine d’années par Sud Culture, des ateliers de découverte des répertoires de musiques du monde et traditionnelles d’Afrique du Nord sont ouverts aux enfants et aux adultes les mercredis après-midi. Au programme, de la pratique vocale et instrumentale ainsi que des informations sur les métiers de la musique. Nouveauté en revanche, des séances de soutien scolaire sont proposées du primaire au lycée en français et mathématiques. « Nous espérons attirer des jeunes. Et les maths ont un rapport avec la musique. » Côté accessibilité, le 15ème art est moins enclavé qu’il y paraît : desservi par une ligne de bus à haut niveau de service (façon Marseille, n’exagérons rien), il est également à quelques minutes à pied d’un parking gratuit, près du lycée Saint-Exupéry.

Musique de l’exil
Parmi les nombreux projets, celui du Café Nord-Africain est bien avancé. Une fois par mois, dès 2020, Menouar entend confier à un jeune artiste la mission de recréer l’esprit des bistrots de l’époque où des chanteurs issus de l’immigration mettaient en paroles et en musique leur exil, devant des clients venus comme eux du monde ouvrier. « Slimane Azem s’est produit dans un café du boulevard Lafuente, pas loin d’ici. Dahmane El Harrachi et Cheikh El Hasnaoui aussi. » À quelques centaines de mètres de l’usine Saint-Louis Sucre, le 15ème Art creusera donc aussi son sillon dans le domaine de la transmission et de la mémoire.
LUDOVIC TOMAS
Décembre 2019

Le 15ème Art
178 avenue de Saint-Louis, Marseille
06 95 51 04 72 sudculture.org

Photo : Menouar Hammache © LT