Journal Zibeline - bannière pub Journal Zibeline - bannière pub

Réalisation d'un court-métrage LGBTQ au Théâtre Liberté de Toulon

Silence, moteur, ça conscientise !

Réalisation d'un court-métrage LGBTQ au Théâtre Liberté de Toulon - Zibeline

À Toulon, le théâtre Liberté sensibilise les jeunes à la lutte contre les discriminations à travers la conception d’un court-métrage. Le thème, cette année : la LGBT-phobie

Elles et ils s’appellent Mélina, Jérôme, Alya, Feddy, Syrine, Yohan, Kelia, Stefano. Ils et elles ont entre 11 et 17 ans. Leurs hobbies ? La musique, le cinéma, les séries, les jeux vidéo, la boxe, le foot ou la danse africaine. YouTube et Netflix, ça les connaît. Mais passer devant ou derrière une caméra, ce sera la première fois.

Pour la cinquième année consécutive, la scène nationale de Toulon initie « Courts-métrages en Liberté », un programme d’actions culturelles et citoyennes par des ateliers de réalisation de films. Ateliers dans lesquels se succèdent depuis novembre lycéens, jeunes issus de la Protection judiciaire de la jeunesse (PJJ) et, ce jour-là, du centre social Toulon-Ouest.

À chaque fois, un thème est choisi en lien avec une discrimination. Avant de passer aux travaux pratiques, les apprentis cinéastes participent à une séance de sensibilisation au sujet. Après le harcèlement à l’école, le respect entre filles et garçons, le racisme et l’antisémitisme et le rapport à l’argent, l’homophobie est à l’ordre du jour. La haine anti-LGBT plus exactement. « Ça vous dit quelque chose ? » Visiblement non. Mais Benoît Arnulf n’est pas du genre à se démonter. Quel que soit l’auditoire.

Tous humains

Coordonnateur de l’association Les ouvreurs qui organise, à Nice et Cannes, le festival de cinéma LGBT In&Out, il intervient en milieu scolaire depuis une décennie. « Ça ne vous rappelle rien la haine des autres ? » « Le racisme », répond spontanément Feddy qui poursuit : « C’est quand on est contre la religion des autres. Mais on est tous humains. » Déplié sur plusieurs rangées de la salle du site de Châteauvallon, un gigantesque Rainbow flag. Symbole plus évocateur pour ce jeune public. L’un d’eux se lance : « C’est le drapeau des homosexuels ». L’échange durera deux bonnes heures.

Avec des réactions rassurantes ou déroutantes qui révèlent souvent le chemin à parcourir. « À part l’attirance pour une personne du même sexe, qu’est-ce qui caractérise les homosexuels ? », demande Benoît Arnulf. « Les vêtements, les manières… » « Ce sont des préjugés et c’est dangereux, tranche l’intervenant. Vous en connaissez d’autres ? » Le directeur du centre social se prend au jeu et fait mouche : « Les juifs sont riches et les musulmans des terroristes ». La discussion sur la parentalité est beaucoup moins consensuelle. « Les parents qui adoptent, c’est pas des vrais parents. » L’orateur rappelle alors l’unanimité des témoignages d’enfants auditionnés par les parlementaires en amont de la loi de 2013 : « Tous ont dit la même chose : arrêtez de parler pour nous ! ».

Dégage !

En tant que potentiels futurs parents, comment réagiraient-ils au coming-out d’un enfant ? « Je lui dit dégage ! », affirme le même pré-ado qui paraissait jusque-là le plus ouvert. « Je lui mettrais une tarte », prévient sans hésiter une camarade. « Non, c’est abuser, cela ne servirait à rien », estime Jérôme, le plus âgé, tout en reconnaissant : « ça me ferait chier au début mais avec le temps, j’accepterais, pour son bonheur ». Quelques minutes plus tôt, celui-ci exprimait pourtant sans détour son incompréhension voire son désarroi face à des parents de même sexe : « Ah non ! C’est malsain ».

Même un baiser entre deux garçons ne passe pas si naturellement. « Beurk, c’est dégoûtant. » Mais l’explication vient d’un jeune lui-même. « C’est parce qu’on n’a pas l’habitude de le voir ». En plein dans le mille. Présente à la séance, l’équipe artistique écoute, attentive. C’est bientôt elle qui prendra le relais. Sur la scène, un grand cube blanc ouvert constituera une partie du décor du film. Les bombes de peinture ne sont pas loin. L’imaginaire et la créativité feront le reste. « On a choisi le drapeau arc-en-ciel pour pouvoir élargir la thématique à d’autres sujets », prévient Geoffrey Fages, le réalisateur. « Chaque couleur ne pourrait-elle pas symboliser une émotion ?», suggère Éloïse Mercier, auteure et comédienne.

Ne pas formater

« La main gauche, elle porte ; la main droite, elle guide », enseigne Vincent Bérenger, vidéaste. « L’histoire, c’est ce que raconte le film. Le message, c’est pourquoi on le fait. » Le jeune Yohan revient des toilettes : « Y’a un Monsieur qui s’appelle Charles et qui veut rentrer ».

En représentation à Fréjus, Charles Berling, directeur du Liberté, assiste quelques instants à l’atelier. « Cette génération a un rapport permanent à l’image. Il est très important d’investir ces langages. Avec une obsession, pour nous : ne pas formater la parole des jeunes et développer leur sensibilité. Bien sûr, on défend des points de vue mais on souhaite aller le plus loin possible dans la liberté » Résultat final, le 13 mai, lors de la soirée de projection de l’ensemble des courts-métrages réalisés, dans la grande salle du théâtre Liberté, en présence de la marraine de cette édition, Christiane Taubira.

LUDOVIC TOMAS
Février 2019

Théâtre Liberté, scène nationale de Toulon

04 98 00 56 76 theatre-liberte.fr

Photo : -c- Vincent Bérenger – Le Liberté, scène nationale de Toulon (6)


Théâtre Liberté
Grand Hôtel
Place de la Liberté
83000 Toulon
04 98 00 56 76
www.theatre-liberte.fr