Babel Med Music, un marché-festival au succès grandissant

Si le monde était Babel…Vu par Zibeline

Babel Med Music, un marché-festival au succès grandissant - Zibeline

Le succès populaire du marché-festival se confirme. Morceaux choisis.

Joe Driscoll, homme-orchestre de la culture rap, et Sekou Kouyate, cousin et accompagnateur de Ba Cissoko se sont rencontrés au festival Nuits Métis en 2010. Cinq ans plus tard, leur union musicale reste l’une des meilleures propositions de la 11e édition de Babel Med Music. Ou comment il devient une évidence que l’Afrique est l’alpha et l’oméga de l’histoire des musiques actuelles. Loin des mariages arrangés entre artistes occidentaux et musiciens du Sud, le duo guinéo-new-yorkais dépasse l’ordinaire rencontre entre deux univers culturels. Car si parfois la kora a pu servir de caution «world» à de vagues projets de métissage, ici ce n’est jamais le cas. Oublié l’instrument de musique traditionnelle, la harpe-luth mandingue fait partie intégrante d’une production 100% actuelle où dialoguent afrobeat, rock, hip hop, folk ou encore reggae. La reprise terriblement groovy du tube Master Blaster de Stevie Wonder en est la meilleure illustration.

Autre coup de cœur : Gisela João. Les icônes éphémères du fado se succèdent mais celle-ci est déjà entrée dans l’histoire. Aussi à l’aise dans le registre mélancolique et frissonnant que sur des morceaux plus sautillants, la pureté de la voix de la jeune portugaise émeut autant par sa puissance que par sa capacité à être dans la retenue, jusqu’au murmure. Grave et légère, Gisela João, dans une courte robe rose en mousseline, ne reflète pas l’image habituelle de la fadiste. Elle en dégage en revanche toute l’authenticité.

C’est également avec sa voix captivante qu’une autre interprète féminine a conquis la salle du Cabaret. Mais celle, cristalline et aérienne, d’Unni Løvlid vient du grand Nord. Accompagnés à la contrebasse, les chants folkloriques et religieux de cette Norvégienne glissent puis flottent, pour finir par irradier à la manière d’une aurore boréale.

Changement de continent avec l’une des sensations des dernières Transmusicales de Rennes. Les Sud-Coréens de Jambinai ont dérouté le public marseillais. Indigeste et inécoutable pour les uns, fascinant et méditatif pour les autres. Quand on voit s’installer sur scène le quintette et ses instruments d’un autre monde (haegeum, piri et geomungo), on s’attend davantage à entendre un ensemble de musique traditionnelle qu’un groupe underground, oscillant entre jazz expérimental planant et post-rock futuriste.

Un public marseillais qui a accueilli avec ferveur les artistes issus de la scène régionale, tous courants confondus : l’opérette marseillaise revisitée par Moussu T e lei Jovents, le melting-pot vocal de Radio Babel Marseille, la fusion afro-classique de Saiko Nata ou la wasla égyptienne de Tarek Abdallah et Adel Shams el-Din.

Autres moments de grâce du festival : Azam Ali et Niyaz, Batida, Family Atlantica, Warsaw village band et Mercedes Peon, Bachar Mar-Khalife, Tcha Limberger’s Kalotaszeg trio ou encore Majid Bekkas et l’Afro-oriental jazz trio.

Trois soirées sans frontières dans un contexte électoral qui a pourtant vu leurs plus farouches partisans atteindre des scores des plus alarmants.

THOMAS DALICANTE
Avril 2015

Babel Med Music s’est déroulé du 26 au 28 mars, au Dock des Suds, à Marseille

Photo : Joe Driscoll -c- Agnès Mellon