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Retour sur la conférence de presse du monde de la culture contre le FN en Paca

Seulement dire non ?

Le monde culturel de PACA s’est réuni entre les deux tours autour de Christian Estrosi avant sa démission de la Présidence du Conseil Régional. Pour faire barrage à Le Pen.

Il y avait ceux qui disaient simplement leur peur de la menace qui monte, leur dégoût du FN : Irina Brook (Centre dramatique de Nice), Daniel Benoin (Antibes), Françoise Nyssen (Actes Sud) appelaient à voter Emmanuel Macron, « avec joie et détermination » (1). Ceux qui, comme Jean-Jacques Aillagon, ex ministre et conseiller culture de Christian Estrosi, disaient simplement leur engagement aux côtés d’Emmanuel Macron, et remerciaient « ceux qui avaient voté autrement au premier tour d’être là ». Parce que « le FN est incompatible avec la possibilité de l’insolence » et avec « ce qui est d’ailleurs ».

Dans les zones où le vote Front national fut massif, des affects ont surgi que l’on sentait sincères. Michel Boujenah rappelait qu’à Ramatuelle, où il dirige un festival, le FN « était partout », et qu’il ne comprenait pas comment ses amis « juifs tunisiens » pouvaient voter pour ce parti. Jean Florès (directeur du Théâtre de Grasse) renchérissait, appelant « tous ses amis qui avaient voté Mélenchon à voter Macron ».

Olivier Py, plus lyrique mais tout aussi personnel, rappelait qu’« on ne vote pas pour soi. On vote pour les migrants, les trans, les enfants d’homosexuels qui risquent de perdre leurs droits. On vote parce que eux, c’est nous. ». Et Macha Makeïeff, effarée par la tentation de l’abstention des gens de gauche, luttait contre « cette morbidité passagère qui nous prendrait », et rappelait en un très beau texte l’horreur absolue du fascisme.

Fracture culturelle

D’autres posaient des questions moins émues et plus profondes. Jean François Chougnet, « seul représentant du patrimoine et des musées », qui rappelait le « projet » culturel du Front national : « La ligne de fracture entre identité et patrimoine se joue dans nos musées de civilisation, qui défendent une ouverture au monde, une compréhension. Le Front national, c’est la figure rancie de la préservation de l’identité, l’inverse de ce que nous faisons, et qui se joue et se pense dans nos maisons. »

Mais c’est Bernard Foccroulle (Directeur du Festival d’Aix) qui en appela à la « responsabilité » du monde culturel. « La fracture sociale affecte profondément le monde culturel. » Il rappela ce qui se passait en Turquie avec Erdogan, en Pologne, en Hongrie. Il rappela le Brexit. Et expliqua qu’appeler à voter ne suffisait pas, qu’il fallait que les acteurs culturels s’interrogent, tous, sur ce qui permettait ce vote partout en Europe, et sur les moyens de le combattre en réduisant les fractures.

Sam Stourdzé (directeur des Rencontres d’Arles) fut plus précis encore : « Chacun d’entre nous a sa part de responsabilité. Aujourd’hui, dans les grands festivals, la recherche de l’attractivité culturelle, la demande constante de rentabilité immédiate à laquelle nous sommes soumis nous amène à nous adresser à des publics de catégories socioprofessionnelles très privilégiées. Nous avons des éléments de réponse à apporter. Il faut travailler sur nos territoires, avec les gens, pour les gens. »

Un discours rare chez les directeurs de grandes structures, soumis depuis des années à une vision libérale qui leur demande des comptes, en matière de nuits d’hôtel consommées, de places vendues, de touristes étrangers, de rentabilité en terme d’image, d’impact dans la presse nationale et internationale… La culture, en mettant en scène sa propre rentabilité, y a gagné l’assurance de financements publics stabilisés. Mais a creusé, malgré la multiplication des actions de médiation avec « les » publics, la relation avec « le » public, celui qui vit, travaille, étudie ou chôme ici.

Sam Stourdzé a raison : c’est en réduisant sa fracture avec le peuple qui l’entoure que le monde culturel luttera le plus efficacement contre la haine, fruit du désarroi et enfant du mépris.

AGNÈS FRESCHEL
Mai 2017

  1. La conférence de presse du monde de la culture contre le FN a eu lieu le 3 mai à La FabricA, à Avignon, à l’initiative de Christian Estrosi, alors Président de la Région PACA, désormais maire de Nice. Françoise Nyssen est désormais Ministre de la Culture.

La FabricA
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