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Pierre Audi, nouveau responsable du Festival International d’Art Lyrique d’Aix en Provence

Servir le Festival d’Aix

Pierre Audi, nouveau responsable du Festival International d’Art Lyrique d’Aix en Provence - Zibeline

Le lendemain de la conférence de presse des adieux de Bernard Foccroulle, à la galerie de la Prévôté, (à compter de la saison 2019), une autre conférence présentait le nouveau responsable du Festival International d’Art Lyrique d’Aix, mandaté pour les cinq années à venir, Pierre Audi.

Chevaliers servants

Déjà impliqué par Bernard Foccroulle dans le Festival d’Aix depuis deux ans, afin de préparer une harmonieuse transition, Pierre Audi insiste sur le fait qu’il arrive seul et conserve l’efficace et compétente équipe déjà en place du Festival. « Je m’inscris dans la continuation d’un travail » affirme-t-il. Né au Liban, il grandit entre Beyrouth et Paris puis étudie l’histoire au Collège d’Oxford. Il fonde l’Almeida Theater à Londres et son festival de musique contemporaine, puis devient directeur du Dutch National Opera d’Amsterdam et assure pendant dix ans la direction artistique du festival de Hollande. À l’expérience de directeur de festivals, il ajoute celle de metteur en scène et accumule récompenses et prix internationaux.

Pierre Audi se refuse  cependant à considérer qu’un directeur de festival se doive de laisser une empreinte particulière, « nous sommes des servants, insiste-t-il, je ne suis pas intéressé par l’ego du directeur qui serait incontournable, mais bien plutôt par le fait perpétuer une institution, en redéfinissant sa fonction, sa raison d’exister. Le directeur est le membre d’une équipe… Les plantes poussent même quand celui qui les a semées n’est plus là ! ». « Je crois, ajoute-t-il au « slow cooking », aux choses qui mijotent et se développent de façon organique ».

Évoquant le Festival, il souligne les valeurs qu’il estime particulièrement, sa philosophie unique au monde de mettre sur le même pied les grandes productions et le travail de l’Académie, ses passerelles, son ambition socio-éducative, sa politique d’ouverture sur la Méditerranée, véritable travail de pionnier. S’appuyant sur la richesse du terme « opéra », il rappelle que cet art ne se cantonne pas dans le seul XIXème siècle, que le XXème l’a libéré et que le XXIème siècle se doit d’approfondir encore sa relation à cette forme si multiple.

Du jamais vu

La programmation 2019 sera entièrement à la charge de Pierre Audi qui tient à conserver et développer encore les travaux de l’Académie, et préserver le caractère gratuit (ou presque) pour les manifestations d’Aix en Juin, et à rendre encore plus lisible répartition des spectacles en établissant des grilles claires. Entretenant encore le mystère à propos des artistes invités et des concerts, il livrait cependant les noms des cinq opéras de la saison prochaine, jamais donnés à Aix, parmi lesquels le baroque est absent, mais pour cette année-là seulement ! (ce manque est lié à un concours de circonstances et non à sa volonté). Les cinq projets seront répartis sur les trois théâtres d’Aix, la scène de l’Archevêché, le Grand Théâtre de Provence, Le théâtre du Jeu de Paume. Une quatrième salle sera mise à contribution pour des formes plus intimes, celle du Conservatoire Darius Milhaud. « Je cherche par ailleurs à créer une alliance entre opéras et concerts » sourit le nouveau directeur, au cours de cette période qui ira du 3 au 21 juillet 2019.

Étonnamment, ce n’est pas un opéra qui ouvre les festivités, mais, sans chercher de mauvais augure, le Requiem de Mozart par l’orchestre et chœur Pygmalion, dans une mise en scène et des décors de Romeo Castellucci qui projette ici une réalisation scénique, et voit dans cette pièce une célébration de la vie. Seront adjointes au Requiem d’autres partitions mozartiennes significatives.

L’Orchestre et le Chœur de l’Opéra national de Lyon offriront une interprétation de La Tosca de Puccini, sous la direction de Daniele Rustioni. Grâce à la mise en scène de Christophe Honoré, qui sait toujours déplacer les conventions, un autre regard sera apporté à cette œuvre majeure. Esa-Pekka Salonen dirigera le Philharmonia Orchestra et le Chœur Pygmalion pour Grandeur et décadence de la ville de Mahagonny de Kurt Weill. Ce projet voulu par chef d’orchestre et metteur en scène, Ivo van Hove, accorde une grande place au théâtre et trouvera sans aucun doute une autre signification dans l’écrin du GTP. L’œuvre de Wolfgang Rihm, Jakob Lenz (que Pierre Audi, tout en la qualifiant de « petit Woyzeck », évoque avec espièglerie : « c’est le premier opéra que j’ai mis en scène ! »), sera interprétée, en première française, par l’Ensemble Modern sous la houlette d’Ingo Metzmacher dans une mise en scène d’Andrea Breth qui use du système baroque des précipités, introduit l’image, allie toutes les traditions… En création mondiale, commande du Festival d’Aix (avec le soutien d’ENOA) et des Théâtres de la Ville de Luxembourg, The sleeping Thousand d’Adam Maor (qui a participé à l’Académie d’Aix) sur un livret de l’écrivain et poète Yonatan Levy aborde la situation socio-politique en Israël et Palestine et l’impasse dans laquelle s’enferre Israël, sur fond de mythe d’Orphée… La singularité du projet réside dans la multiplicité des formes et registres employés, et dans l’universalité courageuse du propos qui pourrait aussi bien s’adapter à d’autres régions du monde… Elena Schwartz sera à la direction musicale aux côtés de l’Ensemble Lucilin, dans la mise en scène du librettiste lui-même.

Hors opéras, en création française, Blank Out de Michel van der Aa (aussi à la mise en scène) se sert de techniques interactives, de la 3D, de la musique électronique, pour reconstruire l’architecture d’une mémoire. Le livret s’inspire du travail et de la vie de la poétesse Sud-Africaine Ingrid Jonker… Pour savoir la suite, il faudra patienter !

Les grands axes des cinq années à venir reposent sensiblement sur une volonté de s’inscrire dans la contemporanéité, de ménager une large place aux écritures contemporaines, de conserver les mêmes exigences de qualité, d’ouverture à tous les publics, mais aussi de continuer à faire confiance aux artistes, de les épauler et les suivre dans leur démarche créatrice.

Vous reprendrez bien un peu de Festival !

MARYVONNE COLOMBANI
Juillet 2018

Conférence de presse donnée le 6 juillet dans la cour du collège Sainte Catherine de Sienne (Rue Mignet, Aix-en-Provence)

Photographie : Pierre Audi © Sarah Wong


Festival International d’Art Lyrique d’Aix en Provence
0820 922 923
http://www.festival-aix.com/