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Hommage au chanteur Rachid Taha

Salam Rachid

Hommage au chanteur Rachid Taha - Zibeline

Dans le numéro précédent, nous vous parlions de son concert avec Couscous Clan, à Marseille, sans nous imaginer une seconde qu’il serait son dernier. Rachid Taha a baissé le rideau ou plutôt claqué la porte. C’est plus dans son tempérament. Emporté par une crise cardiaque, à quelques jours de son soixantième anniversaire, la nuit du 11 septembre. Un ultime coup de maître. Son cœur s’est arrêté, dans son sommeil, lui qui l’avait sur la main. Il laisse une empreinte à part dans l’histoire de la chanson française comme du rock international.

Arrivé en France à l’âge de 10 ans, il a toujours gardé la nationalité algérienne. Non par désamour pour l’hexagone mais parce que c’était sa façon à lui de régler la question de l’identité. Fier de ses origines – algériennes mais aussi ouvrières -, il était convaincu que l’on pouvait être à la fois maghrébin et français. Ceci expliquant pour une part son travail de réappropriation, de réactualisation et de transmission du patrimoine musical arabe. Il a consacré deux albums au répertoire des chanteurs de l’immigration : Diwan, en 1998 (dont il devait célébrer les 20 ans sur la scène de l’Opéra de Lyon le 22 septembre) puis Diwan 2 en 2006. Tirée du premier opus, sa reprise de Ya Rayah, tube chaabi tombé dans l’oubli de Dahmane El Harrachi, est traduite dans 68 langues.

Mais c’est dès 1980 que Rachid Taha impose son style, avec la formation, à Lyon, de Carte de séjour. En réponse à des lois déjà discriminatoires, le groupe balance un rock arabophone, histoire de tracer « une filiation entre la babouche et la santiag », comme il le disait. Six ans plus tard, alors que la France subit sa première cohabitation avec ses lois Pasqua, il reprend l’emblématique Douce France de Charles Trénet. C’est un carton, son premier succès public. Après la dissolution du groupe en 1990, Taha donne à sa carrière solo une tonalité encore plus rock puis électro. Le musicien prend une dimension avant-gardiste et se forge une image de rockeur qui brûle sous les excès.

En 1998, alors que le pays pense en black-blanc-beur, il triomphe avec 1,2,3 Soleils, un spectacle qui remplit Bercy aux côtés de Khaled et Faudel. Une affiche à visée commerciale à laquelle il donnera du contenu.

Devenu une référence internationale aux collaborations avec Mick Jones guitariste des Clash, Brian Eno, Damon Albarn (Blur, Gorillaz), Santana, il n’en reste pas moins un artiste d’une grande simplicité. Son dernier album, Zoom, qui remonte à 2013, était un nouveau coup de maître, peut-être le plus abouti. Un nouveau était attendu en 2019.

Zibeline a une pensée particulière pour son fils Lyes, et pour Véronique ; et pour Hakim Hamadouche, son double et mandoliste marseillais, à qui nous transmettons toute notre affection.

Car si la musique a perdu une pointure, Marseille se voit privée d’un frère.

LUDOVIC TOMAS
Septembre 2018

Photo : Rachid Taha en 2007 -CC0- mtr02012
Vidéo : Gaëlle Cloarec

Rachid Taha s’est produit le 30 novembre 2013, dans l’auditorium du Parc Chanot, Marseille, à l’occasion des Rencontres d’Averroès. Zibeline était là.