Retour sur la table ronde du 28 septembre organisée par Films Femmes Méditerranée à la Villa Méditerranée

RésistantesVu par Zibeline

• 28 septembre 2013 •
Retour sur la table ronde du 28 septembre organisée par Films Femmes Méditerranée à la Villa Méditerranée  - Zibeline

Ils étaient nombreux ce samedi 28 septembre à venir assister, dans l’auditorium sous-marin de la Villa Méditerranée, à la table ronde organisée par Films Femmes Méditerranée en partenariat avec Arte  Actions Culturelles, sur le thème Résistance et création.

Des questions
Cinq femmes appartenant à des générations différentes étaient là : Lydie Salvayre, auteure française née en 1948, Hala Mohammad, poétesse syrienne née à la fin des années 50, Wassyla Tamzali, avocate, militante, féministe, née en 41, Alessandra Celesia, jeune cinéaste italienne née en 1970 et la benjamine Amina Zoubir, vidéaste algérienne née en 1980, adolescente durant la guerre civile. Trois pays, cinq générations, des sensibilités différentes, et autant de réponses aux questions posées par la journaliste Ariane Allard : «À quoi s’agit-il de résister aujourd’hui quand on est femme et artiste ? Créer, quand on est femme, est-ce s’engager dans le féminisme ? En quoi la culture méditerranéenne influence-t-elle la création au féminin ?»

Des réponses, des nuances
Lydie Salvayre a d’emblée contesté la formule de Hessel mise en exergue du débat, «Résister, c’est créer, créer, c’est résister», trop «boyscout» à son goût, précisant que sous les dictatures, exhorter à créer reste une imposture, que les artistes de ces états ont dû fuir, mourir ou composer avec le pouvoir, et qu’en démocratie où «l’ennemi n’est pas cernable», les créations fussent-elles subversives deviennent vite marchandises. Créer y est d’ailleurs un mot d’ordre d’entreprise qui conforte le système. Résister, ce n’est pas mener une guerre frontale mais des escarmouches, c’est devenir sans dogmatisme ni ingénuité un grain de sable qui grippe les mécanismes, avoir le courage de la marge, du hors-droit.

Par contraste Hala Mohammad,  qui venait de perdre sa maison bombardée la veille, s’est placée dans le combat collectif, usant de la notion de «peuple», hommes et femmes mêlés. Résister, a-t-elle répété, c’est redonner sens aux mots confisqués par le pouvoir militaire et religieux. De son expérience d’un interrogatoire dans les sous-sols de Damas, elle a gardé le sentiment que la résistance naît de la fragilité des êtres qui croient en leur dignité. Son film Voyage dans la mémoire projeté après le débat, à travers le témoignage d’anciens détenus de la prison de Palmyre, traduit cette force puisée dans les faiblesses mêmes de l’individu. Pour Amina Zoubir, sollicitée à son tour, résister c’est créer contre le vide, c’est poser son existence en tant qu’individu et amener la société dont on est le produit à se confronter à l’œuvre. Prends ta place, une de ses vidéos (www.un-ete-a-alger.com) tend aux Algérois un miroir sans complaisance. Alessandra Celesia, se défendant de tout militantisme, a souligné qu’en Italie, résister c’est retrouver les nuances, le droit au doute, aux émotions. Wassyla Tamzali, convoquant Simone de Beauvoir, a affirmé que l’art demeure ce qui permet de libérer la part en soi qui n’est pas celle de tout le monde et qu’il n’y a pas de démocratie sans la libération de cette part-là.

Le féminisme
Un «luxe» pour Hala qui n’est pas encore à l’ordre du jour en Syrie. L’art stratégique de conjuguer le singulier et le vivre ensemble pour Lydie, un combat du passé pour Alessandra qui constate toutefois avec humour un sexisme latent en Italie et s’étonne -comme nous tou(te)s- des 25 % de réalisatrices en France, première pourtant sur le podium de la parité en ce domaine ! Le féminisme, recherche d’un équilibre, pour Amina comme pour Wassyla, dont la mise en perspective historique et politique fut la plus éclairante, passe par la séparation du religieux et du politique. C’est le cœur du processus de démocratisation. La révolution passe par une révolution culturelle. L’art, le cinéma, la poésie, la littérature y ont un rôle à jouer.

Les rencontres Films Femmes Méditerranée, si elles donnent l’occasion de voir du bon cinéma, permettent aussi de croiser les points de vue d’artistes aux trajectoires différentes, de réfléchir au pourquoi et au comment de la création féminine dans le monde méditerranéen aujourd’hui. Cette table ronde a atteint le précieux objectif de troubler les clichés qu’à notre esprit défendant nous avons tous en tête.

ELISE PADOVANI

Octobre 2013

La table ronde organisée par Films Femmes Méditerranée en partenariat avec Arte Actions Culturelles s’est déroulée le 28 septembre à la Villa Méditerranée

www.films-femmes-med.org
www.arte.tv/fr/films-de-femmes-mediterrannee/396876,CmC=7639614.html

Photo : Table ronde ZIB © Annie Gava