Entretien avec Jacques Téphany, directeur de la Maison Jean Vilar

«Rendons la Maison Jean Vilar au Festival d’Avignon»

Entretien avec Jacques Téphany, directeur de la  Maison Jean Vilar - Zibeline

Créée en 1977, la Maison Jean Vilar est un lieu de mémoire dédié à l’œuvre du créateur du Festival d’Avignon, un centre de ressources qui accueille l’antenne de la Bibliothèque nationale de France (BNF), des expos, des rencontres, des pièces. Son directeur, Jacques Téphany, quittera ses fonctions après l’été 2016. Rencontre avec un homme au calme olympien, dans son «oasis de réflexion»… au-dessus de la houle avignonnaise.

Zibeline : Après la récente démission de l’adjointe à la culture Catherine Bugeon, ou la baisse des subventions aux associations culturelles de 10 % qui inquiète les scènes conventionnées, ne sentez-vous pas souffler au loin un besoin de renouveau à Avignon ?

Jacques Téphany : Cette ville est même devant un grand mouvement de transformation ! Il y a un rebond, mais il ne faut pas que ça tombe à plat. Il faut y faire face en réfléchissant et en mutualisant les moyens. Avec quelques acteurs culturels, nous avons atteint nos 7 décennies, il faut penser au relais. Quant à Catherine Bugeon, elle n’était sans doute pas la femme de la situation. À ce poste, il faut quelqu’un à la sensibilité politique, qui ait le goût de ça, de l’adversité, de la contradiction. Elle a beaucoup promis, par enthousiasme, mais derrière elle n’a pas été suivie. L’inquiétude des Scènes est compréhensible, elles ont eu peu d’explications. On sait la situation financière difficile de la ville, mais il y a un vrai déficit de communication et de pédagogie.

Qui imaginez-vous pour la remplacer ?

Je n’en vois qu’une ! C’est Madame le Maire elle-même (Cécile Helle, ndlr). La culture est un domaine régalien qui doit revenir au maire, en articulant le dialogue entre social et culture.

Et pour vous même ?

En 2016, cela fera 14 festivals que je suis gardien de cette Maison. Il faut savoir lâcher prise, je ne m’avancerai par sur ma succession. Elle a besoin d’un projet rénové, son principal financeur est le ministère de la Culture, c’est à la direction générale de la création artistique de piloter la recherche.

Un bilan personnel ?

J’ai respecté et aimé cette filiation avec Jean Vilar dont j’ai été le gendre. J’ai été très heureux même si j’ai été très seul. Je retiendrai la création des Cahiers Jean Vilar et l’ouverture aux débats l’été. Et aussi, même si c’est une maison de théâtre sans théâtre, l’accueil de petites formes, avec parfois un grand succès.

À ce propos, votre si beau jardin qui accueillait les lectures de Radio France entre autres a été fermé cet été ?

Oui, un conseiller municipal a brutalement fait fermer l’accès public au jardin, qui ne profite plus qu’au service des fêtes, sous prétexte sécuritaire, alors qu’après analyse on aurait pu rendre la chose possible… On a perdu 10 000 euros de recettes et 4000 visiteurs !

Vos désirs pour l’avenir ?

Rendons la Maison Jean Vilar au Festival d’Avignon, comme elle est née ! C’est une évidence qu’elle puisse rebondir, avec son petit budget (ndlr, 350 000 euros), en étant sous l’égide du Festival qui doit revenir s’installer ici.

Qu’en pense Olivier Py, actuel directeur du In ?

Il en serait enchanté, lui qui se revendique de Vilar. La question de la gouvernance entre la BNF et l’association serait résolue et la vie de cette Maison serait maintenue toute l’année.

Ne pensez-vous pas d’ailleurs qu’Avignon manque, à l’année, d’un grand lieu culturel ?

On manque d’une scène nationale tout simplement, ça aussi c’est une évidence. Tout est hybride à Avignon ; on a par exemple cette formidable FabricA qui serait le lieu idéal, mais elle n’est pas conçue pour ça, elle est ceinturée. Il faut l’ouvrir au public.

DELPHINE MICHELANGELI
Octobre 2015

Maison Jean Vilar, Avignon
04 90 86 59 64
www.maisonjeanvilar.org

Photo : Jacques Téphany, Maison Jean Vilar, Avignon, 1 octobre 2015 © Delphine Michelangeli