Journal Zibeline - bannière pub Journal Zibeline - bannière pub

La danse : des choix politiques jusque dans la chair

Regardez danser, c’est politique !

Dansem va essaimer, le KLAP va faire danser les anges, le BNM crée ses Kindertotenlieder, Cannes fait son Festival… Tout un territoire entre en danse !

L’art de la danse est politique. Toujours, éminemment. Surtout en France où Louis XIV créa le spectacle de danse face aux danses populaires et aux danses de Cour, la danse classique imposant peu à peu l’élévation (pointes, portés, sauts et… verrouillage physique), l’hyper distinction des genres et… la passivité du spectateur, qui jusqu’alors dansait !

C’est tout cela qui est remis en cause par la danse moderne puis contemporaine, depuis un siècle, au gré des libérations du corps : celles des avant-gardes, des femmes, des noirs, des peuples opprimés, des genres classifiés, des couples de tous types, des enfants, des pubères…

Car la danse fait, forcément, corps : avec le rythme, avec les mots, elle fait porter sur soi, en soi, souvent inconsciemment, les évolutions du monde, les changements imprimés sur nos corps, leurs libertés et leurs prisons, leurs douleurs et leurs jouissances, leurs fantômes et leur trivialité, leur transcendance et leurs humeurs, leur genre et leurs origines, leur vitesse ou leur atonie, leurs performances ou leurs révoltes, leur histoire et leur intimité.

La présence de la danse sur notre territoire est donc réjouissante, dans sa grande diversité. Depuis les propositions classiques et néoclassiques présentes à Monaco et Cannes, ou avec Julien Lestel à Marseille,  jusqu’aux formes participatives de Festiv’Anges, à la danse engagée de Dansem ou des chorégraphEs invitées par NoNo, en passant par le flamenco (Ana Perez à Fos) ou la street danse (féminine à Alès !) qui font revenir les arts populaires sur la scène, et toutes les formes de danse contemporaine où le corps exulte : Josette Baïz au GTP, Grégory Maqoma à Aix, Istres et Châteauvallon, Vandekeybus aux Salins, Blanca Li à Sainte Maxime, Keersmaeker à Nîmes, Thomas Lebrun à Alès (voir le détail dans notre rubrique au programme). Les choix y sont, plus que jamais, politiques, jusque dans la chair.

AGNÈS FRESCHEL
Novembre 2017