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Entretien d'Éric Oberdorff, intervenant lors des Assises de la culture

Rééquilibrer les territoires

Entretien d'Éric Oberdorff, intervenant lors des Assises de la culture - Zibeline

Éric Oberdorff, fondateur et directeur artistique de la Compagnie Humaine, a fait partie des intervenants lors des Assises de la culture qui se sont tenues à Marseille le 6 novembre. Entretien

Zibeline : Quelle est la place d’une compagnie indépendante, comme la vôtre, dans le paysage des Alpes-Maritimes ?

Éric Oberdorff : Il nous est apparu très vite qu’il fallait travailler de manière transversale sur le territoire, en s’appuyant sur toutes les structures-ressources. Depuis la création de la compagnie en 2002, on a eu la chance d’être -et encore aujourd’hui- soutenus à la fois par la Ville de Nice et par la Ville de Cannes, une espèce de grand écart !

Le constat est simple en ce qui concerne l’art chorégraphique sur le département, il y a une seule scène conventionnée, le théâtre de Grasse, quatre théâtres qui font de la programmation pluridisciplinaire et un évènement, le festival chorégraphique de Cannes qui est une biennale. Il n’y a pas de lieu de fabrique, de lieu de résidence dédié à l’art chorégraphique. Il faut noter un vrai déséquilibre entre l’ouest et l’est de la Région :

Le Centre Dramatique de Nice essaie de pallier un peu cela, accompagne, fait des co-productions… Tout reste problématique pour les acteurs du territoire sans un lieu où se former, où échanger, où être en résidence, où accueillir d’autres compagnies, ce qui permettrait un brassage, et des installations pérennes.

En quoi ce grand écart entre les villes et les lieux influe-t-il votre création ?

Il y a un côté extrêmement positif dans le fait de rencontrer des artistes, de croiser les savoirs, les besoins. Ce qui me touche en tant qu’être humain et artiste c’est le mélange entre projets ambitieux et travail de proximité, être à ces deux extrêmes est essentiel à mon équilibre et à mon inspiration.

Le déficit de soutien est-il lié à la perception de la danse contemporaine dans ce département ? à une vision politique de la culture dans les Alpes-Maritimes ? 

Nous vivons dans un endroit qui a tous les atouts : une tradition d’évènements culturels, une richesse économique et artistique, du tourisme, de l’activité, une université, deux centres habilités au diplôme d’état de la danse, un conservatoire à rayonnement régional, un à rayonnement départemental, environ 1900 élèves répartis dans toutes ces structures, sans compter un tissu amateur fort… Mais je crois qu’il y a un manque d’appétence politique pour la danse, et tout simplement pour le corps. On paie aussi un isolement dû à des postures politiques, où Nice se drapait dans une certaine indépendance et où la relation à Marseille était conflictuelle. Ce qui a changé un petit peu maintenant. J’ai l’impression qu’il y a une volonté au sein des divers services et de la Région et de l’État, mais on voit que leur axe fort en danse et en théâtre reste Marseille-Aix, avec 68 à 69% des subventions.

Au-delà des préoccupations des professionnels de la profession, du public, il est important de comprendre que le corps est un enjeu de notre société, maintenant et pour notre futur. Le corps est au cœur de la société aujourd’hui, c’est un champ de bataille au-delà de l’art de la culture, il s’agit d’un enjeu sociétal, philosophique.

Entretien réalisé par MARYVONNE COLOMBANI
Novembre 2018

Photo : Eric Oberdorff -c- Anna Oberdorff