Journal Zibeline - bannière pub Journal Zibeline - bannière pub Journal Zibeline - bannière pub

Entretien avec la réalisatrice Hélène Milano et son producteur, Thierry Aflalou

Quand les roses sont noires

Entretien avec la réalisatrice Hélène Milano et son producteur, Thierry Aflalou - Zibeline

Le documentaire Les Roses noires a été présenté en avant première au cinéma Variétés, ce vendredi 23 novembre. Des adolescentes âgées de 13 à 18 ans,  vivant en banlieue parisienne, ou dans les quartiers nord de Marseille interrogent leur langue,  leur rapport au langage. Elles parlent de leurs difficultés face au langage normé. Elles expriment leurs contradictions ; elles revendiquent leur particularité et l’attachement à l’identité d’un groupe qui s’affirme dans la langue. Elles disent aussi la blessure liée au sentiment d’exclusion, au manque…

Nous avons rencontré la réalisatrice Hélène Milano et son producteur, Thierry Aflalou.

 

Zibeline : Comment avez –vous choisi le sujet ? Quel a été l’élément déclencheur ?

Hélène Milano : Cela faisait des années que j’étais intéressée par la question de la langue. L’élément déclencheur a été une altercation verbale, violente, entre filles et garçons, à la sortie d’un collège,  à laquelle j’ai assisté alors que j’accompagnais ma fille à la crèche. Il y avait là un non dit ; j’ai eu envie d’interroger des filles là-dessus. J’ai voulu mettre en place un dispositif pour tenter de comprendre ce qui touche à la langue. On est des animaux parlants ! Le rapport à la langue est primordial : qu’est-ce qu’un mot enraciné, et un mot orphelin ? Il y a des enjeux affectifs fondamentaux autour de la langue : Un jour, un jeune garçon m’a dit : « Quand je parle arabe, j’ai l’impression d’être un voyou. » ; Il y a là une vraie fracture. Beaucoup de jeunes pourraient se dire bilingues mais parfois, cela devient une honte de parler arabe.

 

Les Roses noires est un film choral. Est-ce que ce choix a été fait dès le début du projet ?

Hélène Milano : Oui ! J’avais l’idée d’un chœur antique depuis longtemps, avec des références à Antigone ; j’avais envie d’un chœur de jeunes filles, d’une polyphonie et cela a eu une influence sur la forme du film, très travaillé dans l’écriture, puis au montage. Les filles de Paris savaient que je travaillais avec des filles de Marseille et inversement. Elles adoraient ça. Quand elles ont vu le film, elles ont été très touchées de voir qu’elles parlaient la même langue ; elles se sentaient ensemble.

 

Comment avez-vous rencontré les jeunes filles ?

Hélène Milano : Par les centres sociaux, les éducateurs, par les acteurs de terrain ; sauf Sarah qui avait joué dans La journée de la jupe et qui m’a été proposée par une amie. Je n’ai pas fait de réel casting. Cela s’est fait naturellement ; j’ai continué avec celles qui étaient les plus accrochées au projet, celles qui avaient vraiment envie de parler

 

Pourquoi des lieux différents, Le Blanc Mesnil, Stains, Clichy-sous-Bois, les quartiers nord de Marseille ?

Hélène Milano : Cela faisait partie du projet initial, comme le film choral ?

 

Comment se sont déroulés les entretiens ?

Hélène Milano : cela s’est fait en plusieurs étapes. D’abord, des rendez- vous avec un enregistreur sans filmer. Ensuite de rendez- vous informels. Enfin, des entretiens assez longs, d’environ une heure et demie. Les filles savaient qu’elles allaient toutes parler des mêmes sujets. Et on a mis aussi en place des débats entre elles. Ce qu’elles avaient à dire était important. Elles n’étaient pas dans la représentation. Il y avait une vraie urgence à dire.

 

Thierry Aflalou : Il faut préciser une chose importante : toute l’équipe du film était féminine (Chloé Blondeau à l’image, Camille Barrat au son et  Martine Armand au montage), et c’était un choix conscient. Les filles n’avaient rien à voir avec le regard de l’homme. C’était plus facile pour elles de parler, en particulier de leurs rapports aux garçons.

 

Le film sort en salle le 28 novembre.

Thierry Aflalou :  Il sort en salle de manière particulière : par le DESIR des gens qui l’ont vu. Au départ, c’est un film fait pour la télévision avec FR3 région. Un premier montage, à partir de 100 heures de rushes,  faisait une heure 25. On l’a réduit à 52 minutes. Il avait eu la bourse Bouillon d’un rêve de la SCAM et s’est  retrouvé aux Etats Généraux du documentaire de Lussas en août 2011, et à partir de là, la machine se met  en marche. Tous les jours, il y a des demandes de projections, plus de 250 et on envisage une sortie en DVD. A  Lussas, un distributeur l’a repéré, Art Cinefeel,  et décide de le sortir en salle. On reprend le montage pour arriver au film d’aujourd’hui qui fait une heure 15. Il sera aux Variétés, au cinéma Les Lumières de Vitrolles et dans d’autres salles qui vont le demander.

 

Et le titre ? Pourquoi Les Roses noires ?

Hélène Milano : Les roses noires sont des fleurs rares et de prestige. C’est aussi un hommage à la peau noire. Ces filles sont belles ; elles ont un port de reine. Il y a dans le titre la beauté et la violence. Le titre s’est imposé à moi.

 

Vous aviez fait deux courts métrages de fiction. Comment êtes vous venue au documentaire ?

Hélène Milano : Je mettais en scène au théâtre et j’ai eu envie d’écrire. J’ai écrit un scénario, mon 1er court métrage, Comme ça, j’entends la mer. Puis, alors que je m’interrogeais sur la question de l’amour et du temps, j’ai eu envie de savoir comment on gérait ça, jusqu’à quand on peut tomber amoureux, toutes ces questions… et j’ai fait un documentaire, Nos amours de vieillesse.

 

Et aujourd’hui, vous accompagnez Les roses noires…Avez-vous un projet de film en cours ?

Hélène Milano : Je pense à une version « garçons », j’ai aussi un projet de fiction. Je continue à jouer Le Lavoir. Je réfléchis, je n’ai pas encore déclenché !

 

Entretien réalisé  par Annie Gava

Novembre 2012


Cinéma Les Variétés
37 rue Vincent Scotto
13001 Marseille
facebook.com/Cinemalesvarietes