Entretien avec Karimouche, programmée au Zik Zac, à Aix

Zik Kac dénoue les racines

• 15 juillet 2021⇒23 juillet 2021 •
Entretien avec Karimouche, programmée au Zik Zac, à Aix - Zibeline

Le festival aixois de musiques actuelles du monde fait la part belle aux artistes femmes. Entretien avec l’une des plus engagées, Karimouche.

Zibeline : Folies berbères, votre troisième album, livre un tableau accablant de nos sociétés. Quels sont vos combats en tant qu’artiste citoyenne ?

Karimouche : Le mot combat est un peu fort. Je défends simplement la liberté, l’égalité et la fraternité. C’est la base et ce qui est triste c’est que cela n’a jamais été la réalité et ça ne l’est toujours pas. Dans cet album, j’ai eu le besoin de faire un constat qui n’est pas moraliste. En tant qu’enfant d’immigré·e., j’avais besoin de parler de mes parents quand ils sont arrivés après la Guerre d’Algérie. Ou encore de ce qu’on appelait les indigènes, ces soldats venus d’Afrique qui ont donné leur vie pour la France en se battant contre les oppresseurs de leurs oppresseurs et qu’on a insulté en les appelant bougnoules. Je ne me positionne pas comme victime, je veux juste remettre les pendules à l’heure. Le choix du titre Folies berbères est pour moi une belle et drôle façon de parler de la France d’aujourd’hui, avec aussi de l’espoir parce qu’il y en a.

Vous revendiquez-vous comme « racisée » ?

Je trouve le terme moche, il me renvoie à l’animal. Je suis née en Charente. C’est aux gens à comprendre qu’on n’a pas à s’intégrer à la fachosphère. J’ai une double culture. Je serais obligée de faire du raï ou du rap parce que je m’appelle Carima ? C’est par le regard des autres que je suis « racisée », même artistiquement. On ne sait même plus quel mot employer pour nous définir, nous les héritier·e·s de l’immigration. Il faut donner plus de visibilité à cette diversité. J’ai entendu une bonne blague récemment : Friends est la seule série qui nous a fait croire pendant des années qu’il n’y avait pas de Noir·e·s à New-York. De ce point de vue, cela commence à bouger en France, on a gagné quelques batailles mais pas encore la guerre.

Quand on écoute vos chansons, on a l’impression que vous avez réussi la synthèse de vos multiples influences musicales et culturelles…

C’est vraiment ça mais ce n’est pas nouveau et je ne suis pas la seule. La France et le monde sont comme ça aujourd’hui. J’ai en effet eu envie de mélanger une partie de ce qui m’a influencé : le trip hop, le hip-hop, la trap, le dubstep, Nass El Ghiwane (groupe marocain emblématique, ndlr), Brel, Piaf, Fréhel, Barbara, Oum Kalthoum, Portishead… Je travaille comme dans un laboratoire ou un atelier de couture.

Propos recueillis par LUDOVIC TOMAS
Juin 2021

Zik Zac festival
15 au 23 juillet
Théâtre de verdure du Mas de Bouffan, Aix-en-Provence
zikzac.fr

Photo Karimouche © Tijana Feterman



Coup de cœur : Jupiter & The Okwess

Jupiter Bokondji, surnommé « le général rebelle » par son armée Okwess, continue de révéler à face du monde le foisonnement musical de son Congo natal et d’en affirmer la modernité. À croire que rock, soul et funk sont nés à Kinshasa. Révélée grâce à l’appui de Damon Albarn et deux excellents albums, la silhouette longiligne a conquis la planète avec ses rythmes rutilants et son incandescence scénique, entre énergie punk et nonchalance psychédélique. Le groupe revient avec Na kozonga, « le retour » justement, en langue Lingala. Un opus recentré sur sa terre nourricière dans lequel le bouillonnement urbain réserve une place à la douceur.



Au programme

15 juillet : Poz + Moonlight Benjamin + Demi Portion
16 : Néro + Joy.D + Jupiter & The Okwess
17 : Underdogs + Mo Kalamity + The Rumble
21 : Volt + Lova Lova + R.Wan
22 : Neurotic Strangers + Karimouche + La Dame Blanche
23 :Osoba +  Isaya + Bénin International Musical