Le programme de début d'année au Musée des civilisations de l'Europe et de la Méditerranée

Voyager au MucemVu par Zibeline

• 17 janvier 2020⇒14 février 2020 •
Le programme de début d'année au Musée des civilisations de l'Europe et de la Méditerranée - Zibeline

Bilan

2019 était « une année exigeante et contrastée », selon le bilan publié début janvier par les équipes du Mucem. L’exposition Jean Dubuffet, un barbare en Europe, la plus importante, a attiré près de 150 000 visiteurs. Le temps de l’île 127 000 ; On danse ? quasiment 85 500 ; et celle qui a le moins rallié les foules, parce que centrée sur une personnalité moins connue du grand public, George Henri Rivière, voir c’est comprendre, tout de même 46 500. Un bilan qui sera à affiner avec les chiffres des expositions en cours qui ont « bien démarré » : Kharmohra – L’Afghanistan au risque de l’art  et surtout celle consacrée à Jean Giono.

Si les visiteurs marseillais continuent à représenter près d’un quart de la fréquentation, le Mucem étant un lieu qu’on aime à voir et à revoir, ne serait-ce que pour la prouesse architecturale de Rudy Ricciotti, la part du public étranger atteint un autre quart. Un effet du tapis rouge déroulé par la municipalité aux croisiéristes, qui débarquent à proximité et n’ont qu’un choix à faire entre les Terrasses du Port et la spectaculaire résille en béton noir du bâtiment principal ? Ou bien une attractivité internationale stimulée par les choix de programmation ? Notons en tous cas que le Centre de conservation et de ressources du musée, situé à la Belle de Mai, plus loin des circuits touristiques, a de son côté vu le nombre de ses visiteurs augmenter de 44%. 5416 personnes s’y sont déplacées en 2019, ce qui reste trop peu au regard de l’intérêt que représentent ses réserves et sa bibliothèque spécialisée en ethnologie et sciences humaines, mais s’avère encourageant pour les expositions « atypiques, expérimentales et novatrices », réalisées avec des établissements scolaires, qui s’y tiennent régulièrement.

Voyage voyages

Allons, que les plus de 40 ans se dénoncent ! Il y a fort à parier qu’ils se rappelleront d’un tube interprété en 1986 par la chanteuse Desireless, une jolie voix sous une coupe improbable, accompagnée par un rythme électronique entraînant : Voyage Voyages. Elle est à l’origine du titre de la nouvelle exposition prévue au J4 du 22 janvier au 4 mai. Une centaine d’œuvres rassemblées par les commissaires Christine Poullain et Pierre-Nicolas Bounakoff : peintures, sculptures, installations, dessins, photographies, vidéos issues de collections publiques et privées, notamment des fonds du  Musée national d’art moderne (Centre Pompidou) et des collections modernes et contemporaines des musées de Marseille. Car le thème du voyage a inspiré de nombreux artistes : Paul Gauguin, bien-sûr, attiré par les îles (et les très jeunes filles, malheureusement pour elles), qui vécut et mourut à Tahiti. Mais aussi Vassily Kandinsky, Paul Klee, Max Ernst, Andy Warhol ou Henri Matisse, dont les œuvres côtoieront celles de contemporains comme Martin Parr, photographe superstar du kitsch, Zineb Sedira ou Mona Hatoum.

Cette confrontation, explique Christine Poullain, est significative. « Le XXe siècle et le début du XXIe siècle ont été jalonnés de multiples déplacements induits par des motifs très divers. Ils ont conduit les artistes à inventer une conception nouvelle de l’art, une vision autre du monde, à explorer toutes les techniques possibles et à métamorphoser le paysage artistique. » Des avancées qui selon Pierre-Nicolas Bounakoff « n’auraient jamais eu lieu si les artistes étaient restés tranquillement chez eux ». L’exposition ne fera pas pour autant l’impasse sur les aspects sombres du voyage : transit, exil, errance et migrations y seront aussi abordés, à travers par exemple l’installation puissante de la japonaise Chiaru Shiota, une vague d’une centaine de valises usagées suspendues par un fil rouge.

Temps fort cinéma

Une riche programmation culturelle se poursuit autour de l’exposition Giono. Du 16 au 19 janvier, des projections auront lieu dans l’auditorium Germaine Tillon, introduites par Jean-Pierre Darroussin. Le comédien lira des extraits des chefs-d’œuvre de l’écrivain, Les âmes fortes, Un roi sans divertissement, Regain ou encore Le Hussard sur le toit, avant que le public ne redécouvre leurs adaptations au cinéma par Raoul Ruiz, François Leterrier ou Jean-Paul Rappeneau.

Le temps fort Jean Giono, artisan d’images sera également l’occasion de prendre la mesure de son talent de scénariste et de cinéaste, puisqu’il a participé à un certain nombre de projets cinématographiques, et réalisé lui-même Crésus, en 1960. Afin d’amorcer le cycle, qu’il animera tout le long, Jacques Meny, conseiller scientifique de l’exposition et auteur du documentaire Le mystère Giono, sera présent le 16 janvier pour la projection en version restaurée de son film.

Programmation d’hiver

Comme toujours, des rencontres sont régulièrement organisées au Mucem. Le 17 janvier, l’Institut des méditerranéen des métiers du patrimoine propose une journée d’études en accès libre, en compagnie de l’historien Philippe Artières, sur le thème de L’accrochage de récits comme opération historienne, mystérieuse notion qu’il prendra certainement le temps d’expliciter aux novices. Le 20 janvier, c’est la plateforme de diffusion de documentaires d’auteurs Tënk qui invite les visiteurs du musée à assister à une double projection sur la Grèce en crise : Archipels, granites dénudés de Daphné Hérétakis (2014) et Athènes Rhapsodie d’Antoine Danis (2017).

Pour la quatrième fois, revient le temps fort Algérie-France, la voix des objets. Du 27 janvier au 10 février, Florence Hudowicz, Camille Faucourt (conservatrices) et Christian Phéline (historien) ont prévu une sélection d’images et d’items visibles dans le Forum, ainsi que trois tables rondes pour mieux comprendre la forte mobilisation de la population algérienne depuis un an. Au moment où nombre de voix demandent une 6e Constitution en France, elle envisage la mise en place en Algérie d’une Deuxième République, plus démocratique.

Du 13 au 15 février, c’est autour de l’exposition  Kharmohra – L’Afghanistan au risque de l’art que le Mucem orchestre sa programmation culturelle. Le cycle Le temps des archives reviendra sur l’invasion soviétique du pays en 1979, jusqu’à son retrait 10 ans plus tard. Le documentaire La maison de l’histoire, tourné à Kaboul pendant la guerre civile des années 1990, sera diffusé en présence du réalisateur et producteur Siddiq Barmak. Une table ronde s’ensuivra, sur la question de la sauvegarde du patrimoine afghan. Pour conclure, on pourra voir une fiction plus récente, le film de Sarah Mani, A Thousand Girls Like Me (2018), l’histoire d’une jeune femme qui ose évoquer l’inceste dans un pays très conservateur.

Par ailleurs, vous tenez l’occasion d’aller visiter le Centre de conservation et de ressources du Mucem à la Belle de Mai ! Le 25 janvier, en partenariat avec le Festival Parallèle, il accueillera une performance sonore, recueil de paroles de personnes délogées à Marseille, par Adina Secretan (entrée libre).

GAËLLE CLOAREC
Janvier 2020

Jean Giono, artisan d’images
16 au 19 janvier

Voyage Voyages
22 janvier au 4 mai (portes ouvertes le 21 janvier)

Algérie-France, la voix des objets
27 janvier au 10 février

L’Afghanistan à l’épreuve de l’histoire
13 au 15 février

Photos : Exposition Voyage voyages. Barthélémy Toguo – Road to exile 2007. Paris Collection du Musée national de l’histoire de l’immigration -c- Adagp Paris 2019. Photo Courtoisie Galerie Lelong et Chiharu-Shiota, Accumulation – Searching for the Destination, 2014-2019.

Mucem
Môle J4
13002 Marseille
04 84 35 13 13
mucem.org