Le Festival de Marseille, malgré son annulation, maintient trois créations

Vivifiant !

• 8 octobre 2020⇒30 octobre 2020 •
Le Festival de Marseille, malgré son annulation, maintient trois créations  - Zibeline

Après avoir été contraint d’annuler sa 25e édition en juin dernier, le Festival de Marseille maintient finalement trois rendez-vous .

À peine avait-il eu le temps de dévoiler trois des trente spectacles que comptait sa programmation à venir, que Jan Goossens devait annoncer en avril dernier l’annulation de la 25e édition du Festival de Marseille. C’est peu dire que le maintien de trois créations, particulièrement soutenues et accompagnées par le Festival, sonne comme une réjouissante nouvelle. Coup d’envoi les 10 et 11 octobre dans le quartier de la Belle de Mai avec Moun Fou de Rara Woulib. Par son travail sur le sens des rituels, magnifié par un jeu sur les apparitions/disparitions et une prédilection pour les incursions sauvages dans la ville, la compagnie marseillaise mène des recherches parmi les plus fines et pertinentes dans l’espace public d’aujourd’hui. En immersion pendant deux ans au sein du réseau santé mentale et précarité de la Ville de Marseille, les 14 comédiens de la troupe – pour la plupart dotés d’un solide bagage professionnel dans le domaine psychiatrique et éducatif – y ont cette fois exploré les « marginalités » de nos espaces communs, fussent-elles physiques ou symboliques, pour y sonder patiemment la représentation du « fou » et de l’altérité. Quatre « tentatives » ont émaillé ces travaux de recherche, comme autant de questionnements jetés en place publique, ouvrant la parole sur des sujets aussi divers que les funérailles ou le rapport à la rue. En juin 2019, c’est leur Fête vagabonde qui ouvrait avec panache la 24e édition du Festival, investissant joyeusement les rues de Marseille en itinérance une soirée durant, en collaboration avec l’association Le Carillon. Moun Fou sera l’aboutissement de ces travaux : dans ces portraits croisés, l’intime se joint à l’universel, les comédiens professionnels se mêlent aux usagers, en phase de rétablissement, des associations et le krump s’invite pour mieux faire résonner les corps.

Vibrations à l’unisson
Les 23 et 24 octobre au Théâtre des Bernardines, place à la première française d’Une tentative presque comme une autre, dont une étape de travail avait été accueillie par le Festival en 2018. L’on assiste cette fois à une incursion autour du double, dans son sens littéral : l’artiste marseillais Clément Papachristou y explore le thème de l’altérité, en jouant aux côtés de Guillaume, son frère jumeau handicapé moteur. Théâtrale et chorégraphiée, la performance exploite similitudes et différences, individualités et perceptions de son propre corps… Enfin, les 29 et 30 octobre au Théâtre Joliette, la chorégraphe Nacera Belaza présente la première mondiale de L’Onde, sa nouvelle création. Danseuses expérimentées et jeunes interprètes sondent à l’unisson la question du rituel, s’inspirant des danses traditionnelles pour jouer sur la répétition, la circularité, les vibrations sonores et le mouvement percussif, en quête du mouvement infini qui saura relier les corps.

Autant de créations singulières, résonnant particulièrement avec nos sociétés contemporaines, nous rappelant combien, par son insatiable et exigeante curiosité, le Festival de Marseille est précieux dans le paysage culturel local. 

JULIE BORDENAVE
Septembre 2020

Festival de Marseille
8 au 30 octobre
divers lieux, Marseille
04 91 99 02 50, festivaldemarseille.com

Photo : Une Tentative presque comme une autre © Baptiste Le Quiniou