Le MIAM met le psychédélisme à l'honneur

Very good tripVu par Zibeline

• 15 juillet 2021⇒9 janvier 2022 •
Le MIAM met le psychédélisme à l'honneur  - Zibeline

À Sète, le MIAM présente un important ensemble d’œuvres qui réhabilite le psychédélisme dans l’histoire de l’art

Françoise Adamsbaum inaugure la nouvelle exposition du MIAM (la première depuis qu’elle en est devenue la directrice en novembre 2020) sous de bons augures : « Vous allez oublier le Covid en 5 minutes ! ». Pour fêter ses 20 ans, le Musée international des arts modestes emmène les visiteurs dans le monde acidulé du LSD et autres psychotropes, pour un voyage surprenant, c’est avéré. La volonté des deux commissaires de Psyché-Délices, Barnabé Mons, spécialiste du genre, et Pascal Saumade, compagnon de route de l’institution sétoise, a été d’exhumer cet art sous influences chimiques de l’underground où il a été longtemps cantonné. Les artistes se sont emparés des drogues psychédéliques dans les années 60, après que les scientifiques en eurent découvert les vertus dans le traitement de différentes pathologies, pour finalement les abandonner. En musique ce fut explosif, en BD les cases se sont imprégnées des couleurs et des formes nées des trips sous acide. Ça, on connait. Mais il est vrai que le volet strictement pictural n’a jamais été réellement reconnu. En cet été dont on nous promet qu’il sera libéré, le musée propose une immersion dans les « Expériences visionnaires » de 40 artistes français ou travaillant en France ; eh bien oui, dans la boîte noire de l’espace muséal du MIAM, ça décoiffe et ça pique. 

Il faut se laisser aller à la déambulation parmi les très nombreuses œuvres présentées -dont beaucoup d’inédites. L’accumulation, qui souvent ailleurs gêne le regard, est ici devenue presque une marque de fabrique scénographique. Elle fonctionne particulièrement bien pour cette exposition, qui plonge dans un tourbillon de sensations. Cela peut être anxiogène (ne surtout pas chercher à savoir trop vite qui a fait quoi, la quête du cartel est un long chemin vers la connaissance, mais après tout en a-t-on vraiment besoin, finit-on par se dire), tant les univers sont chargés de références distordues par les produits. Et puis l’effet incidemment se diffuse. On est au cœur de formes qui racontent des voyages vers l’inconnu, une mise à plat d’inconscients auto-scrutés par des artistes qu’on pourrait appeler chercheur·euse·s. Car en effet, si le but est de faire lâcher les barrières mentales pour accéder à des visions non référencées, il y a bien justement un but : trouver un langage pour le transcrire, revenir avec le fruit de la découverte psychédélique. C’est en toute conscience qu’Henri Michaux, après prise de drogues, faisait ses Dessins de réagrégation (1966, pour celui, magnifique imbroglio de lignes d’encres, qui est présenté) : retrouver le parcours de l’échappée, tenter d’en retirer un savoir. Une de ses aquarelles (env. 1939), petite Tête noire prise dans une effrayante tourmente intérieure, donne une idée de ses cauchemars éveillés.

Langage mystique
Le noir environnant et l’éclairage dernier cri installé pendant le confinement découpent les œuvres comme des vitraux d’églises. Colorés, saturés, grouillant de messages et d’histoires. Psychédélique Dégueulis (2010) de Chicken, Il n’y a pas de virginité qui vaille l’expérience et Pour bâtir haut il faut creuser profond (Frédéric Périmon, 2020), Autopsie d’un fantôme archaïque (Renaud Desmazieres, s.d.)… Autant de concentrés de géométrie lyrique, traversés par une réinterprétation des rêves.

Parmi toutes ces étapes hallucinées, deux artistes se font face avec un ensemble plus important de leur œuvre. Charles Duits (1925-1991), poète qualifié par André Breton de « réincarnation très convaincante de Rimbaud » a commencé à peindre à 50 ans lors d’une incarcération. Adepte depuis longtemps des substances naturelles bien connues des chamanes, il se lance dans une syntaxe d’images surréalistes débridées, récemment découvertes, clés pour mieux entrer dans sa poésie énigmatique. SergeX (1950-1991) lui répond sur l’autre versant de l’étage, depuis son atelier de Carcassonne qui à sa mort regorgeait de toiles, quasiment jamais montrées. C’est une sacrée plongée dans le trajet intime, presque mystique, de l’artiste multi technicien (dessin, peinture, collage, grattage, décalcomanie…). Ses femmes nues, dont le portrait de sa compagne (Nicole, env. 1970), à la peau nervurée, comme rongée par les termites, attrapent la raison jusqu’au plus profond des circonvolutions de nos cerveaux.

ANNA ZISMAN
Juillet 2021

Psyché-Délices. Expériences visionnaires en France
Présentée avec Forever MIAM, sélection d’œuvres de la collection pour les 20 ans du musée
jusqu’au 9 janvier 2022
MIAM, Sète
04 99 04 76 44 miam.org

Photo : SergeX, La serrure, 49x64cm, septembre 1975, technique mixte sur panneau de bois