Entretien avec Maria Claverie-Ricard, directrice de Théâtres en Dracénie

Une saison enivrante

Entretien avec Maria Claverie-Ricard, directrice de Théâtres en Dracénie - Zibeline

Théâtres en Dracénie compte bien partager l’ivresse du jour d’après avec son public, précieux soutien à l’équipe pour Maria Claverie-Ricard, sa directrice.

Zibeline : Comment avez-vous maintenu le lien avec votre public depuis la fermeture du théâtre ?

Maria Claverie-Ricard : Cela a été très compliqué car on n’avait pas de vision à long terme. Dans un premier temps, on a informé le public de l’annulation des spectacles jusqu’à début avril, puis on a fait une deuxième vague d’information pour annoncer leur annulation jusqu’à mi-juin. On a joué au yoyo, j’ai envie de dire, car on avait aucune certitude sur les conditions d’une éventuelle réouverture. On a utilisé les réseaux sociaux, mais aussi le courrier postal car notre territoire est rural et certaines zones ne sont pas encore couvertes par Internet. Au total, on a annulé 18 spectacles, c’est-à-dire presque 50% de la programmation du fait du festival L’ImpruDanse et de la période avril-mai-juin très propice aux spectacles hors les murs. Sans compter un nombre très important de représentations scolaires qui ont également dû être annulées… Mais cela nous a permis de développer une nouvelle forme de communication avec tous nos publics relais, notamment la visioconférence. Pour la nouvelle saison, on a communiqué via nos outils multimédias : on a annoncé la saison sur notre site et les réseaux sociaux pour se laisser plus de temps pour la plaquette éditée fin août. De la même façon, on a décalé l’ouverture de la billetterie, toujours pour la même raison : avoir plus de perspectives sur l’avenir. Force est de constater que des perspectives, aujourd’hui, on n’en a toujours pas ! Face aux annulations, le public nous a témoigné un soutien énorme avec plus de 18 000 euros de dons ! On s’est engagé à les réinvestir en totalité dans l’artistique et l’emploi des intermittents. 

On voit donc l’effet immédiat de la crise sanitaire. Mais a-t-elle également impacté votre saison d’un point de vue artistique ?

Déjà, mi-mars, j’avais quasiment bouclé la programmation, il me restait donc très peu de latitude pour envisager des reports. On a quand même pu reporter 6 spectacles. Il y a eu beaucoup de questionnements, de hauts et de bas : je me suis demandé si je faisais une programmation en fonction de la crise ou une programmation normale ? Finalement, j’ai opté pour une programmation normale car on s’est préparé à l’accueil des artistes et du public dans les conditions sanitaires exigées. On a la chance d’avoir une salle de 730 places, donc si c’est un siège sur deux, on pourra proposer 360 places, voire 500 avec les regroupements familiaux et envisager sur certains spectacles de doubler les séances… On a également ouvert le plateau aux compagnies pour qu’elles puissent venir répéter. 

Vous évoquez votre territoire, justement, quelle place accordez-vous aux artistes de la région ?

Il est important qu’il y ait une présence artistique et culturelle forte sur notre territoire et pas juste un lieu qui soit un médiateur entre artistes et public. Chaque année, nos portes sont grandes ouvertes aux artistes de la région et notamment les associés –Gilles Cailleau, Fanny Soriano, Arthur Perole, Alexis Moati– en termes de diffusion, de coproduction, d’accompagnement et de résidence. Ce sont des engagements sans date butoir car je ne leur impose rien, c’est vraiment un échange et un désir partagé. Un lien fort et durable se crée avec le public avec de vrais moments de partages et de complicité.

PROPOS RECUEILLIS PAR MARIE GODFRIN-GUIDICELLI
Septembre 2020

Photo : Maria Claverie-Ricard © Gaël Delaite

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