Entretien avec Anne Renault, directrice artistique de la Régie culturelle Scènes&Cinés

Un territoire qui cultiveVu par Zibeline

Entretien avec Anne Renault, directrice artistique de la Régie culturelle Scènes&Cinés - Zibeline

La Régie culturelle Scènes&Cinés, tout juste labellisée scène conventionnée d’intérêt national « Art en territoire », affiche sa vitalité et son optimisme avec une programmation foisonnante. Entretien avec Anne Renault, sa directrice artistique

Zibeline : Comment Scènes&Cinés a traversé cette crise sanitaire ?

Anne Renault : J’ai été amenée à beaucoup travailler parce qu’il a fallu recontacter toutes les compagnies pour annuler les spectacles de fin de saison, et trouver pour chacun une solution ; dans la plupart des cas on a réussi à reporter sur la saison 2020-21, voire 2021-22. Pour ceux qui ne pouvaient pas l’être, on a systématisé la prise en charge du coût plateau pour payer les intermittents, artistes et administratifs. C’était primordial pour nous au regard de notre engagement artistique.

Est-ce que la programmation telle que vous l’aviez prévue a été impactée ?

Oui, forcément, parce qu’on a dû reporter des spectacles qui étaient prévus pour cette saison sur la suivante, avec l’accord des compagnies bien sûr. Comme je termine relativement tard la programmation, en mars je n’avais pas tout bouclé, j’ai donc pu l’ajuster avec de nombreux reports. Il n’y a pas de spectacle qu’on n’a pas pu programmer, mais la saison est de fait plus importante. 

Le fait que Scènes&Cinés regroupe six salles, et programme chaque année un festival des arts du geste, vous a-t-il apporté plus de souplesse ?

Ça nous permet effectivement de jongler d’avantage, sachant quand même qu’on a reporté les spectacles sur les mêmes lieux où ils avaient été programmés. Mais on a plus de facilité pour soutenir les compagnies. La Cie Libertivore, dont nous devions accueillir deux spectacles en mai dernier, sera présente avec sa dernière création (Ether), et il en est de même pour Hamid Ben Mahi qui donnera Yellel, tous les deux dans le cadre du festival Les Elancées.

Comment se présente cette saison ?

Le théâtre a toujours une place particulière et prépondérante. Avec des classiques -Shakespeare mis en scène par Sandrine Anglade, Marivaux par Agnès Régolo, Balzac par Pauline Bayle-, et des écritures contemporaines –Ahmed Madani (Incandescences), Nicolas Bonneau (Qui va garder les enfants ?), François Cervantes (Le rouge éternel des coquelicots), Pippo Delbono (La Gioia), pour ne citer qu’eux. Le cirque est bien représenté aussi, en dehors même des Élancées -on s’inscrit d’ailleurs dans le cadre de la manifestation nationale La Nuit du cirque, avec Somos de la Cie colombienne El Nucleo-, et ce dès le premier week-end d’ouverture « cirque & magie » à Cornillon-Confoux, Fos et Grans, ou avec Johann Le Guillerm et sa tentative pataphysique ludique Le Pas grand-chose. Durant le festival on recevra Mathurin Bolze pour la première fois (Les Hauts Plateaux), mais aussi la Cie XY qu’on a plaisir à retrouver (Möbius), Boris Gibé (L’Absolu), le Cirque Altaï (Saison de cirque)… La danse sera très présente également, toujours dans un objectif contemporain : il y aura beaucoup de hip hop, avec des découvertes comme Fouad Boussouf (Näss) ou Nach (Cellule), et des confirmations comme Mourad Merzouki (Boxe Boxe Brasil) ; Angelin Preljocaj et Georges Appaix accueillis en voisins, la Batsheva Dance Company

Dans quel état d’esprit êtes-vous à l’orée de cette rentrée ?

Je suis toujours d’un naturel optimiste. Il est tout d’abord essentiel de redonner confiance au public, qui a très envie, je pense, de se retrouver dans des salles de spectacle. Il nous revient d’inventer avec lui une nouvelle relation pour qu’il se sente réellement accueilli, en sécurité. Je suis confiante, tout en étant bien sûr vigilante sur les conditions sanitaires qui nous sont demandées. L’important est de jouer et de retrouver ce plaisir de la communauté culture, du bien vivre ensemble et de se confronter au regard des artistes qui nous apportent énormément.

Propos recueillis par DOMINIQUE MARÇON
Septembre 2020

Scènes&Cinés, Cornillon-Confoux, Grans, Fos-sur-Mer, Istres, Miramas, Port-St-Louis
Scenesetcines.fr 

 

Photo : Näss, Fouad Boussouf © Charlotte Audureau