Off d'Avignon : la sélection de Zibeline

Un Off de OufVu par Zibeline

• 7 juillet 2021⇒31 juillet 2021 •
Off d'Avignon : la sélection de Zibeline - Zibeline

Tout comme avant : en ce qui concerne la jauge autorisée (100%) ; le nombre ahurissant de spectacles (plus de 1000) ; la valse des compagnies dans les lieux (avec une moyenne de 5 pièces par jour, moins tout de même que d’habitude, aération entre les représentations oblige) ; la programmation tous azimuts. De quoi se réjouir, puisqu’enfin les rues d’Avignon (soumises à une circulation piétonne régulée ?, cela reste encore en suspens) seront habitées par la foule des festivaliers, dans une communion autour du spectacle vivant. De quoi regretter, aussi, que rien n’ait changé, justement. Le sevrage de l’an dernier avait laissé espérer que beaucoup de choses seraient redéfinies, en particulier la loi du marché qui depuis des dizaines d’années s’impose violemment dans cette foire totalement dérégulée. Or, malgré la création, dès avril 2020, des États généraux du Festival d’Avignon Off (EGOFF), qui ont lancé plusieurs pistes intéressantes, le chantier est trop vaste pour que quelque chose puisse émerger en même temps que le retour du public. Mais le mouvement est lancé, et il va très nettement dans le bon sens, celui d’un festival « durable ». Et le spectacle, lui, continue, avec des propositions de haute tenue. Défrichage non exhaustif dans le programme 2021.



Artéphile

Les Guérillères ordinaires sont trois femmes, qui bien avant d’être ordinaires, sont des battantes, des battues, des résistantes. Magali Mougel a pensé le mot guerrières du titre dans son sens de guérilleras. Leda, Lilith et une qui n’a pas de nom décident de ne plus être des victimes, ni de leur père, ni de leur mari, ni de leur patron. Une création au texte ciselé, mis en scène par Anna Zamore.

Le réseau coopératif de production Édifier notre matrimoine propose un rendez-vous particulier : 6 créations qui mettent à l’honneur des femmes artistes (10 au 13 juillet). Il y aura aussi, en entrée libre, « Officieuses », des représentations ou rencontres, lectures, et même un concert, autour de spectacles en gestation ou au programme cet été à Artéphile (15 au 23). Pour appréhender la création sous un autre angle.

04 90 03 01 90 artephile.com



Le Train Bleu

Olivier Py dans le Off ? Et oui, avec une création tout à fait alléchante. Pour un bilan raisonné de la direction d’Olivier Py (conçu « en complicité » avec Olivier (Py) Boréel) raconte comment le comédien et metteur en scène s’est découvert un homonyme, qui exerce les mêmes activités ! Vertige. L’occasion de faire un portrait (en réunion) de ce double, de glisser de l’autobiographique aussi, et de réfléchir à l’appartenance d’un nom, quand on en change toujours sur les plateaux.

Julien Campani et Léo Cohen-Paperman présentent le premier volet de leur série Huit rois, qui ne sont autres que les huit présidents de la Cinquième République, jusqu’à celui que nous connaissons aujourd’hui. Ils l’inaugurent avec La vie et la mort de J. Chirac. À suivre !

Dans Midi nous le dira, Joséphine Chaffin met en scène (avec Clément Carabédian) Lison Pennec, qui saura à midi si elle est sélectionnée pour la prochaine Coupe du monde de foot féminin. En attendant, elle se filme dans un « My futur self ». Elle s’imagine dans 10 ans. Voyage intime et temporel. À noter également : MADAM, d’Hélène Soulié.

theatredutrainbleu.fr



Théâtre Golovine

La compagnie aixoise Le Scribe propose une double création, soutenue par le Théâtre Golovine et le Ballet Preljocaj. Logos, solo de son fondateur Adel El Shafey, aborde, dans des langages chorégraphiques variés, le thème de la radicalisation. Sujet lourd, dansé avec virtuosité. Abysse, qu’il interprète avec Maëlle Déral, engage les corps dans un voyage au plus profond des mécanismes du comportement humain. Danse contemporaine ou hip-hop ? Les différences sont plutôt des accointances.

Didier Philispart est au cœur de la création chorégraphique : il est photographe de scène, spécialisé dans la danse. Il a tout vu, tout cadré (Cie Grenade, Cie Kelemenis, Cie Hervé Koubi, Ballet national de Marseille…). Il présente ici une série (Dance Underground project) où il met en scène des danseurs dans les souterrains urbains (parkings, tunnels…). Sans éclairage spécifique, les corps créent des mouvements qui épousent les lumières néons. Et la vie explose dans la froideur du béton.

04 90 86 01 27 theatre-golovine.com

Photo : -c- Didier Philispart



Le Grenier à sel

Julie Desmet-Weaver a reçu le Prix SACD-Ecriture Multi-écrans pour son adaptation de L’Écume des jours, roman iconique de Boris Vian. Pour évoquer l’amour entre Chloé et Colin, qui invente le monde de leur couple, Axel Beaumont est sur scène, tandis que 4 autres comédiens l’accompagnent sur des écrans. Résultat vertigineux, où l’imaginaire prend résolument le pouvoir (5 au 8 juillet). Décliné en réalité virtuelle dans une installation immersive à 360°, Le Cube (tout au long du festival).

Laurent Bazin mêle lui aussi spectacle vivant et réalité virtuelle, pour une expérience troublante, une plongée dans l’inconscient d’un homme qui est persuadé d’avoir commis un crime, sans se souvenir de rien. Thriller inquiétant, où les sons nous parviennent jusqu’aux entrailles, les visions se mélangent entre « vraies » et « fausses » images (11 au 21).

04 32 74 05 31 legrenierasel-avignon.fr

Photo : L’écume des jours XR © Alain Lagarde



Théâtre des Carmes

La compagnie Tire pas la nappe est toujours aussi productive et surprenante. Marion Aubert s’empare de L’Odyssée, qu’elle écrit dans une langue plus que moderne, celle, lyrique et loufoque, qu’on lui connaît, cette fois tous publics. Marion Guerrero met en scène les deux acteurs multi héros dans une scénographie légère et pleine de ressources.

La Cie ERRE poursuit la terrible et belle Trilogie du Naufrage de Lina Prosa ; Lampedusa Snow en est le deuxième volet. Un frigo sur scène, nous sommes dans les Alpes, où grelottent une centaine de migrants abandonnés là. Fabrice Lebert incarne les mots de Mohamed. La pièce est inspirée, malheureusement, d’une histoire vraie.

Sur un plateau nu, sans effets ni de son ni de lumière, Alexis Moati (Cie Vol plané), met en jeu 5 acteurs (dont lui) habillés comme vous et moi. Et pourtant, ils incarnent l’une des pièces les plus intimidantes du répertoire, Hamlet. De l’art du comédien, du plaisir du texte où l’incise s’immisce. Du théâtre à l’état pur.

04 90 82 20 47 theatredescarmes.com

Photo : L’Odyssée © Jean-Louis Fernandez



Théâtre des Doms (sélection belge)

On n’en parle pas. Et pourtant cela ronge et détruit des familles, des parcours intimes. Didier Poiteaux lève le tabou, en transmettant les récits de tous ceux et celles qu’il a rencontré·e·s pour qu’ils/elles lui racontent l’alcoolisme. Un silence ordinaire parle de « ce truc-là ». Ce que cela leur fait, de vivre avec « ça », ou de supporter l’addiction de l’autre. Et il se confronte à son propre rapport à l’alcool.

Cinq comédiens, pour interpréter Abdeslam, livreur à vélo. Comme autant de lui-même ; tous ceux qui se bousculent dans sa tête. Peut-être en passe de devenir schizophrène, à moins qu’il ne fume trop de joints, ou est-ce juste la fatigue d’être un employé jetable ? Tout est absurde, et rien n’est à mettre à la poubelle dans ce spectacle très politique (Ouragan, Ilyas Mettioui).

Le Collectif La Station nous sert une comédie noire ovniesque, un thriller en parc aquatique. Drôle, oui, mais aussi bien conscient de l’envers du décor, Parc se situe dans les coulisses de notre société du divertissement. Il y aura un drame. De quoi remettre les pendules à l’heure sur la réalité des attractions animales pour humains désenchantés.

04 90 14 07 99 lesdoms.eu

Photo : Tchaïka © Michael Galvez



Théâtre des Halles

Après Illumination(s), qui mettait une dizaine de jeunes hommes sur scène, et F(l)ammes, où des jeunes femmes cette fois s’exprimaient avec une force qui avait ravi le public, Ahmed Madani présente cette année Incandescences, qui clôt sa trilogie Face à leur destin en réunissant les deux genres. Ils et elles sont neuf, comédien·ne·s venu·e·s au théâtre grâce aux ateliers menés par le metteur en scène ; ils évoquent, dans un travail choral cher à Madani, le désir, l’amour. La sexualité aussi. De leurs parents, la leur, celle de leur meilleur copain. Difficile et salvatrice, cette prise de parole est galvanisante et chacun s’y retrouvera d’une façon ou d’une autre.

04 32 76 24 51 theatredeshalles.com



Théâtre du Chêne noir

Dorothy Parker (1873-1967) est une plume majeure qui sévissait du temps de la Prohibition aux États-Unis. Auteure, romancière, critique théâtre, scénariste, journaliste au New Yorker. Gloire et beauté. Oui, mais elle souffre d’une solitude abyssale. Elle est aussi d’une causticité sans limite. Drôle et dramatique. Zabou Breitman s’est appuyée sur certaines de ses nouvelles pour un seule en scène (Dorothy), où elle évoque Parker, témoin d’une certaine condition féminine et œil acéré sur l’humain. Cela lui ressemble bien !

04 90 86 74 87 chenenoir.fr



Le 11

Une famille de Buffles qui tient une blanchisserie, une crise économique qui enfle, des lions qui rodent… et la disparition du plus jeune des fils qui fait basculer les certitudes des uns et des autres. Émilie Flacher, Cie Arnica, met en scène le texte de l’auteur catalan Pau Miró (paru aux éditions espaces 34), avec des marionnettes plus vraies que nature, chœur vibrant d’une animalité somme toute très humaine.

Dernière création de François Cervantes, Le cabaret des absents est une pièce chorale qui s’inspire d’un fait réel -le sauvetage de la destruction d’un théâtre- pour tisser des instants de vie où s’entremêlent les relations entre ville et art. Et dresse le portrait d’une maison sans murs ouverte à tous : un théâtre.

04 84 51 20 10  11avignon.com

Photo : Buffles © Michel Cavalca



Présence Pasteur

Ni biographie, ni biopic, Fragments est une traversée partagée de la pensée de la politologue et philosophe Hannah Arendt, un monologue construit à partir de quelques-uns de ses textes philosophiques, politiques et poétiques. Bérengère Warluzel incarne cette pensée vive, sans entraves, en un parcours ludique que met en scène Charles Berling. Une bouffée de liberté qui invite à penser par soi-même et pour soi-même.

D’une pandémie l’autre… Avec Ma forêt fantôme la Cie de l’Arcade se penche sur les traces laissées par le Sida dans la mémoire collective. Comment affronter le deuil et faire vivre les êtres chers disparus, nos fantômes toujours présents ? Jean et Suzanne, frère et sœur vieillissants, en font l’expérience quotidiennement, remontant le temps pour faire surgir une sacrée pulsion de vie. Vincent Dussart met en scène le texte percutant de Denis Lachaud (Actes Sud papiers).

theatre-espoir.fr



Théâtre Transversal

Écrit pour le jeune public, le texte de Jon Fosse est un conte initiatique et obsessionnel qui s’adresse à tous. Noir et humide fait résonner avec force les souvenirs de l’enfance, ceux qui forgent l’apprentissage par la transgression, l’affranchissement, les désirs fous de liberté. La comédienne Camille Carraz, dans une mise en scène de Frédéric Garbe, incarne une petite fille frondeuse qui descendra à la cave, noire et humide, pour affronter l’inconnu, accompagnée des épaisseurs sonores rassurantes et inquiétantes de Vincent Hours et des objets illuminés de Pauline Léonet.

Une goutte d’eau dans un nuage est un magnifique voyage sensoriel écrit, mis en scène et interprété par Eloïse Mercier. À partir d’enregistrements faits au Vietnam, elle crée un théâtre sonore et délicat qui prend naissance en pleine mousson, sur les pas d’une jeune femme expatriée à Saïgon.

04 90 86 17 12 theatretransversal.com


DOMINIQUE MARÇON et ANNA ZISMAN
Juin 2021

Photo en Une : Midi nous le dira © Michel Cavalca

Artéphile
7 rue Bourgneuf
84000 Avignon
04 90 03 01 90
artephile.com

Théâtre des Carmes
6 place des Carmes
84000 Avignon
04 90 82 20 47
http://www.theatredescarmes.com

Théâtre des Doms
1 bis rue des Escaliers Sainte-Anne
84000 Avignon
04 90 14 07 99
www.lesdoms.eu

Théâtre des Halles
4 rue Noël Biret
84000 Avignon
04 90 85 52 57
http://www.theatredeshalles.com/

 

Théâtre du Chêne Noir
8 bis rue Sainte-Catherine
84000 Avignon
04 90 86 58 11
www.chenenoir.fr

Théâtre Golovine
1 bis rue Sainte-Catherine
84000 Avignon
04 90 86 01 27
http://www.theatre-golovine.com