Les 11 soirées du MJ5C confirment l'évolution vers un jazz plus jeune, et toujours aussi métissé !

Un Jazz de création

• 17 juillet 2019⇒25 juillet 2019 •
Les 11 soirées du MJ5C confirment l'évolution vers un jazz plus jeune, et toujours aussi métissé ! - Zibeline

Depuis qu’Hugues Kieffer a pris la direction du MJ5C le festival se déploie dans la métropole de mai à novembre, propose des expositions, des rencontres où l’on pense le jazz. Mieux encore : le festival passe commande et impose le jazz comme une musique de création, défendue par de jeunes musiciens. Venue véritablement des 5 continents, le jazz proposé à Marseille est bien celui qui met en dialogue créatif les rythmes et les timbres de toutes les musiques du monde, traversées par le credo du jazz : l’improvisation et la succession au sein d’un groupe des propositions individuelles.

La génération des pionniers reste présente avec Chucho Valdés qui a fait entrer Cuba dans l’imaginaire mondial du Jazz. À ne pas manquer, d’autant qu’Omara Portuondo, la diva du Buena Vista Social Club, sera à ses côtés, avec Kenny Garrett !

Mais la marque de fabrique du MJ5C, dorénavant ,c’est qu’il n’est plus un festival de tourneur : certes on y retrouve comme à Jazz à Juan ou au Nice Jazz festival Thomas Dutronc, José James ou Delgrès. Mais deux artistes majeurs de notre région occuperont la scène du Palais Lonchamp : Juan Carmona et son flamenco si novateur, Raphaël Imbert et son esprit si généreux.

Et deux créations produites par le festival y verront jour : pour l’ouverture des concerts au théâtre Silvain Vincent Peirani fera courir son accordéon Autour du Monde avec, entre autres, Vincent Segal et Ballaké Sissoko. Et Marius et Fanny, étrange opéra jazz écrit par Vladimir Cosma sur la pièce de Pagnol (voir journalzibeline.fr), trouvera ses aises en plein air au Palais Longchamp. Avec places assises devant : le jazz assis ou debout reste un enjeu entre générations de spectateurs !

À ne pas louper non plus, parce qu’ils jouent sur d’autres expériences, plus intimes, d’écoute : les concert au Mucem, où l’on retrouve sur les terrasses des formations du duo au quintet et les ambiances de partage des clubs. Et les grands musiciens que sont Omri Mor ou Donny McCaslin

Coup de gueule :

Une musique d’hommes

Les Festivals de Jazz de la région, surtout celui de Marseille, affichent une nouvelle génération d’artistes. Incroyables, métissant les techniques et les traditions, les héritages et s’aventurant vers des formes inouïes. Mais il y a toujours aussi peu de femmes à l’affiche !

Sur les 20 concerts proposés au Marseille Jazz des 5 continents pas moins de 12 proposent des plateaux, parfois très nombreux, exclusivement masculins. Si Raphaël Imbert est accompagné de 3 musiciennes (parmi 9), aucun concert ne parvient à la parité, en dehors du duo Elina Duni (chant) et Rob Luft (guitare).

La dernière soirée, enfin, met deux femmes en vedettes. C’est peu, d’autant que Fiona Monbet (violon), seule instrumentistE du FJ5C, est entourée de 3 hommes et que Melody Gardot, accompagnée par un ensemble à cordes, apparaît seule sur l’affiche.

Si la tournée métropolitaine du Jazz des cinq continents a fait place à des chanteuses et leader féminines (Kelly Lee Evans, Maud Revol, The swing cockt’elles ou Lucibela), elles n’étaient jamais aux instruments, à l’endroit où le jazz se fait, dans le dialogue entre des solistes qui s’écoutent pour se laisser la place et faire chorus.

D’où vient cette relégation, soit absence, soit rôle assigné de la sirène envoûtante ? En France, elle n’existe pas dans les lieux de formation : dans les écoles de musique et les classes de jazz les filles sont légion. Mais, comme dans les musiques actuelles, les groupes se forment à l’adolescence, souvent âge de l’affirmation exclusive de la virilité/féminité… et les programmateurs peinent, sincèrement, à dénicher des formations plus paritaires.

À l’heure ou des cheffes d’orchestre s’imposent enfin et où les festivals de théâtre ont entamé cette révolution de l’égalité, il faudra bien que les musiciens apprennent à jouer avec des femmes, et les programmateurs à refuser une telle exclusion : la musique a, à n’en pas douter, tout à y gagner.

AGNÈS FRESCHEL
Juillet 2019

Marseille Jazz des cinq continents
17 au 25 juillet
Marseille
04 95 09 32 57 marseillejazz.com

Photo : Raphaël Imbert © Muriel Despiau