Entre Marseille et Aix, le pôle des Théâtres ouvre en septembre avec un Temps fort création

Un début de saison en créations

• 16 septembre 2016⇒24 septembre 2016 •
Entre Marseille et Aix, le pôle des Théâtres ouvre en septembre avec un Temps fort création - Zibeline

Quel beau symbole que d’ouvrir la saison nouvelle par des créations ! Les Théâtres proposent un Temps fort comprenant quatre créations en un week-end, chacune rêvée dans l’écrin des différentes salles, théâtres à l’italienne, Gymnase bleu, Jeu de Paume rouge, large espace du GTP, scène intimiste des Bernardines. Depuis début août, metteurs en scène, techniciens, acteurs, équipes des théâtres préparent cette fête. Dans son programme, Dominique Bluzet, directeur des quatre structures, insiste sur « un des enjeux de notre aventure, [qui est de] donner une lisibilité démultipliée à la capacité inventive de notre territoire ».

Oulipo aux Bernardines

Le texte jubilatoire d’Hervé Le Tellier (dont on a déjà salué, dans la mise en scène de L’autre Compagnie, La chapelle Sextine), Moi et François Mitterrand, rapporte la correspondance entre un citoyen lambda selon la formule consacrée et le Président de la République. Correspondance secrète enfin révélée d’Hervé Le Tellier avec François Mitterrand et les présidents qui ont suivi, depuis la première carte postale envoyée un 10 septembre 1983 par l’auteur au Président de la République : « Cher François Mitterrand. je voulais vous féliciter -fût-ce avec un léger retard-de votre élection voici deux ans déjà. Je suis à Arcachon où je passe de bonnes vacances. (…) Encore bravo. Hervé Le Tellier. »

Une réponse rapide (trois mois plus tard) parvient à notre épistolier, rédigée de manière « très personnelle » par les services de l’Élysée. Mais le successeur de madame de Sévigné la considère comme intime et une correspondance s’engage, délicieusement drôle, tant par la franche naïveté de l’un et la répétition sempiternelle des lettres-type reçue en retour, dont la réception connaît toutes les interprétations possibles. Olivier Broche, dans une mise en scène de Benjamin Guillard, dit cet échange épistolaire dont le titre ne suit pas les règles de la politesse, (« Moi et ») et suggère ainsi l’acidité de ce que l’on doit entendre, sous l’apparente complicité des envois. S’interroger sur les relations entre le pouvoir et le citoyen, se demander si une démocratie plus participative et directe ne serait pas judicieuse, sous-tendent le propos du sociétaire des Papous dans la tête…

Le paradoxe du comédien

Huis clos d’une cellule de prison pour rassembler trois personnages, un acteur condamné pour meurtre (Robert), un tueur muet et insomniaque (Horace), un petit expert-comptable minable (Gepetto). Ce dernier (Kad Merad), ébloui par les paillettes du « star-système », rêve d’être comédien, sans en avoir les capacités. Robert (Niels Arestrup) prend le pari d’en faire un grand acteur et entreprend de le faire travailler sur le monologue d’Hamlet.

Entre les noms des protagonistes, marqués du sceau de la littérature (Robert le Diable, papa de Pinocchio ou vainqueur des Curiaces), et le fil conducteur de la pièce, Acting, mise en scène par son auteur, Xavier Durringer, se tissent des analogies, des échos, des mises en abîme. Le théâtre se définit en se faisant, explore les limites, le fameux paradoxe du comédien évoqué par Diderot. Entre l’art, l’artiste et le réel, les frontières s’amenuisent. Et le témoin muet de cet apprentissage (Horace, interprété par Patrick Bosso) est à la fois public et chœur antique. « Le monde entier est un théâtre, et tous, hommes et femmes, n’en sont que les acteurs ». Belle illustration des mots de Shakespeare (Comme il vous plaira).

De nouveaux messies ?

Poursuivant son travail de réinventer un monde viable et humain, Mélanie Laurent, après le superbe documentaire Demain, aborde pour la première fois la mise en scène de théâtre avec l’adaptation du livre de James Frey, Le Dernier testament de Ben Zion Avrohom. La lecture de l’ouvrage « a surgi comme un miroir au cœur de mes propres inquiétudes, celles du devenir du monde, de la planète », explique la cinéaste. Ben Zion n’a rien du héros pourtant : vigile de jour, alcoolique la nuit, il survit inexplicablement à un terrible accident de chantier.

De miraculé à faiseur de miracles il n’y a qu’un pas, et ce nouveau Jésus égaré dans un New York interlope voit sa vie transformée, rapportée par les uns et les autres sur le mode de la paraphrase du Nouveau Testament. SDF élu gourou, en proie à des crises d’épilepsie qui deviennent mystiques, il bouscule les principes du libéralisme en aimant les gens tout simplement : « Il panse leurs blessures, leur redonne confiance et dignité. » (M. Laurent). Ce « contre-pouvoir » dérange. Révolutionnaire, irrévérencieux, jubilatoire en diable (sic), cet « ange de perversion » fait son entrée au théâtre du Gymnase, sans doute pour longtemps. Blasphématoire et vivifiant !

Chinoiseries rêveuses

Enfin, la scène du GTP offre son ampleur aux évolutions de neuf danseurs pour La Fresque [L’extraordinaire aventure] d’Angelin Preljocaj. Inspirée d’un conte chinois, dessinée à l’encre des pinceaux, stylisations élégantes, précision subtile sur le rouleau de l’histoire, papier ou soie légère, la chorégraphie raconte l’histoire de deux voyageurs qui, épuisés par leur voyage, trouvent abri dans un temple. Ils y rencontrent un vieil ermite qui les guide vers une fresque cachée. De très belles femmes y sont représentées, et semblent esquisser des mouvements de danse…

À l’instar du peintre de la nouvelle de Marguerite Yourcenar, Comment Wang-Fô fut sauvé, l’un des voyageurs va entrer dans le tableau, non pour fuir la colère d’un empereur, mais pour y retrouver et épouser la jeune femme aux cheveux défaits, dont la mélancolie l’a bouleversé. Entre le songe et la réalité, le temps suspendu et celui inexorable des clepsydres, la conscience hésite. La vraie vie serait-elle celle du rêve ?

La danse transcrit avec poésie l’hésitation du temps, sur des compositions de Nicolas Godin, l’un des musiciens du groupe Air. Métaphore de l’art et du désir, cette histoire nous fait entrer dans l’univers fantastique des Gérard de Nerval et Théophile Gautier… Le souvenir ou la rêverie du bonheur, enserrés dans l’écrin de l’œuvre sont encore plus réels que le bonheur même…

MARYVONNE COLOMBANI
Septembre 2016

Acting
16 au 24 septembre
Le Jeu de Paume, Aix-en-Provence

Moi et François Mitterrand
16 au 24 septembre
Les Bernardines, Marseille

Fresque (L’extraordinaire aventure)
20 au 24 septembre
Grand Théâtre de Provence, Aix-en-Provence

Le Dernier testament
20 au 24 septembre
Le Gymnase, Marseille

Photo : Fresque © J.C Carbonne

 


Grand Théâtre de Provence
380 Avenue Max Juvénal
13100 Aix-en-Provence
08 2013 2013
http://www.lestheatres.net

Théâtre des Bernardines
17 Boulevard Garibaldi
13001 Marseille
08 2013 2013
http://www.lestheatres.net/


Théâtre du Gymnase
4 rue du Théâtre Français
13001 Marseille
08 2013 2013
http://www.lestheatres.net/


Théâtre du jeu de Paume
17, 21 rue de l’Opéra
13100 Aix-en-Provence
08 2013 2013
http://www.lestheatres.net/