Le Festival de Chaillol, une essentielle présence

Un art plus que jamais citoyenVu par Zibeline

Le Festival de Chaillol, une essentielle présence  - Zibeline

Malgré l’annulation de son festival d’été, l’Espace Culturel de Chaillol ancre fortement sa démarche de diffusion dans son territoire des Hautes Alpes. Son directeur Michaël Dian en évoque les termes

Zibeline : Concocter une saison actuellement tient encore de la gageure. Est-ce un acte de résistance ?

Michaël Dian : Cela tient à la fois du pari et de la nécessité. Du pari, car le monde de la culture tient en équilibre sur un fil. La manière dont évoluera la situation sanitaire durant l’automne sera décisive. Après un printemps et un été dévastés, dont les conséquences sur le plan économique, sur l’emploi, ont été tardivement prises en compte, le secteur reste très attentif à la traduction en actes des mesures récemment annoncées par le Premier Ministre et la Ministre de la Culture, unaniment saluées. Voilà pour le pari. Mais il s’agit aussi de nécessité, impérieuse, car on ne peut pas priver durablement et sans risques une société de ses espaces de représentation et de partage symboliques. Au-delà des risques d’une désagrégation d’un secteur économique vital pour l’économie française, c’est de notre capacité à vivre pleinement notre condition commune dont il est question. Je ne peux imaginer qu’une communauté humaine renonce volontairement à la possibilité de produire et de partager les œuvres qui lui permettent de s’incarner, de se perpétuer.

« Programmer » est un mot un peu faible pour parler de ce qui se passe à Chaillol.

La programmation est l’aspect le plus médiatisé mais bien des choses se jouent, en amont, autour et parfois même en deçà de la représentation du concert. Garantir la présence régulière d’artistes de premier plan sur le territoire, faciliter l’accès à la diversité des musiques d’aujourd’hui passe par l’organisation d’une saison musicale. Mais celle-ci sert de point d’appui à un ensemble de propositions qui invitent les habitants à se construire un point d’écoute sur les paysages musicaux proposés. Le premier rendez-vous aura lieu entre le 18 et 24 septembre avec le Trobar Project. La musique est un prétexte, une manière avant tout sensuelle d’interroger le bruit du monde, et de ce fait, la place qu’on y occupe. La musique est tout à la fois le lieu et le vecteur d’une rencontre avec soi, avec les autres. C’est ce qui lui donne sa force, son mystère.

Réaffirmer la présence des artistes, des spectateurs-acteurs, a un goût libératoire, et prend le sens d’un manifeste où esthétique et politique se rejoignent.

Se réunir sous les étoiles, offrir et s’offrir un peu de temps, faire silence en soi pour produire un espace de disponibilité, recevoir un geste musical, faire tout ceci en présence, avec d’autres, en acceptant la proximité d’autres corps, toutes ces choses infimes, qu’aucune feuille de calcul ne peut traduire, me semblent être d’une très grande portée. Politique et esthétique ont toujours eu partie liée. Car décider d’accorder de la valeur à la beauté, qui n’a strictement aucune utilité économique, c’est déjà remettre en question la croyance que seul ce qui se chiffre importe. Tant que nous resterons humains, nous aurons le choix, par exemple, de préférer la contemplation d’un ciel étoilé, comme le recommandait le poète Paul Valet : « Toutes les petites choses nous implorent de rester parmi elles »*

Propos recueillis par Maryvonne Colombani
Septembre 2020

*Paul Valet, La Parole qui me porte et autres poèmes, NRF, Poésie Gallimard

Festival de Chaillol
09 82 20 10 39 festivaldechaillol.com

Photographie : Artistes en présences © Alexandre Chevillard