Gil Aniorte Paz dirige les Nouveaux Troubadours à Miramas

Troubadours contemporains en herbe

• 17 mars 2020 •
Gil Aniorte Paz dirige les Nouveaux Troubadours à Miramas - Zibeline

À l’invitation de Nuits Métis, enfants et seniors de Miramas participent à la création de Gil Aniorte Paz, Les Nouveaux Troubadours, pour Babel Minots.

L’excitation est palpable, le trac aussi. À quelques jours du grand jour, c’est répétition pour les acteurs-chanteurs d’un spectacle un peu particulier, qui aura lieu à Miramas le 17 mars. « Nous sommes les nouveaux troubadours. On veut mieux vivre sur notre planète. » Les premiers mots de la chanson d’ouverture donnent le ton. Sur la scène de l’imposant Théâtre La Colonne, l’immense troupe arbore les couleurs de l’arc-en-ciel : vingt seniors et cent-trente enfants du CM1 à la 5e dont une dizaine issue d’un foyer de nouveaux arrivant. Ce « grand serpent multicolore », comme le nomme le metteur en scène Philippe Car, incarne Les Nouveaux Troubadours, création pluridisciplinaire mêlant musique, littérature, arts plastiques, histoire, dans le cadre des actions culturelles qui font « partie des fondements de l’association Nuits Métis » et du festival éponyme qu’elle organise depuis plus d’un quart de siècle. Au même titre que « le mélange des publics et des générations, la diversité culturelle, le lien social et l’accès à la culture », souligne son directeur Marc Ambrogiani.

Une création pluridisciplinaire

À la direction artistique du projet, un incontournable de la scène marseillaise, Gil Aniorte Paz. De Barrio Chino à Radio Babel Marseille en passant par Nova Troba, il contribue depuis plus de trente ans à ce que l’on pourrait qualifier de fusion méditerranéenne. C’est humblement depuis l’orchestre, au pied du plateau, qu’il accompagne à la guitare les chansons issues d’un travail collectif d’écriture, l’année scolaire précédente. À ses côtés, sa complice à la ville comme à la scène, Annie Maltinti, au chant et à l’animation des ateliers de dessin qui ont servi à la conception d’un livret rassemblant les chansons du spectacle, et illustré à la manière de la littérature de Cordel du Brésil dont elle est une spécialiste. En chef d’orchestre ou plutôt de chœur, son fils, Lucas Aniorte, baguettes de batterie en main, guide les apprentis troubadours sur scène après avoir encadré les ateliers de percussions corporelles. « Le public est un même monstre à 500 têtes. Il faut que vos yeux soient tournés vers lui », explique Philippe Car, par ailleurs directeur artistique de la compagnie Agence de voyages imaginaires.

Efforts et progrès

Entre deux consignes sur la rigueur et la concentration qu’exige une adresse au public, il salue régulièrement les efforts et valorise les progrès. « Je travaille à peu près de la même manière que ce soit avec des acteurs professionnels ou des enfants. Ce qui est sûr, c’est que j’ai la même exigence. La plus grande difficulté est de parvenir à éprouver l’émotion avec le dernier partenaire qu’est le public. Quand il n’est pas encore dans la salle et qu’on n’a pas l’habitude, c’est impossible à ressentir. Donc j’utilise beaucoup d’images pour les amener un par un à tenir leur rôle. » Issus de quartiers différents en termes de conditions sociales, les jeunes sont tout aussi divers quant à leur parcours scolaire, de l’écolier modèle à celui qui ne parle pas français, en passant par l’élève de Segpa (section d’enseignement général et professionnel adapté) en grande difficulté. C’est justement une des élèves de la 5e Segpa du collège Miramaris, classé dans le réseau d’éducation prioritaire (REP+), qui va provoquer une belle émotion au sein de l’équipe.

Confiance en soi

« Elle devait dire un petit texte en solo, raconte Virginie, sa professeure de français. Mais malade pendant une répétition, elle a dû être remplacée par une autre jeune. À son retour, elle a annoncé à sa remplaçante qu’elle lui cédait le rôle et celle-ci a fondu en larmes. C’est un beau cadeau à une enfant qui n’en a pas beaucoup dans sa vie. » Et sa collègue Angèle de développer : « Ce projet apporte non seulement un enrichissement culturel mais il permet aussi un travail sur la prise de risque, la confiance en soi. Quand on connaît les situations de mal-être de certains qui n’arrivent même pas à s’exprimer en classe, c’est énorme ce qu’on leur demande. »

En s’inspirant de la culture des troubadours qu’il souhaitait transmettre aux jeunes générations, Gil Aniorte Paz n’a pas choisi la facilité. « Personne ne connaissait même le mot. On a tendance à penser qu’ils étaient des poètes et des musiciens de la tradition et de l’amour mais ils étaient aussi des journalistes de leur temps qui traitaient de sujets sociaux, en racontant leur ville, la société. »

Ecologie et citoyenneté

En amont de la phase d’écriture, les jeunes troubadours de Miramas sont donc allés à la découverte des différents quartiers de la commune, à la rencontre d’habitants, d’élus du territoire. De leurs échanges émergent des questionnements et aspirations sur l’écologie, la citoyenneté, la solidarité, la ville et le monde de demain. Autre défi : faire écrire aux enfants les textes en suivant la technique d’Espinel selon laquelle les poèmes comptent dix vers en octosyllabes avec des rimes enlacées ou séparées. Sur scène, on répète Le Papiostr, un titre en forme de clin d’œil à la prononciation d’un jeune réfugié du groupe. Des sachets kraft sur la tête avec des trous au niveau des yeux, la chorale géante singe ce monstre de papier qui se nourrit de déchets. Une des fables nées des ateliers comme celle du lac enchanté qui change les enfants pollueurs en poissons, la complainte des enfants qui est une requête chantée destinée au maire de Miramas pour les aider à avoir un potager dans leur école. Les troubadours contemporains feront-ils les candidats de demain ?

LUDOVIC TOMAS
Mars 2020

Photo © Ludovic Tomas

Les Nouveaux Troubadours
17 mars
Théâtre La Colonne, Miramas
04 90 58 98 09 babelminots.com

Lire aussi notre critique de l’album Cometa que brilha.

Théâtre de la Colonne
Avenue Marcel Paul
13140 Miramas
04 90 50 05 26
http://www.scenesetcines.fr/