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S'orienter dans le 73e Festival d’Avignon

Trop court, et si intense

• 4 juillet 2019⇒23 juillet 2019 •
S'orienter dans le 73e Festival d’Avignon  - Zibeline

La 73e édition ne durera que 20 jours, mais présentera 43 spectacles dont 33 créations. Et autant de première fois !

Du neuf ! Ce 73e Festival d’Avignon fait le pari d’une génération nouvelle et en particulier de femmes, jeunes ou moins, qui n’ont jamais été programmées au Festival. 33 nouveaux venus ! Plus que jamais, il s’agira pour le public de prendre le risque et de faire confiance au programmateur, pour aller vers des textes, des metteurs en scène, des formes qu’il ne connaît pas.

Le fil rouge choisi par Olivier Py, l’odyssée, place cette édition sous le signe de l’antique mais surtout de l’exil contemporain et de la Méditerranée, du rapport à l’étranger et de la construction de l’Europe.

Ainsi l’Architecture de Pascal Rambert, qui ouvrira le Festival dans la cour du Palais des Papes, est l’histoire d’une famille qui symbolise l’Europe, avec ses déchirements, ses enfants préférés et ses réconciliations. La distribution prestigieuse (Denis Podalydès, Emmanuelle Béart, Jacques Weber…) permettra sans doute à ces 9 représentations d’attirer les 18 000 spectateurs qu’elles peuvent recevoir, soit plus de 12% des places mises en vente (120 000 billets à la vente).

Car le Festival d’Avignon 2019, c’est 280 levers de rideau, dans des salles de toutes tailles et des lieux en entrée libre : le feuilleton offert chaque jour à midi au Jardin Ceccano, qui cette année déclinera Homère en 13 épisodes conduits par Blandine Savetier, en est l’exemple le plus marquant.

Penser le théâtre et le monde

Mais les Ateliers de la pensée réunissent également un public très nombreux : une série dirigée par Patrick Boucheron interrogera L’histoire mondiale de la France, Nicolas Truong questionnera la passionnante Marielle Macé, ou Barbara Stiegler, ou Souleymane Bachir Diagne… Amnesty International défendra l’idée d’une hospitalité européenne, devenue une antiphrase, et bien sûr les artistes viendront parler de leurs spectacles.

Alors, dès midi, il faudra choisir entre le feuilleton, la pensée déployée et les sujets du Jardin de la Vierge (Vive le Sujet ! nouveau titre des Sujets à Vif, forme de partage créatif, presque impromptu, entre deux artistes), les Territoires cinématographiques autour des odyssées contemporaines à L’Utopia, les lectures autour de Chéreau à la Collection Lambert… Et les spectacles. Car même si cette année il n’y a pas de marathon -le plus long, Architecture, ne dure que 3h- il reste impossible de tout voir…

Ce qui amène, forcément, une question : puisque la billetterie est prise d’assaut dès son ouverture, que les représentations sont pleines, que les billets se revendent cher à la sauvette et que, pragmatiquement, chaque jour de Festival rapporte aux commerçants et à la Ville d’Avignon des centaines de milliers d’euros, pourquoi ne pas lui donner les moyens de son expansion retrouvée ?

Quatre semaines lui permettaient de laisser les spectateurs, afficionados ou nouveaux, sur moins de frustration, de programmer plus d’artistes dans des séries plus longues et de produire plus de spectacles sans avoir à choisir entre les confirmés et les nouveaux, les Français, les Chinois et les autres…


Coups de coeur

Jeunes femmes de théâtre

Alexandra Badea est auteure, metteur en scène, réalisatrice, comédienne. Roumaine, vivant à Paris. Quais de Seine est le deuxième volet d’une trilogie intitulée Points de non-retour, qui interroge les non-dits de l’histoire (L’Arche éditeurs). Ceux des rapports entre l’Algérie et la France, à travers l’histoire de Nora, petite fille d’une « union mixte », porteuse des souvenirs du massacre du 17 octobre 1961. Un soir où des Algériens, des dizaines, peut être des centaines, furent ligotés et jetés à la Seine sous l’ordre d’un préfet de Police nommé Maurice Papon. Quais de scène repose sur un travail documentaire précis, une attention aux oubliés de l’histoire, aux petites gens, aux militants aussi, un sens du dépouillement et de l’émotion…

À noter également : Place de Tamara el Saadi, une autofiction politique où l’auteure franco-irakienne lutte contre les mécanismes de domination en France, et les souvenirs de bombardement  (Éditions Koiné). Et Sous d’autres cieux de Maëlle Poésy, une réécriture contemporaine de la fuite d’Enée par la metteure en scène qui avait marqué la 71e édition avec Ceux qui errent ne se trompent pas.

Indiscipline et transmondialité

Parce qu’elles viennent d’autres traditions du spectacle, des formes hybrides, transgenre, exotiques entrent cette année dans notre festival occidental. La danse d’inspiration indienne d’Akram Khan, le conte chanté de Yacouba Konaté, le concert dansé de la Chinoise Wen Hui et de la Tchèque Jana Svobodová qui met en scène et en images l’histoire des Gens ordinaires.

Quant à La Maison de Thé, elle donnera l’occasion de découvrir le travail d’un des plus grands metteurs en scène chinois, Meng Jinghui, qui adapte le classique de Lao She, pièce chorale qui suit trois générations, populaires, de Pékinois, avec trois musiciens, rock, en live.

D’autres propositions, plus occidentales, présentent également des dispositifs inattendus : £¥€$ de la compagnie flamande Ontroerend Goed, où les spectateurs installés à des tables de casino jouent avec les mensonges (Lies) et les monnaies (£, ¥, €,$ ) du monde, et Rimini Protokoll qui fait sonner les trombones de la Havane…

Enfin Roland Auzet, compositeur, porte sur scène le roman de Laurent Gaudé, Nous, l’Europe (Actes Sud). À la recherche de l’utopie européenne il fait entendre un chœur de langues, où musique, théâtre et poésie deviennent indissociables. Avec le Chœur d’Avignon, des amateurs, des grands témoins, des comédiens…

AGNÈS FRESCHEL
Juin 2019


Au programme

Architecture, Pascal Rambert
4 au 13 juillet Cour d’Honneur

Dévotion, Clément Bondu avec L’École supérieure d’art dramatique de Paris
5 au 8 juillet Gymnase du Lycée Saint Joseph

Oskara, Kukai Dantza
5 au 11 juillet Vedène

Pélléas et Mélisande de Maeterlinck, Julie Duclos
5 au 10 juillet La FabricA

O agora que demora d’après Homère, Christiane Jatahy
5 au 12 juillet Gymnase Aubanel

£¥€$ d’Alexander Devriendt, Ontroerend Goed
5 au 14 juillet La Chartreuse

L’amour vainqueur, Olivier Py
5 au 13 juillet Gymnase du Lycée Mistral

Amitié de De Filippo et Pasolini, Irène Bonnaud
5 au 23 juillet Itinérant

Points de non-retour, Alexandra Badea
5 au 12 juillet Benoît XII

Blanche-Neige de Marie Dilasser, Michel Raskine
6 au 12 juillet Pénitents Blancs

L’Odyssée, Blandine Savetier
6 au 20 juillet Jardin de Ceccano

A leaf, Célia Gondol et Nina Santes
6 au 8 juillet Les Hivernales

Sous d’autres cieux de Kevin Keiss d’après Virgile, Maëlle Poésy
6 au 14 juillet Cloître des Carmes

Nous l’Europe de Laurent Gaudé, Roland Auzet
6 au 14 juillet Cour du lycée Saint-Joseph

Multiple-s, Salia Sanou
7 au 14 juillet Cour de l’Université

La Maison du thé de Lao She, Jinghui Meng
9 au 20 juillet Opéra Confluence

Phèdre ! d’après Racine, François Gremaud
11 au 21 juillet Collection Lambert

L’Orestie d’après Eschyle, Jean-Pierre Vincent avec Les élèves du TNS
12 au 16 juillet Gymnase du Lycée Saint-Joseph

Le jeune Yacou, Yacouba Konaté
13 au 17 juillet Collège Vernet

Mahmoud & Nini, Henri Jules Julien
14 au 22 juillet Maison Jean Vilar

Milagre Dos Peixes, Tiganá Santana
14 juillet Collège Vernet

Lewis versus Alice d’après Lewis Carroll, Macha Makeïeff
14 au 22 juillet La FabricA

La République des abeilles d’après Maeterlinck, Céline Schaeffer
16 au 22 juillet Pénitents Blancs

Outside, Kirill Serebrennikov
16 au 23 juillet Vedène

Le reste vous le connaissez par le cinéma de Martin Crimp, Daniel Jeanneteau
16 au 22 juillet Gymnase du Lycée Aubanel

Ordinary people, Wen Hui et Jana Svobodová
16 au 23 juillet Benoît XII

Macbeth philosophe, Olivier Py et Enzo Verdet avec Les détenus du Pontet
17 au 19 juillet La Chartreuse

Outwitting the devil, Akram Khan
17 au 21 juillet Cour d’Honneur

La brèche de Naomi Wallace, Tommy Milliot
17 au 23 juillet Lycée Mistral

Autobiography, Wayne McGregor
18 au 23 juillet Cour du Lycée Saint Joseph

Histoire(s) du Théâtre II, Faustin Linyekula
18 au 23 juillet Cour de l’Université

Granma, Rimini Protokoll
18 au 23 juillet Cloître des Carmes

Place, Tamara Al Saadi
19 au 21 juillet Gymnase du Lycée Saint-Joseph

La nuit des Odyssées, Sonia Wieder-Atherton
21 au 23 juillet La Chartreuse

Musique de 120 battements par minutes, Arnaud Rebotini et le Don Van Club
23 juillet Cour d’Honneur

Vive le sujet ! SACD
Gustave Akakpo et Fred Blin
Kurt Demey et Christian Ubl
Pierre Guillois et Rébecca Chaillon
Vera Mantero et Jonathan Uliel Saldanha
Ina Mihalache et Madeleine Fournier
Anne Nguyen et Élise Vigneron
Marie Payen et Mehdi-Georges Lahlou
Annabelle Playe et Alexis Forestier
6 au 23 juillet Jardin de la Vierge

festival-avignon.com

Photo : Blanche-Neige, Michel Raskine c Venkat Damara