Le nouveau film d’Ana Dumitrescu, Trio, pépite rom

TrioVu par Zibeline

• 16 septembre 2020⇒16 octobre 2020 •
Le nouveau film d’Ana Dumitrescu, Trio, pépite rom - Zibeline

La réalisatrice de Trio, Ana Dumitrescu, associe Prévert à son film : « l’amour de la musique mène toujours à la musique de l’amour » (Choses et autres). On pourrait ajouter que Trio met en lumière les gens du peuple si chers au poète français. Et qu’on a envie, comme lui, parce qu’ « on dit tu  à tous ceux qui s’aiment même si on ne les connaît pas », de tutoyer Gheorghe, le vieux violoniste rom, Sorina, sa femme ex ouvrière et toute leur petite tribu.

Trio c’est l’histoire d’une femme, d’un homme et de son violon.

Ce n’est pas un documentaire mais il documente : être rom en Roumanie pendant l’ère Ceausescu et après, suivre les traditions familiales, vivre dans un quartier aux palissades de tôle et aux maisons bricolées avec les moyens du bord, subir les discriminations racistes, et le chômage.

Ce n’est pas une fiction mais il romance : une histoire d’amour un peu contrariée par les familles, qui triomphe, trébuche, survit au manque d’argent, à la maladie, au vieillissement et s’offre comme dans un film de Lelouch un enlacement sur une plage de sable fin.

Trio fait entendre de la musique sans suivre la sarabande échevelée et colorée d’un  Kusturica ni sacrifier au folklore. On entend du Bach, du Verdi, du Ravel, du  Shostakovich et du Vivaldi mais aussi du silence. Le film crée sa propre partition qui pour être savante – la réalisatrice cite Kubrick et Haneke- n’en reste pas moins limpide. Une image en noir et blanc saisit le couple Gheorghe-Sorina au quotidien. Lui, bedonnant, la tignasse drue et blanche. Elle, au corps fatigué et à l’humour intact. Tous deux évoluant à pas lents dans leur espace domestique, sans se toucher, séparés mais liés comme les notes différentes d’une portée musicale. Cuisiner, se nourrir, ranger, arroser les fleurs, s’occuper de leur petite-fille Aïda au nom d’opéra, tirer le vin de la treille du jardin, égorger le cochon. Traverser le présent.

Le passé se reconstitue essentiellement en voix off, la voix de celui ou de celle qu’on voit à l’écran vaquant à ses occupations. L’avenir aurait pu être autre pour Gheorghe, qui a fait le conservatoire, est devenu un temps vedette de radio. La nécessité l’a conduit à poser son violon puis à le reprendre…

Le futur, c’est la petite Aïda devant laquelle on a posé un clavier. Gheorghe est « musicien ». Son fils  accordéoniste ne lit pas la musique : c’est un « lautari » qui joue à l’oreille, comme la plupart des roms. Aïda fera le conservatoire comme son grand-père, c’est sûr. Le violon « jamais oublié, posé du côté gauche juste à la place du cœur », uni au corps, ne cessera de donner de l’espoir à tous comme le dit une passante qui n’aime pourtant pas les Tziganes.

Ana Dumitrescu dans ce quatrième long métrage très réussi, tisse des liens sensibles entre les époques. Juxtapose le trivial et sa sublimation constante par la musique, le rêve, les désirs, la beauté.

ELISE PADOVANI
Septembre 2020

Avant-première en présence de la réalisatrice, au cinéma Les Variétés (Marseille), le 16 septembre à 20h.

Photo @ Jules et Films SRL

Cinéma Les Variétés
37 rue Vincent Scotto
13001 Marseille
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