Avant-première de Vincent n’a pas d’écailles, de Thomas Salvador, pour l'ouverture du Gyptis

Tout corps plongé dans l’eau …

• 4 octobre 2014 •
Avant-première de Vincent n’a pas d’écailles, de Thomas Salvador, pour l'ouverture du Gyptis - Zibeline

Pour inaugurer officiellement le cinéma Gyptis  le 4 octobre et nous mettre dans le bain-cinématographique,  Shellac a choisi de projeter en avant-première, un film d’eaux, régénératrices et baptismales : Vincent n’a pas d’écailles, premier long métrage de Thomas Salvador. Distingué pour ses courts dans de nombreux festivals, prix Jean Vigo avec De sortie en 2006, pensionnaire la même année à la Villa Médicis, le réalisateur, soutenu par la Région, signe ici un film singulier.  Dans la mythologie grecque le géant Antée, fils de Gaïa, était invincible tant qu’il restait en contact avec sa terre-mère, Vincent, pour sa part, décuple ses forces en s’immergeant. Ce pouvoir qu’il cache, l’encombre, l’isole, le pousse à fuir, à sauter d’un petit boulot à l’autre (pourvu que ceux-ci ne l’éloignent pas trop de l’eau). Il le contraint aussi à mener une double vie, à l’instar des super-héros de Marvel comics tel Spider-Man dont le réalisateur dans une des séquences cite le «baiser renversé». Comme ces créatures, Vincent rencontre amour et adversité, sans pour autant chercher à sauver le monde du Mal ( on n’est pas dans l’Amérique des années 60 !), à peine utilise-t-il son don extraordinaire pour épater sa belle ( le surhomme reste un mâle ! ). Sans famille, sans passé, taiseux et timide, vulnérable, il va au fil des jours, en équilibre instable, se ressourçant, de lacs en fontaines, de bassins en rivières, de piscine en ruisseaux, de lavoirs en flaques. Le film de Thomas Salvador,  tourné en PACA, en exploite tout le réseau hydrographique et, sur le bel écran tout neuf du Gyptis l’eau se rêvera en miroitements, transparences ou opacités, deviendra océan vers les rives du Nouveau Monde. Mécaniques des fluides et des corps sont au cœur de la mise en scène. Corps de Vincent, décalé, raide et gauche quand il est sec. Agile et souple quand il est mouillé, entraînant des gendarmes essoufflés dans une course poursuite bondissante et burlesque. Le réalisateur, acrobate, danseur et alpiniste à d’autres heures, incarne avec brio l’homme-poisson sans écailles, proposant un cinéma minimaliste qui ne discourt pas, ne verse ni dans la psychologie ni dans le sentimentalisme, et donne simplement à voir.

ÉLISE PADOVANI
Septembre 2014

Ecouter l’interview de Thomas Salvador sur WRZ ici

Photo : Laurent Thurin-Nal

Cinéma Le Gyptis
136 rue Loubon
13003 Marseille
04 95 04 95 95
www.lafriche.org