"La Fuite !" de retour à La Criée

Tous les exilés se ressemblent

• 29 novembre 2018⇒13 décembre 2018 •

Après plus d’un an de tournée, La Fuite ! retrouve le plateau de La Criée pendant trois semaines pour 12 représentations

Quelque chose de l’âme russe de Macha Makeïeff se joue là. D’ailleurs elle est sur scène, représentée par une petite fille qui regarde le théâtre du monde depuis l’appartement d’exil où sa famille a abouti, à Marseille, après la Révolution d’Octobre (1917), la défaite des Russes Blancs (1920) et un passage par le cosmopolitisme stambouliote juste avant l’arrivée de Kemal.

La Fuite ! de Mikhaïl Boulgakov colle à la peau de cette histoire, et à celle de tous les exils. Même si celui-ci, par la diversité des classes sociales qui ont quitté de force ou par choix la Russie, est très particulier, il s’agit bien d’être du côté de ceux qui subissent la défaite, et abandonnent tout un pan de ce qui les constitue. Écrite en 1928 en URSS par un Boulgakov sous haute observation politique, stalinienne, elle est à la fois expressionniste et mesurée.

Expressionniste parce que les personnages y sont excessifs, emportés, caricaturaux, hors du réalisme psychologique et du naturalisme encore à l’œuvre dans le théâtre à cette époque, s’évadant dans le fantastique comme l’auteur du Maître et Marguerite aime à le faire ; mesurée parce que les Russes Blancs sont aussi odieux que les Rouges, que le meurtre et la trahison, les profiteurs et la folie, sont de tous les côtés. La pauvreté aussi, les ravages de la guerre et de l’exil, et la douce attention à ce que l’on emmène malgré tout avec soi, fil rouge de la mise en scène de Macha Makeïeff.

En effet sa lecture sensible a transformé les étapes de ce voyage en épisodes d’un rêve éveillé. Les objets y sont pétris de mémoire, comme une caresse modeste dans un univers où tout crie, où l’on pend comme on respire, où la faim, la prostitution, l’alcool, le jeu sont les derniers refuges de ces exilés déclassés.

Les relations de pouvoir, de domination, de terreur constante, puis d’avilissement et de trahison, sont portés par une équipe de comédiens qui a choisi d’assumer l’outrance. Elle manquait parfois, à la création, de subtilité et d’efficacité comique. Mais une année de tournée, ponctuée d’éloges de toute la critique soulignant justement la force des comédiens, a certainement réglé le rythme et l’équilibre des registres, comiques, tragiques, burlesques et satiriques, qui traversent les 3 heures de cette épopée, à (re)voir absolument !

AGNÈS FRESCHEL
Novembre 2018

La Fuite !
29 novembre au 13 décembre
La Criée, Marseille
04 91 54 70 54 theatre-lacriee.com

Photo : La fuite @ Pascal Victor


La Criée
30 Quai Rive Neuve
13007 Marseille
04 91 54 70 54
http://www.theatre-lacriee.com/