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Mappamundi, art et cartographie version toulonnaise

Toulon abat ses cartes

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Mappamundi, art et cartographie version toulonnaise - Zibeline

C’est à Guillaume Monsaingeon que l’on doit «l’atterrissage à Toulon d’une exposition présentée à Lisbonne, et qui ne pouvait être neutre au regard des spécificités de la ville». Du coup la version toulonnaise de Mappamundi, art et cartographie a évolué et s’est enrichie de nouveaux éléments. Comme la commande passée à la plasticienne Céline Boyer qui a réalisé une série de portraits photographiques d’habitants du Var, Empreintes, exposés sur les grilles extérieures de l’Hôtel des arts et publiés chez Parenthèses. Comme le workshop de l’artiste marcheur Hendrick Sturm avec les étudiants de l’École supérieure d’art de TPM, objet d’une coédition avec le Frac (Toulon Mundi Termes géographiques). Ou encore la rencontre avec les auteurs et les artistes à la librairie Contrebandes.

Épicentre de cette cartographie varoise, l’Hôtel des arts dément l’opinion de Stevenson selon laquelle les gens n’aiment ni les cartes, ni la géométrie, ni les maths, avec cette exposition savante mais joyeuse, aux grilles de lecture multiples, conçue autour d’une idée forte : «la carte comme terrain de jeu». Dès l’atrium Cristina Lucas donne le ton : ses deux globes colorés Mundo Masculino, Mundo Femenino, illuminés la nuit, servent d’icône à l’exhibition. Son idée de frontières arbitraires se distille jusque dans les trois sections qui découpent l’espace : «le corps» ou comment les cartes possèdent une matérialité propre dans laquelle les artistes réinjectent leurs souffrances, leurs affects (dans Highland Dress, Susan Stockwell reproduit le monde en recréant les volumes du corps, Qin Ga évoque sur son corps tatoué la Longue Marche de Mao) ; «le combat», car la carte est un outil de l’Histoire au pouvoir symbolique et réel, et une arme de contrepouvoir (Nelson Leirner choisit le kitch et la dérision pour dénoncer le monde de Disney) ; «le conte», quand elle est une échappée belle hors du réel, un outil de fictions. «Un système de rêves comme la littérature» pour Guillaume Monsaingeon qui les fréquente assidument. À l’instar de Nicolas Bouvier, Jérémy Wood, Mateo Maté, David Reimondo, Chris Kenny ou Rosana Ricalde, dont les œuvres se moquent des contours institutionnels, réinventent les lignes de partage, brisent les frontières, créent un monde onirique, déplacent l’espace des corps, détournent le sens des légendes et distordent les échelles. C’est dire si les cartes sont une arme inépuisable au service de la dérive imaginaire !

MARIE GODFRIN-GUIDICELLI
Avril 2013

jusqu’au 12 mai

Hôtel des arts, Toulon

Cf critique de l’ouvrage de Mappamundi, art et cartographie aux éditions Parenthèses ici


Hôtel des Arts
Centre d’Art du Conseil Général du Var
236 boulevard Général Leclerc
83093 Toulon Cedex
04 94 91 69 18
http://www.hdatoulon.fr/