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Hablar de Joaquín Oristrell : un film sur la parole, virtuose et tonique !

Tant qu’il y aura des mots

• 11 novembre 2015 •
Hablar de Joaquín Oristrell : un film sur la parole, virtuose et tonique ! - Zibeline

Parler de la crise et donner la pêche, c’est un des tours de force réalisé par Joaquín Oristrell dans Hablar. L’autre étant de suivre en un plan-séquence de 70 minutes, 40 personnages, de la bouche ( ô bonheur de la polysémie !) du métro Lavapiès au théâtre Mirador pour un dernier discours-poème  sur…la parole – Verbe biblique qui crée le monde et son commentaire ! Le monde ici, microcosme de la société espagnole, c’est un périmètre de 500 m environ, dans un quartier populaire et cosmopolite de Madrid : ciné-trottoir urbain qui débute entre chien et loup, et met en scène sous l’éclairage public, une vingtaine d’acteurs parmi les plus connus du cinéma espagnol, sollicités par le réalisateur pour imaginer leur rôle : mère-célibataire au landau en quête de nourriture, homme au téléphone à la poursuite de l’âme-soeur ( au sens figuré qui deviendra propre), femme en recherche d’emploi, professeur à la dérive… Les micro-histoires inscrites dans le mouvement de la caméra se croisent, se juxtaposent, se superposent, se relaient dans une savante chorégraphie orchestrée à partir de Google map. Jeux sur les arrière-plans qui deviennent premiers, mises au point constantes, flux immersif créé à la fois visuellement par le single continous shot et musicalement par l’enchaînement jusqu’à bout de souffle des dialogues ou monologues, portable à l’oreille.

Car, bien sûr, la parole est au cœur du dispositif. Du dialogue de sourds entre la thésarde qui étudie les perversions du langage et celui qui ne l’écoute (ou ne l’entend plus) à l’ aveu amoureux entre deux amis, de l’hystérie au silence, de l’invective raciste d’un patron envers son employée noire à la confidence forcée d’un addict au porno virtuel qui déclare à sa mère «que ce qu’il préfère dans le sexe c’est les mots». D’un discours publicitaire formaté sorti d’une télé à la parole décalée de la restauratrice du théâtre, Jeanne, qui n’entend pas des voix sauf peut-être celle de son frère fou. Elle qui rappelle la Saint Joan (d’Arc) de Bernard Shaw, en figure de combattante, couteau en main, verbe de paix en bouche. Montée en puissance de la Parole vers le plateau théâtral, lieu de sa dramatisation pour un final éblouissant à ne pas déflorer pour qui aura la chance de découvrir ce film.

ELISE PADOVANI
N
ovembre 2015

Hablar est un des six films en lice pour le Grand Prix CinéHorizontes
Joaquín Oristrell préside le jury de la compétition Prima Opera

Photo (c) Aquí y Allí Films y Sabre Producciones.


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