Sous le ciel d'Alice, premier long métrage de Chloé Mazlo

Sous le ciel d’AliceVu par Zibeline

• 16 juin 2021, 30 juin 2021⇒7 juillet 2021 •
Sous le ciel d'Alice, premier long métrage de Chloé Mazlo - Zibeline

« Quand je suis allée à Beyrouth pour la première fois, à l’âge de huit ans, ce fut comme si j’atterrissais dans le décor d’un livre de contes dont les personnages étaient mes grands-parents » confie Chloé Mazlo, la réalisatrice d’origine libanaise de Sous le ciel d’Alice. Un film tourné en super 16, entre livre d’images et album de photos de famille, entre histoire familiale et histoire d’un pays. Au cœur du film, la rencontre entre Alice, une jeune femme suisse élevée dans la tradition, ayant accepté une offre de baby-sitting à Beyrouth et Joseph Kamar, un jeune astrophysicien, rêvant d’envoyer le premier Libanais dans l’espace. Un vrai conte de fée. Présentation à la famille, mariage, naissance du premier enfant, une fille, Mona. Première exposition des dessins d’Alice, essai réussi pour la fusée de Joseph. Tournées en animation ou en prises de vue réelles, dans une mise en scène aux couleurs adoucies et aux arrière-plans de cartes postales, les séquences de la première partie du film ont le parfum nostalgique des albums de famille, rendant plus brutale l’irruption de la guerre. Le 13 avril 1975, la radio annonce des attentats et on entend le bruit des bombes.

Une guerre dont Chloé Mazlo a choisi de n’expliquer ni les enjeux ni les camps en présence, mais dont elle montre l’absurdité en la chorégraphiant de manière grotesque, en énumérant les cessez-le-feu successifs jusqu’au 11e  ! Le ballet entre la femme déguisée en cèdre et la mort est superbe. La guerre, dont elle nous fait vivre les conséquences sur le quotidien de la famille. Alice qui a mal supporté le départ de Mona à Paris en veut à Joseph qui refuse de quitter le Liban et lui reproche de ne penser qu’à ses recherches. Belle idées plastique que la barrière de plantes qu’Alice installe dans leur salon, symbolisant leur séparation. C’est Alba Rohrwacher, douce et solaire, toute de blanc vêtue qui incarne avec délicatesse Alice et Wajdi Mouawad, le lunaire Joseph. Le travail de la directrice de la photo, Hélène Louvart, le soin apporté aux décors par Aurélien Maillé, la musique de Bachar Mar-Khalifé qui accompagne les personnages et rythme les séquences, participent à la réussite de ce film truffé de trouvailles visuelles. Un film poétique et l’on pense aux vers de Prévert : « Quelle connerie la guerre /  Qu’es-tu devenue maintenant / Et celui qui te serrait dans ses bras / Amoureusement / Est-il mort disparu ou bien encore vivant ».

ANNIE GAVA
Juin 2021

Photo © Ad Vitam

Sous le ciel d’Alice de Chloé Mazlo, en salles le 30 juin, sera présenté à Marseille en avant- première au cinéma Les Variétés, en présence de la réalisatrice, le 16 juin à 20h.