À l'écoute des sciences sociales, avec l'EHESS, à la Bibliothèque Départementale des Bouches du Rhône

Sciences humaines

• 16 novembre 2016, 1 décembre 2016 •
À l'écoute des sciences sociales, avec l'EHESS, à la Bibliothèque Départementale des Bouches du Rhône - Zibeline

Le cycle de conférences À l’écoute des sciences sociales, proposé par l’EHESS, reprend à la Bibliothèque Départementale des Bouches-du-Rhône. La sociologue Emmanuelle Marchal a publié en 2015 aux éditions de l’École des Hautes Études en Sciences Sociales un ouvrage intitulé Les embarras des recruteurs, Enquête sur le marché du travail. Serge Gruzinski est historien ; son livre L’Histoire, pourquoi faire ? est paru la même année chez Fayard. Tous deux ont donné à Zibeline un avant-goût de leurs interventions.

Zibeline : Sur quoi travaillez-vous ?

Emmanuelle Marchal : J’analyse les pratiques de recrutement, pour voir dans quelle mesure elles n’alimentent pas les difficultés du marché du travail. En m’appuyant sur de très nombreuses sources : offres d’emploi, entretiens d’embauches, enquêtes du ministère, plaintes déposées pour discrimination… On constate que les recrutements sont des opérations très incertaines, et que chaque méthode charrie ses a priori. Il y a des spécificités françaises, notamment la sélection par le diplôme. Le taux de chômage important joue aussi : de nombreux patrons ne publient pas d’annonce, car ils reçoivent trop de réponses ! La 1re source de recrutement est la candidature spontanée, où l’initiative revient au candidat, mais en aveugle, car il ne connaît pas précisément les besoins de l’entreprise. La plupart des offres mettent l’accent sur le profil, les conditions à remplir pour candidater, plutôt que sur les caractéristiques du poste, les conditions de travail. Beaucoup de travaux sur la recherche d’emploi conduisent de manière indirecte à considérer que les problèmes viennent du chômeur. Mon objectif est de questionner les démarches des employeurs, pas seulement les professionnels qui recrutent directement, mais aussi les intermédiaires tels que Pôle Emploi ou les cabinets de recrutement.

Serge Gruzinski : Au départ, je suis spécialiste de l’Amérique Latine, en particulier le Mexique de la conquête au XVIe siècle. Comment les civilisations indigènes ont-elles réagi à l’occidentalisation ? Tous les problèmes qui se sont posés alors résonnent actuellement : les rapports entre colonisation, religion et questions d’identités. Je ne fais pas de théorie de l’Histoire, mais je pense que dans un monde globalisé, il faut l’enseigner autrement. C’est un déficit de ne pas s’intéresser aux autres continents, de même que l’ignorance des langues étrangères. Le désintérêt actuel pour l’Histoire non-contemporaine est à la fois terrifiant et extrêmement marquant. Avoir une mémoire critique c’est avoir une distance par rapport au présent ! La mondialisation nous oblige à visiter le XVIe siècle, où tout a commencé ; l’histoire des religions au Moyen-âge est fondamentale pour comprendre l’Islam aujourd’hui. Aller dans les archives, les bibliothèques, connaître le latin, faire de la paléographie, c’était le b-a ba quand j’ai commencé. Aujourd’hui mes étudiants, même les plus brillants, n’ont pas ces outils. Et ce phénomène d’amnésie ne touche pas que les étudiants, mais l’ensemble de la société, avec son climat de vie dans le présent.

Propos recueillis par GAËLLE CLOAREC
Novembre 2016

Le recrutement et les dysfonctionnements du marché du travail
16 novembre

À quoi sert l’Histoire aujourd’hui ?
1er décembre

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