Festi’Hiver réchauffe les scènes d'Avignon

Scènes en réseau

• 23 janvier 2020⇒9 février 2020 •
Festi’Hiver réchauffe les scènes d'Avignon  - Zibeline

Le Transversal et la Factory rejoignent les Scènes d’Avignon pour un Festi’Hiver qui réchauffe les planches.

Parce qu’en hiver aussi, le spectacle est toujours vivant, parce qu’Avignon ne se résume pas, aussi flamboyants soient-ils, au IN et au OFF qui donnent à la ville l’un des plus beaux festivals de théâtre au monde, les scènes permanentes de la cité papale s’associent pour que janvier et février soient aussi synonyme de fédération autour des textes, des auteurs : Fest’Hiver s’étale cette année sur plus de trois semaines, et accueille deux nouveaux théâtres. Ainsi, ce sont sept plateaux qui vibreront : les Scènes d’Avignon (Théâtres du Balcon, des Carmes, du Chêne Noir, du Chien qui fume, des Halles), et les petits nouveaux (théâtre Transversal et la Factory).

Tout commencera par le célèbre « Non », premier mot de la pièce de Shakespeare, Antoine et Cléopâtre, mise en scène par Mélaine Catuogno. Au Théâtre du Balcon, la Cie Le Bruit de la Rouille sonnera le coup d’envoi du festival avec ce texte politique, psychologique, dramatiquement humain. Résistance, indignation, tout est dans ce cri, qui, loin de fermer la porte à l’espoir et même au rire, pose les fondements d’une programmation qui porte l’acte théâtral comme une affirmation de liberté. Liberté de croire à l’impossible, avec le délirant Et si vous y croyez assez, peut-être il y aura un poney, par le Détachement International du Muerto Coco aux Halles (lire ici), libre de se prendre pour un prédicateur de bonheur (Le Condor, de Nicolas Rochette avec Etienne Delfini-Michel au théâtre Transversal), libres de dénoncer la gabegie administrative qui parque les migrants dans le froid des Alpes avec l’hypothétique espoir d’être reconnus par une bureaucratie kafkaïenne (Lampedusa Snow, par la compagnie avignonnaise Erre au Chien qui fume)…

La Cie Vertiges Parallèles, également installée à Avignon, croise les langages du spectacle vivant, s’affranchit des limites entre les disciplines. Au théâtre des Carmes, Ana Abril proposera un libre adaptation de Des cow-boys de Sandrine Roche. La Mémoire des ogres aborde, à travers des personnages monstrueux et fragiles à la fois, la loi du plus fort, la confrontation avec l’inconnu, en passant par un questionnement auprès des spectateurs. Le Chêne Noir accueillera la compagnie La Naïve (Pertuis) pour une Antigone mâtinée d’Almodóvar, qualifiée par le metteur en scène, Jean-Charles Raymond, de « mère de toutes les révoltées ».

Les Musiciens Associés joueront au Chien qui fume la vie et l’œuvre de Serge, dans Gainsbourg Confidentiel Vol.2. Aussi musical que théâtral, le spectacle offre une vision documentée et tendrement irrévérencieuse du chanteur. Il sera question des années 1964-69, mythiques… La Cie avignonnaise Fraction nous invite, au théâtre des Carmes, à une rencontre troublante avec l’Ogre (Moloch, avec les textes de Cormann, Gabilly, Goethe, Tournier, Stevanovic). Un spectacle dont on ne sort pas indemne, qui regarde en face le Monstre, à travers notre histoire récente. Le Collectif Animale (Avignon) nous emportera à La Factory dans une Frénésie créative, performance qui se joue du temps qui file, des impératifs des agendas surbookés, pour offrir un moment d’intimité sensible et non formaté. À La Factory encore, la Cie A Divinis (Avignon) monte le texte dérangeant de Marion Denouette (Jusqu’à l’os) qui rappelle qu’aujourd’hui encore on meurt du Sida, malgré les trithérapies, et dénonce un drame qui désormais plus social que médical.

C’est l’écrivain roumain Matei Visniec qui sera à l’honneur durant toute la durée du festival 2020, avec des lectures (Bibliothèque Ceccano) des textes d’un des auteurs les plus joués au festival Off. Sans oublier les trois soirées musicales au Délirium avec DJ Mosca Verde, DJs Benedetto & Farina, DJ Souët Berdache. L’hiver sera chaud !

ANNA ZISMAN
Janvier 2020

Fest’Hiver

23 janvier au 9 février
Divers lieux, Avignon
scenesdavignon.com

Photo : La memoire des ogres au théâtre des Carmes © Delphine Michelangeli