Uzès danse : la danse comme un outil de compréhension du monde

Ruptures et continuités

• 14 juin 2019⇒16 juin 2019, 21 juin 2019⇒22 juin 2019 •
Uzès danse : la danse comme un outil de compréhension du monde - Zibeline

Parce que la danse, c’est avant tout une aventure collective, à partager, à expérimenter ensemble (en couple, en ligne, en groupe, ou seul au milieu des autres corps dansant) Uzès danse introduit sa programmation par un grand bal gratuit, sur la place publique (place Saint-Géniès). La Piste à dansoir organise des moments de danse pour tous, avec son Mobil Dancing, qu’elle promène de ville en ville depuis 7 ans. La bande était déjà venue ambiancer les festivals 2015 et 2016, avec des parfums de guinguette. Cette année, le spectacle (car oui, il s’agit bien d’un spectacle aussi, avec danse, jeu, et chant des six interprètes et de l’orchestre La puce à l’orteil) sera encore plus débridé, avec des tonalités dancing : disco revisitée, cha-cha-cha africain, hip-hop électro-folk… Trois heures de lâcher prise, de communion simple et joyeuse, ça ne se refuse pas.

Danya Hammoud sera l’artiste associée des trois saisons prochaines. On pourra dès à présent découvrir une étape de son projet Sérénités. Dans la fragilité et l’ébullition d’un travail en cours, les trois danseuses nous livreront une matière encore mouvante, que la chorégraphe, consciente de mener une réflexion globale, inscrit dans la continuité de ses précédentes pièces ; ce qu’elle traduit dans sa recherche gestuelle : « Dans ce processus, je m’intéresse particulièrement à ce qui me permettra de rendre difficile la distinction entre la fin d’un geste et le début d’un autre. Comme un sourire dont on ne saurait dire s’il est en train de naître ou de disparaître. »

Son prédécesseur David Wampach clôturera le festival, avec une pièce pour 6 interprètes qui mobilisera particulièrement cette partie du corps, qu’il considère comme délaissée des écritures contemporaines : le bassin. Réinvestir le deuxième cerveau, le ventre, c’est se reconnecter aux émotions nues, et se rapprocher ainsi, dans les mouvements, des danses archaïques. Bérézina, suite de soli observés, entourés par les autres danseurs, investit, autour des idées de plaisir et de pulsion de vie, quelque chose de l’ordre du sacré.

À suivre aussi, le parcours imaginé par Laurent Pichaud, début d’un travail au long cours, puisqu’il se poursuivra jusqu’en 2022 : Uzès en jumelle interroge la volonté de relier les villes entre elles, concept né de la sortie du deuxième conflit mondial visant à construire une paix durable. Qu’en est-il de cette belle idée ? Le chorégraphe inaugure son terrain de réflexion à Uzès. Avec cinq performeuses, un scénographe et un compositeur, et une « envoyée spéciale » à Schriesheim, dans le Sud-Ouest de l’Allemagne, Laurent Pichaud propose toute une série de rendez-vous dans la ville, où les habitants seront associés en amont parfois, au passage d’autres fois. La pointe de la jumelle, installation performative, appréhender le lointain jumelé à partir d’un point de vue en hauteur ; hymne jumelé, sur la relation d’Uzès avec ses deux villes jumelées mis en chanson par David Skeist, parlé-chanté par un chœur d’amateurs…

Signalons aussi l’impressionnant solo de Sorour Darabi, artiste originaire d’Iran, dont la langue farsi ne différencie pas le genre. Pas de Il, pas de Elle, ce qu’on retrouve dans sa chorégraphie. S’inspirant des cérémonies de deuil chiites en Iran, Savusun distille une impression charnelle et puissante, politique autant que poétique.

ANNA ZISMAN
Juin 2019

Uzès danse
14 au 16 juin, et 21 & 22 juin
Divers lieux, Uzès

Photo : La nuit nos autres, Aina Alegre © H. Touret