4 films de Robert Guédiguian présentés à La Ciotat

Robert Guédiguian à l’Eden

• 26 mars 2016⇒27 mars 2016 •
4 films de Robert Guédiguian présentés à La Ciotat - Zibeline

Yves Alion, rédacteur en chef de la revue L’Avant-scène Cinéma propose un rendez-vous avec Robert Guédiguian. On pourra voir le 27 mars à 18h30 Les Neiges du Kilimandjaro, auquel le dernier numéro de la revue est consacré. On aura aussi l’occasion de (re)voir sa trilogie de l’Estaque : Dernier été(1981), « la fin d’un monde, la fin d’un mode de vie. ..un prélèvement archéologique », le 26 à 18h, puis à 21h, Rouge Midi (1985), où le réalisateur veut « approfondir le film précédent et dresser le catalogue de la morale de la classe ouvrière avant qu’elle ne disparaisse ». Enfin, le 27 à 16h, ce sera A la vie, à la mort où l’on retrouve les comédiens de sa tribu, Ariane Ascaride, Jean-Pierre Darroussin ainsi que Jacques Gamblin.

ANNIE GAVA
Mars 2016

Photo ©Annie Gava

En 2011, Zibeline (n° 47) avait rencontré le cinéaste et ses comédiens au moment de la sortie de Les Neiges du Kilimandjaro

(…)

La parole à la tribu

Robert Guédiguian : « La solidarité fait partie des valeurs qu’il faut remettre au goût du jour. A travers les différents personnages, j’ai voulu représenter les diverses positions de la classe ouvrière au sens large du terme. « Le drame dans ce monde, c’est que chacun a ses raisons, disait Renoir. » Les pauvres gens sont divisés, tout le monde est fâché avec tout le monde et celui qui en tire profit est le patron… A Cannes, j’ai dit qu’il fallait réévaluer la conscience de classe dans les deux sens du terme : évaluer à nouveau et gonfler artificiellement. Il faut réévaluer le monde de Jaurès, ré enchanter le monde avec le cinéma. »

Gérard Meylan : « Revenir à l’Estaque, c’est revenir sur les lieux du crime : revoir dans quel état est le monde ouvrier ; c’est aussi voir l’état du cinéma, faire le point sur la société. Des Raoul, j’en connais et je joue ce personnage avec ce que je suis. Ce cinéma vrai m’émeut.»

Jean – Pierre Darroussin : « En tant qu’acteurs, on incarne des gens qu’on connaît. On tourne ensemble depuis longtemps (depuis 1985 NDRL), cela crée une bonne énergie. On travaille dans la confiance et chaque film est comme une reprise du travail antérieur. (…) Ce film d’amour, d’amitié, de camaraderie, pose des questions essentielles : que vont devenir les gosses ? Nos gosses sont confrontés à des situations que nous n’avons pas connues. Il faut arrêter de les angoisser. Il faut qu’ils inventent leur propre vie. »

Ariane Ascaride : « Nous n’avons pas su donner à nos enfants les possibilités qu’ils prennent en main leur vie. On a essayé d’anticiper les choses pour eux, parce qu’on a eu peur pour eux et on leur a transmis la peur. Les enfants de Michel et Marie- Claire sont ainsi repliés sur leur propre vie et ne voient pas le monde; quand Marie-Claire va au café toute seule, elle commence à regarder le monde et elle veut comprendre. (…) Marie- Claire, je l’incarne avec mon corps, ma voix mais ce n’est pas moi. Je passe ma vie à regarder les gens, à leur « voler » des gestes, j’engrange des comportements et je compose ainsi mon personnage. Ma façon de travailler avec Robert est de faire comme un déménagement dans ma tête : chaque personnage m’y laisse un meuble et cela peut avoir un retentissement sur ce que je suis. Je ne joue pas n’importe quoi et j’essaye de rester en harmonie avec ce que j’étais à vingt ans. »

Tout un programme !

Propos recueillis par Annie Gava et Élise Padovani

Neiges sur l’Estaque

Trente ans après Dernier été, quinze ans après Marius et Jeannette, « la bande à Robert » revient à l’Estaque avec Les Neiges du Kilimandjaro sur fond de crise économique, sociale et morale pour s’interroger sur la classe ouvrière. Plus vieux, nantis de petites maisons avec terrasses, barbecue et vue imprenable sur la rade, les « pauvres gens » gardent les mêmes convictions politiques, la même sincérité face à leurs choix. Des choix pourtant bousculés par la réalité. Faut-il accepter les compromis de dupe du patronat ? Que penser de celui qu’on a considéré comme un camarade et qui vole sans scrupules un vieux syndicaliste qu’il voit comme un bourgeois ? Comment comprendre la relative soumission des jeunes générations à l’horreur économique qu’elles subissent ? Comment rendre le monde plus juste quand les combats collectifs s’essoufflent et se diluent ? Michel et Florence, remarquablement incarnés par Jean-Pierre Darroussin et Ariane Ascaride, trouvent tout naturellement la voie d’un courage défini par Jaurès, une voie individuelle à laquelle se rallieront peut-être les autres par la force de l’exemple. La main qu’on tend aux petits frères de l’agresseur de Michel livrés à eux-mêmes après l’incarcération de leur grand frère, repassant leur linge, préparant leur repas, regardant avec eux Les Triplettes de Belleville au son du Kyrie Eleison de Mozart: la bonté comme vertu cardinale. Il y a de la fable dans ce film à la fois réaliste et stylisé où les méchants n’ont pas leur place, de la rengaine populaire, des moments d’émotion à la Pagnol, des scènes quotidiennes délicieuses comme les enfants qui apprennent à manger des sardines, une histoire d’amour qui se nourrit de générosité et de partage dans la lumière du Sud. Il y a les pauvres gens d’Hugo qui accueillent dans leur logis les voisins orphelins, un Jean Valjean voleur par nécessité, un ange servant dans un bistrot des remontants consolateurs…du Metaxa pour les chagrins de la vie, en pleine crise grecque , ça fait du bien !Il y a surtout l’espoir ténu mais têtu que les lendemains puissent encore chanter. E.P. ET A.G.


Eden Théâtre
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