Revue et CorrigéeVu par Zibeline

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Le Pays des galéjeurs revisite avec succès le paysage de l’opérette Marseillaise. Puisant à l’intérieur d’un genre daté et codifié, Frédéric Muhl parvient à extraire des perles de fantaisie qu’il dispense joyeusement à une assemblée conquise, où pourtant les phocéens ne sont pas légion. Ce particularisme qui atteint à l’universel, de célèbres provençaux, Pagnol, Giono, l’avaient compris. Tout autant Pessoa ne parle que de Lisboa, Chaplin de clochards anglo-saxons enguenillés et Chabrol de bourgeois pervertis dans les sous-préfectures, les Carboni parlent de Marseille, ailleurs… Ici, le bourgeois, c’est Monsieur Bouffetranche (Benjamin Falletto dans un double rôle très acrobatique) qui espère épouser Miette (délicieuse Amala Landré), un peu à la façon du maître Panisse de Marius. Le jeune premier Titin (Cristos Mitropoulos d’une grande justesse) deviendra le mari de Miette, dès lors qu’il aura compris que les mauvais garçons ne sont pas de bonne compagnie… Dans l’opérette traditionnelle, l’enchaînement des numéros musicaux dérythmait l’action au profit des chansons, un peu à la manière d’un récital pour vedettes. Ici, grâce aux masques de la Commedia Dell’arte, aux doubles rôles et à l’accélération du canevas final, le théâtre devient autrement plus puissant. Souligné par les arrangements musicaux et la présence impeccable des interprètes (Patrick Gavard-Bondet et Pascal Versini, aussi acteurs), ce Pays des galéjeurs n’est pas si léger. Cerise(s) sur le gâteau, Edwige Pellisier extraordinaire en Anaïs/Mado, Laure Dessertine sidérante dans la triade Madame Estassi/Jojo le méchant/Lisa le Tavan et surtout Marc Pistolesi qui explose littéralement en Chichouan, dans un rôle de comique faire-valoir à la Fernandel. Réjouissant, maîtrisé, et populaire.

JACQUES FRESCHEL

Juillet 2012

 

Le Pays des galéjeurs se joue jusqu’au 28 juillet au Théâtre du Chêne Noir, Avignon

Théâtre du Chêne Noir
8 bis rue Sainte-Catherine
84000 Avignon
04 90 86 58 11
www.chenenoir.fr